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Ficha de análisis

Ficha del dosier : Liban, Ex-Yougoslavie : les conflits identitaires et le rôle des tiers dans la construction de la paix [Leer el dosier]

Ficha 28 / 29

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Les populations, victimes et enjeux de la guerre : les exemples du Liban et de l’Ex-Yougoslavie

De la paupérisation des populations et les traumatismes de l’après-guerre à la fin des hostilités que, si elle laisse des traces, ouvre aussi la porte au changement, impossible durant les combats.


Palabras claves

  • La esperanza, factor de paz [>]
  • La responsabilidad de las autoridades políticas con respecto a la paz [>]
  • Desmilitarización de la sociedad [>]
  • Las dificuldades de una cultura de paz en una población que ha vivido la guerra [>]
  • Favorecer el regreso de las poblaciones desplazadas [>]
  • Sostener reparaciones morales de los efectos de la guerra [>]
  • Luchar contra la depresión [>]
  • Sociedad Civil Local [>]
  • Líbano [>]
  • Ex Yugoslavia [>]

OLLAGNON Matthieu

L’après-guerre n’est pas la paix et les populations ne le vivent pas comme un simple retour à la normalité d’avant-guerre (économique, politique, sécuritaire et psychologique). Au-delà du retour à une sécurité minimale (sécurité physique, bien sûr, mais aussi économique et sociale), d’autres éléments, déréglés par le conflit, exigent d’être recadrés. Cette fiche propose, en partant d’une étude du Liban et de l’Ex-Yougoslavie, un bref tour d’horizon de ces éléments et de l’état des populations.

Les logiques et les capacités d’action des individus et de leurs familles semblent présenter, au Liban et en Bosnie, de nombreuses similitudes, caractérisée par l’impuissance à agir en dehors des réseaux établis (communautés, réseaux claniques, …).

Les logiques d’action, en premier lieu, tendent vers les mêmes objectifs : pouvoir se nourrir, se vêtir, se loger et pouvoir jouir d’une vie décente. Selon les situations particulières, ces logiques « objectives » (nous verrons qu’il en existe qui sont beaucoup moins quantifiables) se déclinent selon les modalités différentes. Il n’en va pas de même pour un réfugié seul, que pour un père de famille n’ayant pas été obligé de quitter sa maison.

Ces besoins fondamentaux, un certain nombre de canaux permettent de les prendre en compte :

  • Le canal économique traditionnel : travailler dans une entreprise ou à son compte.

  • Le canal communautaire : compter sur l’aide communautaire ou sur les réseaux.

  • Le canal humanitaire : voir une partie de ces besoins pris en compte par l’aide humanitaire.

Ces trois canaux, qui ne sont que les principaux, s’entrecroisent souvent : un emploi peut être trouvé en entreprise, la maison réparée par une Ong et les enfants éduqués par le réseau communautaire. Au Liban, en particulier, on s’aperçoit que le canal humanitaire s’amenuise proportionnellement au regard des deux autres, au fur et à mesure que les hostilités s’éloignent. Cet amenuisement n’est pas d’ailleurs corrélatif de manière systématique à une amélioration notable de la qualité de vie, excepté la fin du risque lié à la guerre.

Paupérisation des populations et traumatisme de l’après-guerre.

A la survie du temps de guerre à succédée la « quart-mondisation » d’une grande partie de la population, appauvrissement général auquel les seuls Etats locaux ne peuvent répondre efficacement, que ce cela soit au Liban ou en Ex-Yougoslavie (un exemple fort tiré d’un article serbe : « Officiellement, en Republika Srpska (RS) la population active est de 220 000 personnes, dont 80 000 vivent grâce aux aides de l’État, alors que 140 000 travaillent dans le secteur privé. Sur ce nombre, 40 000 au moins sont au chômage. Il ressort que les 100 000 restant qui travaillent subviennent aux 80 000 salariés de l’État, aux 40 000 en attente de travail, aux 170 000 retraités, aux 39 000 invalides, aux 22 000 titulaires de pension de réversion…).

Pour des populations qui, que cela soit au Liban ou en Ex-yougoslavie, ne faisaient pas partie du tiers-monde avant-guerre, cette paupérisation est l’occasion d’un deuxième traumatisme, d’autant plus que leurs possibilités d’action au niveau de la situation globale sont extrêmement limitées. Au choc de la guerre se rajoute donc un choc économique et psychologique, un « traumatisme bis », beaucoup moins spectaculaire mais tout aussi profond.

Parallèlement aux logiques de survie, les populations tentent de poursuivre des logiques que les Ong qualifient d’ « immatérielles », c’est à dire ne tenant pas exclusivement à la survie de l’être humain en tant qu’organisme avec des besoins élémentaires. Ces logiques sont multiples : retour chez soi pour les réfugiés, éducation, récupération psychique, possibilité d’expression, droits politiques, … Ce sont elles, avec la sécurisation des conditions de vie, qui déterminent le passage de la survie à la vie et l’évolution des capacités d’action des populations.

