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Dossier file : Expériences de paix en 1999 : Violences dans les villes, en Afrique et en Europe (délinquance, trafics, criminalité, dégradations…), des exemples de gestion des violences urbaines [Read the dossier]

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L’influence du Vatican au Nicaragua

De Paul VI à Jean-Paul II.


Keywords

  • Use of religion for war, use of religion for peace [>]
  • Peace according to Christianity [>]
  • Initiatives pour le respect des personnes et contre les discriminations économiques [>]
  • Mouvement sandiniste [>]
  • S'opposer à l'oppression économique [>]
  • S'opposer à l'exclusion sociale [>]
  • To analyse conflicts from a social point of view [>]
  • Travailler la compréhension des conflits [>]
  • Réformer les rapports sociaux pour préserver la paix [>]
  • Réformer les relations politiques pour préserver la paix [>]
  • Etablir le dialogue entre les acteurs et les partenaires de la paix [>]
  • Elaborer des propositions pour la paix [>]
  • Soutenir des démarches de réconciliation après-guerre [>]
  • Reconstruire une société [>]
  • Société Civile Locale [>]
  • Autorité politique [>]
  • Gouvernement national et paix [>]
  • Christianisme [>]
  • Eglise Catholique [>]
  • Central America [>]
  • Nicaragua [>]

Henri BAUER, Avril 1999

Lorsque Paul VI était Pape, le Nicaragua était gouverné par une seule famille : les Somoza. Grâce à l’enseignement social de Paul VI et à ses nominations épiscopales au Nicaragua, l’Eglise catholique était devenue de plus en plus critique vis-à-vis du gouvernement.

En 1972, dans une situation sociale déjà difficile où le mouvement révolutionnaire sandiniste commence à se développer, la Conférence des Evêques du Nicaragua publie une Lettre Episcopale politiquement contre la dictature somociste. Alors que l’on craignait la condamnation de la violence, elle ne le fait pas.

« Evangeli Nuntianti » est un document qui a beaucoup inspiré cette Eglise qui cherchait à évangéliser la société nicaraguayenne en profondeur en cherchant la transformation de la vie des hommes dans toutes ses dimensions : religieuse, économique, politique?

Lorsque la « révolution sandiniste » s’est mise en marche, les Evêques et les élites traditionnelles du pays, écartées du pouvoir par Somoza, se sont retrouvés ensemble contre le régime, beaucoup de prêtres, de religieux et de religieuses se sont mis à soutenir, de par leur travail dans les communautés, le mouvement sandiniste.

L’archevêque, Monseigneur Obando y Bravo, tout en étant contre le gouvernement Somoza, ne communie pas non plus avec les sandinistes. Bien qu’une grande partie de l’Eglise, surtout les prêtres diocésains et les congrégations religieuses, soutiennent le mouvement sandiniste, il prend ses distances aussi vis-à-vis du sandinisme. Il publie, le 3 juin 1979, une proposition de médiation de l’Eglise en vue de chercher une issue pacifique aux affrontements.

Après la victoire sandiniste (1979), beaucoup de chrétiens qui ont participé à la {« révolution » pensent pouvoir instaurer un régime social-chrétien.}} Quelques prêtres participent directement au gouvernement sandiniste.

Suite à l’élection de Jean-Paul II, un changement se fait sentir. La Conférence épiscopale nicaraguayenne commencera à s’écarter du sandinisme. Le 17 octobre 1980 elle publie un document sur « la religion catholique, ses postulats, les manipulations dont elle a été l’objet » qui veut montrer les antagonismes entre l’action du gouvernement sandiniste et les principes chrétiens. Elle se place du côté, cette fois-ci, de l’opposition au sandinisme.

