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Dossier file : La médiation. [Read the dossier]

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Dans un collège de Sarcelles

La médiation n’est pas réservée aux adultes ! Des jeunes sont devenus médiateurs dans leur collège et dans leur école primaire, à Sarcelles, après une formation de plusieurs mois. À l’origine de cette expérience originale et encore trop rare en France, deux enseignantes inquiètes de l’accroissement de la violence. Cet article et les articles Témoignages d’élèves médiateurs et Sarcelles, une « éducation à la civilité » présentent cette expérience depuis son démarrage en 1994 jusqu’à 1999. Elle se poursuit actuellement.


Keywords

  • Education à la non-violence [>]
  • Travailler la compréhension des conflits [>]
  • Formation de médiateurs [>]
  • Mettre en oeuvre des initiatives de médiation [>]

Non Violence Actualité (NVA), Montargis, 2000.

«M » comme Médiateurs

« Lundi 2 mai : une fille est venue nous chercher pour nous dire que sa copine ne lui parlait plus.Je lui ai dit d’aller chercher sa copine et nous sommes rentrées dans la salle ; on a arrangé le conflit : elles se sont expliquées.

Mardi 3 mai : On a vu deux garçons en train de se battre dans la cour de récréation. On a demandé ce qui se passait. On les a emmenés tous les deux dans la salle. Ils ont réglé avec nous le conflit : ils sont repartis contents et ont recommencé le jeu (classe de CM1).

Jeudi 4 mai : un garçon était en train de taper une fille ; nous sommes intervenus mais le copain (classe de 4ème) de la sœur du garçon a réglé le problème et à sa façon : il nous a bousculés et a giflé la fille! »

Ces récits sont extraits du journal de bord d’élèves de cinquième (collège de Sarcelles). Les jeunes médiateurs y relatent fidèlement leurs interventions sur la cour de récréation, avec leurs succès et leurs échecs. Le projet de former des élèves qui pourraient remplir la fonction de médiateurs en classe ou dans la cour de récréation est né pendant l’année scolaire 1992-93. Nous sommes deux enseignantes (histoire-géographie en cinquième et seconde, et anglais en cinquième, troisième d’insertion et seconde), qui travaillons dans un établissement privé sous contrat regroupant école, collège et lycée à Sarcelles. Il y a trois ans, nous avons été particulièrement marquées par la montée de la violence à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de l’établissement :

  • Elève témoin d’un meurtre dans sa cité.

  • Elèves blessés par leurs camarades.

  • Enseignants frappés par des élèves…

Toutes les sorties de classe donnaient lieu à des affrontements avec des classes d’autres écoles et il fallait être en permanence sur le qui-vive pour intervenir avant que les insultes ne dégénèrent en mêlée générale.

Tout était à inventer…

Aussi, nous avons été très intéressées par l’article paru dans le numéro de janvier 1993 de NVA (Non-Violence Actualité) sur la médiation scolaire aux États-Unis. Nous avons cherché à savoir ce qui se faisait en France, et contacté les différents organismes de formation à la médiation. On nous a répondu qu’il n’existait rien. Nous avons donc écrit aux États-Unis. Rien. Tout était à inventer.

Le moment paraissait particulièrement propice pour cette expérience : dans l’établissement où nous enseignons, les élèves de sixième et cinquième ont le choix entre catéchèse et « éducation aux valeurs », et sont de moins en moins nombreux à opter pour la catéchèse. Le programme d’éducation aux valeurs venait d’être défini en sixième (présentation des différentes religions), mais celui de cinquième ne l’était pas encore. Nous avons proposé d’animer un atelier « Violences-résolution des conflits-médiation » et présenté à l’équipe de direction puis aux délégués des parents d’élèves un projet très précis qui a été accepté. Ainsi, nous avons rencontré à deux, pendant toute l’année et tous les quinze jours, vingt-quatre garçons et filles entre douze et quatorze ans. Ces séances avaient lieu le lundi en fin de journée. Elles duraient une heure et quart et concernaient au début des élèves peu motivés par le sujet : ils ne venaient que parce qu’ils avaient fait le choix de ne pas aller en catéchèse. Nous en connaissions environ un tiers que nous avions en classe.

Nous avons repris, en l’adaptant, le contenu d’un certain nombre de stages que nous avions suivis depuis une dizaine d’année (Université de Paix de Namur, Communauté de l’Arche de Lanza del Vasto, Cun du Larzac, Mennonites…). Nous avons également profité d’expériences de médiation menées dans le cadre de la juridiction pénale. Travailler avec des élèves de cinquième est particulièrement intéressant : les jeunes de cet âge ont déjà une certaine maturité et encore une relative confiance dans l’adulte. À la période de la pré-adolescence, ils cherchent à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Nous avons d’abord travaillé à partir de jeux, de questionnaires permettant aux jeunes d’observer leur façon habituelle de gérer les différends et leur environnement. Nous évitons tout enseignement magistral.

Les premières séances sont consacrées à une mise en confiance, à une meilleure connaissance des élèves entre eux et des valeurs auxquelles ils croient et dont ils savent faire preuve. Nous apprenons aux élèves à avoir sur eux et ceux qui les entourent un regard positif, ce qui est très difficile pour certains qui ont tendance à ne voir que leurs défauts. Nous privilégions l’application des principes de la non-violence. Nous utilisons également les dessins, l’expression corporelle et les rêves éveillés, tous moyens permettant aux collégiens de réfléchir et d’expérimenter autrement.

