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Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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, Paris, janvier 2007

La distribution, relique coloniale

Les pays traversés par le Nil sont soumis à des utilisations très restreintes dictées par un traité vieux de 75 ans.

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Réf. : Alexis Masciarelli, Libération, 28/02/2004

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D’imposantes manifestations ont eu lieu à Nairobi, capitale du Kenya réclamant un accès sans restrictions aux eaux du lac Victoria (ou Victoria Nyanza en langue locale ce qui signifie « étendue d’eau »). Découvert en 1858 par l’explorateur Speke, il s’agit en effet de la plus grande superficie d’eau douce d’Afrique (68100 km2) et qui alimente le Nil. En fait, le Nil Blanc y prend sa source avant de traverser forêts, jungles et déserts pour finir sa course en Méditerranée, après avoir rencontré le Nil Bleu en Ethiopie. Le lac reçoit les eaux de nombreuses rivières comme la Kagera. Il est partagé entre l’Ouganda, la Tanzanie et le Kénya. Pour le Kénya, il trace la frontière occidentale du pays sur plusieurs centaines de kilomètres.

En vertu d’un traité datant de l’époque coloniale anglaise, seuls les pêcheurs et les baigneurs y ont libre accès. Les fermiers dont les terres bordent le lac ne peuvent en utiliser l’eau pour irriguer. C’est pourquoi l’association Bunge La Wanachi (Le Parlement du peuple en sawahili) œuvre pour la révision de ce traité. Son porte-parole, Ezra Kiprop déclare : « Ce texte n’est qu’un accord entre certains Britanniques et d’autres du temps des colonies. Pourquoi devrait-on continuer à le respecter ? » et de poursuivre, mettant les points sur les i : « Les Egyptiens feraient bien de trouver d’autres moyens de subsistance. Parce que tôt ou tard, on va utiliser les eaux du Nil au maximum. On a de gigantesques zones arides. On veut que le gouvernement pompe cette eau et la distribue à travers tout le pays. Qu’on puisse l’utiliser dans les maisons, pour l’agriculture, pour l’industrie ».

Le plus grave est que la dénonciation de l’accord comme « relique » coloniale est reprise par la plupart des gouvernements des pays riverains du Nil, indépendants depuis les années 60. Le ministre tanzanien de l’eau dont le pays borde le lac Victoria, Edward Lowasa, s’interroge : « Comment pouvez-vous respecter un traité adopté par un pouvoir colonial contre vos intérêts ? Comment pouvez-vous expliquer à des gens vivant sur les rives du lac, totalement démunis, qu’ils ne peuvent pas en utiliser l’eau ? »

Il est vrai que la Tanzanie et le Kénya subissent des périodes de sécheresse importantes du fait du manque de pluie mais aussi de la déforestation sauvage et de son corollaire, l’érosion. Ces deux pays veulent développer des programmes d’irrigation ambitieux et construire des barrages pour fournir de l’électricité au pays.

Commentaire

Les querelles de l’Egypte avec les pays de l’amont, au sud, ne datent pas d’hier. Au XVIIIème siècle, des conflits armés l’avait opposée à l’Ethiopie pour le contrôle du Nil Bleu (qui fournit 85 % des eaux du Nil arrivant en Méditerranée). Pour le directeur adjoint de la division légale et juridique du PNUE : « Les guerres du futur seront des guerres pour l’eau. L’accès à l’eau va devenir une question essentielle de l’agenda politique international ».

Sans vouloir défendre ce traité, il est à remarquer qu’à l’époque de sa signature, les autres pays étaient très peu développées et peu peuplés comparativement à l’Egypte et avaient donc des besoins moindres. De plus, la déforestation à grande échelle, soit pour de grandes cultures soit pour le bois de chauffe, ont gravement affecté les équilibres environnementaux et hydrologiques provoquant des perturbations dans le cycle des pluies. Enfin, les changements climatiques globaux ne sauraient être écartés d’un revers de main. Bien entendu, la politique n’est jamais bien loin et Israël est souvent là pour « aider » ces pays à construire des barrages et gêner l’Egypte, en dépit des relations diplomatiques entre les deux ennemis d’hier. Il va de soi que la concertation, la coopération et l’entraide sont les outils adéquats pour résoudre ces différents sur l’eau. C’est ce à quoi s’attache l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) dont le siège est précisément à Addis Abéba, capitale de l’Ethiopie.