Analysis file Dossier : Le droit à la ville

DOSSIER : EXPÉRIMENTER LE TRAVAIL EN ATELIER POUR QUESTIONNER LES USAGES VIOLENTS DES MOTS

Coline Cellier, Séréna Naudin, Karine Gatelier

Keywords: | Cultural exchanges for peace | Ideas and values | | | Social actors. Citizens and their organizations. | | | France

Lors des Rencontres « Pour une géopolitique critique du savoir », nous avons interrogé les mots qui désignent l’autre par le biais de deux événements : l’atelier Fabrique de l’altérité et une séance d’écoute dans le noir du documentaire sonore Les mots des autres, produit par l’atelier radio « A plus d’une voix ». Ces deux événements ont en commun d’expérimenter des méthodologies pour valoriser la diversité des savoirs, les articuler pour produire de la connaissance à partir d’expériences vécues et partagées.

Parce que nous travaillons sur les dynamiques de la stigmatisation et de l’assignation, nous expérimentons des façons de créer les conditions pour partager des émotions et des analyses dans des espaces protégés. C’est aussi pour cela que nous sommes convaincues qu’une connaissance de ces situations peut seulement se construire en croisant les points de vue et les positions. Les ateliers que nous présentons dans les pages qui suivent mettent en œuvre des méthodes s’appuyant sur les savoirs situés. Cela a été conceptualisé en critique à ce qui est généralement présenté comme la neutralité construite par la méthode scientifique. Or au lieu de neutralité c’est un savoir produit par les dominants qui ne disent jamais leur position. A partir des années 70, des universitaires féministes ont, en premier, critiqué des savoirs scientifiques qui sont en réalité produits par des hommes et où les femmes sont fort peu présentes. Il s’agit dès lors de reconnaître que tout savoir est formulé depuis un point de vue et d’éclairer la position des chercheurs qui ne peut être neutralisée par la méthode scientifique.

L’atelier Fabrique de l’altérité propose de questionner la production des représentations et imaginaires collectifs sur l’autre qui aboutissent notamment à la stigmatisation et à l’exclusion. La

Le cahier des 3es Rencontres de Géopolitique critique

Pour une Géopolitique critique du Savoir, la réflexion s’appuie sur des supports variés - l’écoute d’émissions radio, de chansons, le visionnage de vidéos, d’images de bande-dessinée, la lecture de textes scientifiques ou de fictions - et le partage d’expériences. Dans ce travail, nous interrogerons notamment l’usage de mots pour désigner les personnes et la production de l’altérité qui en découle. Par altérité, nous entendons la mise à distance de l’autre en lui attribuant des caractéristiques figées qui l’enferment dans une catégorie différente de celles auxquelles nous nous identifions, et dévalorisante. Cependant, l’altérité porte un autre sens, celui construit par les disciplines de la philosophie ou encore de l’anthropologie, qui est la reconnaissance de l’autre dans sa différence.

Le documentaire sonore Les mots des autres est issu de l’atelier radio « A plus d’une voix » mené avec des personnes en demande d’asile qui apprennent le français. Dans cet atelier, nous proposons aux participants de discuter les sujets de leur choix par le biais d’interviews et de débats enregistrés entre nous ; de discussions avec des personnes invitées dans les ateliers ou dans d’autres contextes. C’est l’occasion pour les participants d’apprendre les bases de l’outil radiophonique, prise de son et techniques d’interviews. Lors d’un atelier, un participant a proposé de poser la question suivante à nos invités: « quelle est la différence entre les expatriés et les immigrés ? ». Cette question a été un déclencheur pour questionner les mots « immigrés », « émigrés », « migrants », « réfugiés », « expatriés », « exilés » à propos de leur sens et de leurs usages. Sous les projecteurs, le phénomène de la migration est l’objet d’un traitement médiatique et politique par quantité de mots pour le décrire et qualifier les personnes qui migrent. Que ça soit dans les médias, les déclarations politiques, les mouvements de soutien, les associations d’aide, les discussions quotidiennes, des mots sans cesse utilisés pour parler des personnes qui se déplacent pour s’installer en France. Pourtant, il est rare d’entendre les premiers concernés sur cette question et c’est ce que nous avons essayé de faire avec cet atelier radio. Ce documentaire sonore cherche à rendre compte d’une partie de ce travail.

D’abord, cet ensemble d’articles montrera à partir des ateliers Fabrique de l’altérité les différentes formes de violences liées au vocabulaire utilisé pour désigner l’autre, que ce soit les mots eux-même qui dégagent de la violence, leur usage, ou les représentations qu’ils véhiculent. Puis, en nous appuyant sur l’expérience de l’atelier radiophonique, nous montrerons comment le fait de désigner quelqu’un par un terme plutôt qu’un autre dénote d’une catégorisation qui crée des frontières entre les individus. Cela permettra ensuite à partir de l’analyse du langage de tirer une analyse plus large sur la position qui est faite aux étrangers dans la société. Pour finir, nous expliquerons le choix de faire écouter un documentaire sonore dans le noir.

1 – Les micro-violences du quotidien : Quand le langage devient une arme, par Coline Cellier

2 – Les mots qui désignent, assignent ? par Séréna Naudin

3 – « Pourquoi as-tu quitté ton pays ? Pourquoi es-tu là, en France? ». Les étrangers face à l’injonction permanente de justifier leur présence, par Karine Gatelier

4 – Une écoute dans le noir du documentaire sonore « Les mots des autres », par Karine Gatelier et Séréna Naudin

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