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Dossier file : La médiation. [Read the dossier]
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Pour lutter contre la violence, il faut commencer à travailler dans les cours d’école car c’est là que les enfants apprennent à se comporter les uns avec les autres. Médiation scolaire, gestion pacifique des conflits…, au-delà des réponses théoriques, il y a l’expérimentation, toujours spécifique. Cécile Denis nous rapporte deux réalités canadiennes.
Non Violence Actualité (NVA), Montargis, 2000.
Les professionnels de l’éducation sont de plus en plus confrontés, dans l’exercice de leur fonction, à des jeunes agressifs sans réellement savoir comment intervenir efficacement auprès d’eux. Parmi les actions préventives envisagées, la médiation est un procédé qui vise à encourager les personnes à résoudre leurs conflits à l’amiable. Au Canada, de telles expériences se développent depuis plusieurs années. Plusieurs écoles assurent une éducation à la résolution des conflits, selon la méthode développée par William Kreidles dans le cadre de l’organisation « Éducateurs à la responsabilité sociale ». « Alors que j’étais jeune instituteur, explique Kreidles, je voulais empêcher tout conflit dans ma classe. Mais j’ai réalisé que ce n’était ni possible ni souhaitable et que je pouvais utiliser le conflit comme outil d’apprentissage ».
Nous présentons ici deux témoignages :
Le premier, « Médiation à Calgary », est un texte de Martha Hansen, professeur au Mount Royal College et responsable du Centre de communication et de résolution de conflits de Calgary dans l’État canadien d’Alberta.
Le second témoignage est celui de Marie-France Chabot, psychologue et avocate à Québec. Présidente de plusieurs instances de résolution des conflits, elle est consultante pour la mise en place de programmes de lutte contre la violence à l’école.
Médiation à Calgary
La médiation en milieu scolaire s’inscrit dans un programme plus vaste qui porte sur la résolution des conflits. Pour cela, les élèves reçoivent une formation complète : approche de la coopération, gestion des conflits et processus de médiation. Le plus souvent, les groupes de médiateurs sont composés de membres du personnel d’établissement et de représentants des élèves sélectionnés par l’ensemble des élèves pour leur créativité et leur rôle positif dans les situations conflictuelles.
Les médiateurs suivent une formation de 10 à 12 heures. On commence par identifier sa propre attitude en situation de conflit puis on apprend la maîtrise de soi, la gestion de la colère, la recherche de solutions. Pour finir, on s’entraîne à réaliser des médiations devant une caméra vidéo pour évaluer ses attitudes et adapter ses comportements.
Avec l’aide de conseillers scolaires, les élèves vont présenter le programme de médiation dans chaque classe ainsi qu’au conseil de parents. De plus, il y a des réunions régulières entre les élèves et les conseillers pour aborder tous les problèmes de l’école et améliorer l’enseignement dans certains domaines spécifiques.
Si le déroulement de la médiation respecte le schéma classique en cinq points (informer sur le processus de médiation ; écouter les parties en présence ; résumer la compréhension que l’on a des événements ; favoriser l’expression de solutions ; se mettre d’accord sur un contrat), il est important pour l’école de développer un processus qui lui soit propre, adapté à l’école, à son environnement, à ses composantes culturelles, etc.
Lorsqu’il s’agit d’enfants de 5 à 7 ans, le lieu de médiation est situé dans l’espace de la classe. On y trouve des outils adaptés : fiches résumant les étapes de la médiation, questions type à poser dans une médiation… Ce sont des élèves de 12 à 14 ans qui assurent les médiations, pendant la pause de midi.
Dans l’enseignement secondaire, les étudiants sont sélectionnés pour suivre la formation de médiateurs. D’une manière générale, un enseignant assiste aux séances de médiation pour jouer un rôle de formation et de supervision. En servant à la fois de personne ressource et de gilet de sauvetage, ou même en apportant son concours actif, l’enseignant garantit la sécurité des participants et des médiateurs ainsi que le bon déroulement du processus.
Quand des personnes hésitent ou refusent la médiation, on peut utiliser une autre technique qui consiste à aller voir successivement chacune des parties en conflit : le médiateur « ping-pong » passe de l’un à l’autre, détecte les besoins et cherche les intérêts communs, avant de réunir les parties pour qu’elles tentent ensemble de trouver un accord.
D’une manière générale, pour que le programme de gestion des conflits et de médiation soit efficace, il est important que la direction de l’école, les membres du personnel et du corps professoral s’engagent dans le processus. Les parents aussi jouent un rôle clé en apportant leur soutien à ces programmes.
Mais la médiation n’est pas la panacée qui permettrait d’instaurer la paix dans toutes les écoles. C’est une expérimentation dont il est possible de tirer un certain nombre d’enseignements.
Pour qu’il puisse fonctionner, un service de médiation scolaire doit être intégré à un travail d’ensemble de l’école sur son projet pédagogique.
Dans certaines situations, la médiation peut se révéler inopportune, notamment dans les cas où les étudiants ont été victimes d’agressions. L’intervention du médiateur peut créer un environnement susceptible de développer d’autres conflits.