En 1983, la première force d’opposition au régime sandiniste est l’Eglise Catholique. Des prêtres qui participaient au gouvernement sandiniste sont sanctionnés par le Vatican avec l’accord des Evêques Nicaraguayens. D’autres doivent quitter le pays à cause des pressions hiérarchiques. Des congrégations religieuses sont accusées d’idéologisation. Le Vatican fournit aux Evêques nicaraguayens des nouvelles instructions sur la mission de l’Eglise, sur ses rapports avec le pouvoir politique et économique et sur la formation du clergé, qui marquent un tournant par rapport à ce qui avait été fait les années précédentes.

Jean-Paul II décide alors de se rendre au Nicaragua. Lorsque que dans son homélie à Managua il condamnait le sandinisme, une partie des assistants à la messe répondit par des sifflets. Cette visite, qui allait consacrer la division Eglise-Sandinisme, va montrer aussi une autre division : celle de l’Eglise.

Lors de la guerre civile des contras contre les sandinistes, les Evêques assumeront une nouvelle attitude : ils vont se présenter comme des médiateurs entre sandinisme et opposition. La hiérarchie fait appel à la réconciliation. Pour les négociations, le médiateur entre le gouvernement et l’opposition sera l’archevêque de Managua, Mgr Obando y Bravo.

A la fin des années 80 les chrétiens sandinistes sont perplexes : l’Eglise, qui les avait formés en chrétiens engagés dans le politique, leur demande de revenir en arrière et de ne s’occuper que des oeuvres « proprement religieuses ». L’alliance christianisme-sandinisme est condamnée par l’Eglise qui l’avait cependant construite.

D’autre part, des groupes sociaux anti-sandinistes trouvent les espaces adéquats pour s’exprimer et prendre plus en plus d’importance. Après avoir vaincu les sandinistes, ils prennent le pouvoir du pays. Ils mettent en avant aussi leur type de christianisme qui avait été, à l’époque des sandinistes, délégitimé et refoulé. Ils profitent du tournant développé par le pontificat de Jean-Paul II pour faire émerger leur christianisme et, avec lui, leur modèle d’Eglise.

A la fin des années 90 la Conférence Episcopale, avec à la tête son Archevêque nommé Cardinal par Jean-Paul II, se situe comme étant très proche du gouvernement Chamorro et Aleman. Suite à l’ouragan Mitch qui a ravagé le Nicaragua en 1998, cette alliance gouvernement-hiérarchie épiscopale se révèle consommée.

Pour leur part, les chrétiens nicaraguayens ont l’impression de vivre une expérience douloureuse et déchirante : découvrir que leur Eglise est une Eglise fluctuante. Réalistes et déçus, ils n’acceptent pas de devenir aujourd’hui chrétiens sandinistes et demain chrétiens anti-sandinistes. Ils n’acceptent pas non plus la prétention de se placer en dehors des rapports sociaux dans une position de réconciliation qui se veut « politiquement neutre ». Ils font un constat: ils sont divisés entre sandinistes chrétiens et anti-sandinistes chrétiens. Autrement dit, ils expriment leur foi dans deux lieux religieux différents appartenant à une seule institution: « l’Eglise des sandinistes » et « l’Eglise de Jean-Paul II », comme couramment ils s’appellent, et s’accusent, les uns aux autres.

Commentary :

Cette façon d’analyser le parcours des catholiques nicaraguayens des dernières années me permet de poser deux questions méthodologiques:

  • D’abord, la question général du pouvoir d’influence de la papauté dans un pays à majorité catholique : comment le Vatican peut provoquer des changements stratégiques à l’intérieur d’un pays, d’une part et, d’autre part, comment des groupes de pouvoir nationaux, eux aussi peuvent faire référence ‘à la doctrine du Saint Père’, voir l’utiliser, à fin de justifier leurs démarches et provoquer, eux, les changements voulus avec le soutien symbolique du Vatican.

  • Ensuite, une question plus spécifique : celle du rôle politique du pontificat de Jean-Paul II dans la défaite du régime sandiniste du Nicaragua.

Notes :

  • Fiche réalisée dans le cadre de l’atelier sur « Religion et Paix », La Haye, mai 1999.

 

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