Dans un deuxième temps notre travail est surtout basé sur des jeux de rôle concernant les conflits vécus et choisis par les élèves, ainsi que sur la tâche de médiateur.

Raconter, plutôt que se bagarrer.

Nous employons les techniques du « brain storming » (« tempête de cerveau ») et rejouons les conflits jusqu’à trouver une solution ne désignant ni perdant ni gagnant et qui soit donc acceptable par tous. Des exercices d’écoute et de reformulation sont intégrés aux ateliers. Nous avons pu suivre la progression que nous avions préparée, mais c’est seulement en mars que nous avons proposé aux élèves qui avaient commencé à voir plus clair dans les conflits auxquels ils étaient mêlés, de devenir médiateurs. Ce fut une étape importante qui a nécessité un gros travail pour que la médiation soit comprise et acceptée. Les futurs médiateurs sont allés avec enthousiasme présenter la médiation dans les quatorze classes du primaire et les dix classes de sixième et cinquième. De notre côté, nous avons rencontré certains professeurs, toutes les institutrices et les surveillants. La médiation devait être assurée sur la cour de récréation entre 12h et 13h15 et il était nécessaire que tout le monde soit informé. Une salle de permanence était à la disposition des médiateurs, eux-mêmes reconnaissables par un dossard marqué « M » de façon très visible. Ce fut d’ailleurs une grosse déception quand ces dossards, gentiment confectionnés par une mère d’élèves, arrivèrent : leurs couleurs jaune et rouge avaient été choisies pour être très visibles de loin mais, hélas, ce sont les couleurs de McDonald’s ! Et les premiers médiateurs durent affronter quelques quolibets… Pourtant, des vacances de printemps jusqu’à la fin juin, les médiateurs, par groupes de quatre (deux garçons, deux filles), assurèrent très régulièrement leur fonction quotidienne dans la cour.

Les enfants du primaire firent volontiers appel à eux, parfois également des sixièmes mais il était rare que des jeunes de leur classe leur demandent d’intervenir. Les médiateurs firent preuve de beaucoup de sérieux et d’imagination. Bien sûr, ils ont eu parfois tendance à proposer des solutions alors que l’idéal était que celles-ci viennent des jeunes en conflit. Mais quand il s’agissait des petits, ils manquaient souvent d’expérience et de vécu leur permettant de trouver eux-mêmes des réponses. D’ailleurs le seul fait de venir raconter ce qui les oppose suffit souvent à éviter la bagarre.

Sur 24 élèves ayant participé à cet atelier de formation à la médiation et qui n’avaient, au début, aucun motivation particulière, 17 ont souhaité être médiateurs dans la cour. Les 7 autres ne l’ont pas fait par manque d’intérêt, pensant que c’était inutile ou par crainte des moqueries. En fin d’année, une douzaine souhaitait pouvoir continuer sur ce thème à la rentrée prochaine. Plusieurs proposaient d’aider à leur tour à former d’autres médiateurs. Quelques-uns insistèrent sur le fait que cette formation avait eu des répercussions sur leur vie quotidienne, dans les disputes auxquelles ils sont mêlés. Un garçon, au tempérament assez agressif, explique que maintenant, avant de se battre, il cherche s’il y a d’autres solutions.

L’expérience se poursuit.

Si certains médiateurs ont essuyé des moqueries, ils ont suscité également de l’envie chez les plus jeunes du primaire qui ont dit souhaiter devenir dans leur classe de « petits médiateurs » : envie aussi chez certains élèves qui allaient en catéchèse et qui ont demandé, en dehors des heures de cours, une formation qui a pu leur être donnée, mais un peu trop rapidement.

Chez les adultes, les réactions sont intéressées : les institutrices sont neutres ou favorables. L’une d’elles a fait filmer par ses élèves une interview des médiateurs. Certains surveillants de cour ont joué le jeu et dirigé les enfants en conflit vers les médiateurs.

Côté familles, la moitié a encouragé trouvant que c’était une bonne idée et que cela pouvait servir dans la vie.

Enfin, la direction nous a demandé de continuer. Aussi, à la rentrée, nous avons repris la formation de 34 jeunes de cinquième. Nous rencontrons également chaque semaine des médiateurs de l’an dernier et des élèves de quatrième volontaires pour une formation qu’ils n’ont pu avoir l’année passée.

Si le bilan nous paraît largement positif, nous n’avons pas la prétention de résoudre les problèmes des banlieues. Notre atelier se donne pour principal objectif de réguler les conflits essentiellement dans le cadre de l’école et ne donne pas de solution immédiate au problème des agressions et du racket. Notre travail se veut avant tout préventif mais il nous remet aussi en question, nous, adultes, car il forme des jeunes exigeants quant au droit et à la justice.

Commentary :

Créer ce genre de projets n’est pas facile, puisqu’il s’agit d’expériences inédites en France ou très peu connues, mais une fois assimilée et comprise par les enfants la médiation aura tendance à les responsabiliser et leur donner un moyen de résoudre leurs conflits eux-mêmes.

Notes :

  • Auteurs : Brigitte Liatard et Babeth Diaz, Enseignantes, animatrices de l’association Génération Médiateurs. Elles ont publié « Contre violence et mal-être, la médiation par les élèves », Éd. Nathan, ainsi qu’un DVD sur la médiation au collège.

  • Génération Médiateurs, 39 rue des Amandiers, 75020 Paris. Tél. 01 56 24 16 78 - gemediat@wanadoo.fr - www.gemediat.org

 

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