Tout comme la violence familiale est dans bien des cas incompatible avec la médiation, la violence à l’école peut générer divers degrés de danger. Quand des enfants se battent, peuvent-ils négocier ? Et lorsqu’il y a des armes ? Que faire avec les bandes organisées? …
Il est utile de définir à l’avance l’attitude à avoir quand les conflits comportent danger ou menace. Quand un enfant fait état des abus dont il est victime à la maison, quand un étudiant témoigne de violences, de tentative de viol…, faut-il le signaler ? Certaines situations relèvent de la justice et non d’une démarche de médiation.
Ces réserves énoncées, les bénéfices de ces programmes de médiation se font sentir dans l’école et bien au-delà, dans la famille et dans l’ensemble de la communauté. Ainsi, à l’école Saint-Pierre de Calgary, il avait été établi que huit conflits par jour en moyenne exigeaient l’aide et l’intervention des adultes. Huit mois après la mise en place du programme de médiation, le nombre de conflits requérant l’intervention d’un tiers est passé à deux par semaine, cette intervention étant d’ailleurs une médiation effectuée par les étudiants eux-mêmes.
L’école qui compte 580 élèves - 22 groupes culturels différents -, est passée d’une réputation d’école dangereuse à celle d’école pacifique. Les parents d’élèves y suivent des cours du soir et les professeurs des stages de recyclage professionnel. Les membres du quartier sont également invités à participer. Même l’épicerie voisine de l’école a participé au programme sur la résolution des conflits car elle avait eu des problèmes avec ses principaux clients : les étudiants.
Quatre ans plus tard, les médiateurs ont appliqué leurs méthodes dans les autres cycles de l’école, et hors de l’école. C’est ainsi qu’un jeune Vietnamien a pu jouer le rôle de médiateur dans le cadre d’un conflit impliquant sa propre communauté
Lutte contre la violence au Québec
L’école et la famille sont des lieux où cohabitent des adultes détenteurs de pouvoirs et des enfants en processus d’identification et de croissance, eux aussi détenteurs de pouvoirs. Dans ces lieux, les adultes exercent le plus souvent seuls l’autorité. Or, la gestion des conflits n’est pas le monopole des adultes. Ils peuvent agir de façon responsable sans toujours trancher, décider, imposer des sanctions. La solution d’autorité n’est pas la seule ni forcément la meilleure. La négociation (résolution coopérative des conflits) est l’idéal à poser. La médiation, quant à elle, est un processus d’entraide mis à la disposition de ceux et celles qui veulent négocier.
La discipline et les règles de vie sociale doivent continuer d’exister et peuvent provenir d’un consensus au lieu d’être entièrement imposées. La solution d’autorité reste nécessaire mais peut devenir marginale et exceptionnelle, en termes de fréquence du recours.
En cette matière, comme dans d’autres, il n’est pas réaliste de dé-responsabiliser le jeune jusqu’à dix-huit ans pour ensuite, du jour au lendemain, lui demander de faire preuve de compétence et d’autonomie dans la résolution des conflits. Les enfants peuvent apprendre à gérer leurs conflits. La famille et l’école peuvent favoriser un changement significatif en adoptant des conduites plus responsabilisantes et en tablant davantage sur la capacité des jeunes à apprendre et sur leur désir de montrer qu’ils ont des capacités. De plus, les enfants peuvent servir de personnes ressources lorsque d’autres enfants ou d’autres personnes sont en conflit.
Ainsi, la solidarité et la responsabilité s’acquièrent dès l’enfance. À la question de savoir ce qu’est la réussite scolaire, personne ne répond uniquement en termes de connaissances académiques. Cela inclut également l’acquisition d’« habiletés sociales », c’est-à-dire de compétences et de comportements tels que savoir communiquer, être courtois, etc. L’aptitude à la résolution de conflits devrait faire partie plus ouvertement du projet éducatif. Prévenir et gérer sainement ses conflits sont des choses qui s’apprennent et qui s’enseignent, consciemment ou inconsciemment. Les enfants apprennent souvent en imitant des modèles. Il serait donc intéressant de leur fournir un éventail d’outils à utiliser et de conduites alternatives à imiter. Si nous ne mettons à leur portée que des modèles violents et autoritaires, ils seront non seulement handicapés par ce manque d’outils mais ils pourront aussi nuire à eux-mêmes et aux autres. Par contre, avec une action éducative concertée de tous les intervenants, dans le sens de la résolution coopérative des conflits, il est possible de réduire les conflits mal gérés et les dégâts qu’ils peuvent engendrer.
Les bénéfices de la médiation dans un cadre scolaire sont multiples : une diminution de la violence, des conflits qui dégénèrent moins souvent, mais surtout la responsabilisation des jeunes via un processus qui les aide à se construire au sein d’une société, en devenant des membres constructifs.
Auteur : Cécile Denis, Chargée de la médiation scolaire à l’Université de Paix de Namur — Belgique.