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Dossier file : Liban, Ex-Yougoslavie : les conflits identitaires et le rôle des tiers dans la construction de la paix [Read the dossier]
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Paris, 2003
La reconstruction a pour vocation de suivre immédiatement la fin d’une guerre. Perçue souvent dans ses débuts comme une période d’effervescence, il n’est pas rare qu’elle soit vécue comme un moment équivoque, chaotique et exaltant. Cet aspect, bien que fugace, est sans doute lié à la multiplicité de processus que recouvre la notion de reconstruction.
La reconstruction semble faire partie de ces concepts qui peuvent se passer de définition, tant ils semblent clairs par eux–mêmes : ce que la guerre à détruit, les acteurs, une fois la paix venue, vont le reconstruire. Cette auto-définition se double souvent de l’idée que la reconstruction est avant tout, au pire un retour à la normale, et au mieux un processus permettant à une société de rattraper le temps perdu par la guerre.
Cependant, derrière l’apparente simplicité de cette définition se trouve une multitude de processus et de besoins, souvent corrélatifs, parfois antagonistes, qui font de la reconstruction un moment particulièrement difficile à gérer, en particulier dans le cas d’une guerre civile. De fait, la reconstruction est un concept qui recouvre plusieurs réalités à la fois.
La reconstruction urbaine et territoriale : il s’agit là du premier processus évoqué par le concept de reconstruction, la remise en l’état des secteurs urbains détruits, des équipements publics, des maisons, des usines, bref de tous les aspects visibles, matériels et nécessaires d’une vie « normale ».
La reconstruction psychique : cet aspect de la reconstruction est immédiatement lié à la définition d’une vie « normale » . En effet, souvent et en particulier dans les formats actuels de guerre civiles, le conflit dure longtemps et se fait presque à domicile, entraînant tout un processus d’adaptation psychologique, lequel se double fréquemment de traumatismes forts et durables. Un traité de paix ou un cessez-le-feu n’ont en eux-mêmes qu’un impact très limités sur ces systèmes et ces souffrances de l’esprit, et c’est une véritable reconstruction de soi, pour s’adapter à la paix, que doivent poursuivre, souvent sans aide, les populations civiles.
La reconstruction sociale : la société aussi n’est pas épargnée par la guerre, ni dans ses dynamiques, ni dans ses structures, et doit se réadapter à la paix. Dans les guerres civiles, en particulier, cette réadaptation passe par la reconstruction de normes sociales pacifiées, dans un contexte que la guerre a brutalisé, en intégrant le meurtre ou la crainte dans les normes admises. Plus qu’une simple question sociologique, il s’agit là d’une véritable réintégration d’une société en crise dans la société régionale et mondiale, de laquelle elle avait été en grande partie séparée par l’adoption de normes de guerre.
La reconstruction économique : les échanges économiques ne s’arrêtent jamais totalement en période de guerre, et dans certains secteurs, prennent un essor neuf (mafias, drogue, contrebande…), mais il s’agit là souvent d’une économie souterraine qui ne permet pas l’essor global d’une région, et surtout son insertion sereine et durable dans les échanges mondiaux. La reconstruction économique est avant tout la remise en route de dynamiques de production et d’échanges durables, visibles et sécurisantes pour les populations. Il s’agit tout simplement de passer d’une économie de guerre à une économie de paix.
La reconstruction politique : le champ politique est celui qui apparaît comme le plus visible dans un contexte de conflit, dans la mesure où celui-ci semble souvent le prolongement de problématiques d’ordre politique. Mais après-guerre, excepté dans le cas de la victoire sans partage de l’une des parties, rien n’est plus flou à l’observateur extérieur que le champ politique. Systèmes claniques, mafieux, ou confessionnels, rapports de force obscurs et affichés, les règles du jeu politique sont souvent peu claires, tant la transition d’un monde de guerre dérégulé à un espace de paix politique est difficile. Il existe donc un champ pour une reconstruction politique, qui comprend le rétablissement de règles permettant d’encadrer le débat commun et la vie en société en temps de paix. Mais cette reconstruction va encore plus loin après une guerre civile : il existe en effet une problématique que seul le politique peut prendre en charge, celle du projet commun et la raison de vivre ensemble.
C’est là sans doute, le fondement d’une reconstruction politique réussie, et en grande partie, d’une reconstruction tout court.