Au Liban comme en Bosnie-Herzégovine, et plus encore au Kosovo, si les populations ont « légalement » des capacités d’action comparables à celles de résidents occidentaux, la pratique et les faits démentent cette vue de l’esprit.

Le droit, en premier lieu n’est pas appliqué avec une égale vigueur partout, soit du fait d’une faiblesse de l’Etat et sa pénétration par des réseaux (Bosnie, Liban), soit, au contraire par une omniprésence de l’Etat et d’un appareil idéologique (Serbie et Croatie jusqu’à la mort de Franjo Tudjman et la chute de S. Milosevic). A l’heure actuelle, c’est surtout la faiblesse de l’Etat, son absence de légitimité, et son recul face au « communautarisme », plus ou moins institutionnalisé qui pose problème. C’est le cas en Bosnie-herzégovine dans un certain nombre de cantons, où le droit au retour des réfugiés, par exemple est peu ou pas appliqué du fait de pressions communautaires sur les déplacés revenus au pays. Face à cette faiblesse dans l’application du droit, les populations ont peu de moyens de pression et leur capacité à agir sur l’Etat, ses structures et ses lois est faible, en particulier en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo et au Liban. Ceci tient à plusieurs facteurs présents à des degrés variables dans ces trois pays :

  • La continuation d’un état de violence, latent ou déclaré, qui empêche toute vie démocratique stable : en Bosnie-Herzégovine (refus du résultat des élections démocratiques du 11 novembre 2000 par des éléments croates), au Liban (le débat sur le retrait des forces syriennes en 2001 a été teinté de confrontation confessionnelle, obligeant l’annulation de deux manifestations contradictoires) et au Kosovo (la violence sporadique et la haine intercommunautaire empêche tout débat démocratique ou presque, fragilisant ainsi la société civile).

  • La division communautaire qui parcellise les forces de la population. Cette absence de coopération, en particulier dans la vie politique, empêche souvent la mise en place de projets vraiment novateurs.

  • La non-visibilité du pouvoir réel. Que cela soit en Bosnie-Herzégovine ou au Liban, et encore plus au Kosovo, la profusion des mafias et réseaux, et les interventions étrangères créent une situation de non-visibilité du pouvoir effectif par rapport au pouvoir légal. C’est sans doute là, entre autres, une contrepartie du communautarisme, les individus et les familles pouvant jouer des réseaux pour améliorer leur situation personnelle mais, se mettant ainsi dans une relation de dépendance à leur égard, ne pouvant agir selon des logiques qui leurs seraient contradictoires. Ce mouvement s’accompagne de la présence de ces réseaux, et de leurs intérêts contradictoires, à tous les échelons de la vie publique et privée. Il est rarement possible alors à l’individu d’aller sérieusement à leur encontre sans subir de fortes pressions. Mais le problème majeur, face à ces pouvoirs éclatés est de savoir sur quoi, par ricochet, agir. De fait, cette non-visibilité contribue à une culture de l’informel qui limite fortement les initiatives.

  • En dernier lieu, il existe un état d’épuisement général, de lassitude, qui entrave toute action des populations, doublé d’une perte de la foi en l’avenir. Cet état d’esprit est courant dans les après-guerres identitaires, puissant semble-t-il en Bosnie et se résorbant à peine au Liban.

Les populations civiles : victimes et enjeux de la guerre et l’après-guerre.

Du fait de ces difficultés principales, les capacités d’action des populations sont extrêmement réduites. Dans ces situations de tension les logiques de récupération psychique, l’amélioration ou la dispensation de l’éducation, et la poursuite de toutes les autres logiques liées à l’immatériel sont rendues extrêmement complexes. De ce fait, on assiste à un véritable blocage de la situation pour les populations de ces pays, réduite à l’impuissance hors des réseaux et logiques qui ont contribués au conflit. Il existe alors peu d’alternatives au système de guerre.

De ces quelques points surgit le paradoxe des conflits identitaires et de leurs après-guerres : les populations sont souvent des acteurs malgré elles (réfugiés, victimes des bombardements et massacres), parfois des acteurs à part entière (émeutes, ou au contraires marches pour la paix, par exemple), mais elles sont le plus souvent un des enjeux même de ces guerres et de leur continuation dans la paix, au même titre que le territoire ou les ressources économiques. Qui possède et contrôle sa population, par le biais des mafias ou réseaux, peut exercer un véritable pouvoir de potentat local dans le système politique et économique de ces pays (on a l’exemple des ministères « confessionnalisés » au Liban). Mais dans la majorité des cas, nous le voyons, ces populations sont les premières à payer le prix de la guerre et, tout autant, celui de la paix.

 

Cette fiche d’analyse a simplement pour vocation de dresser un constat, partiel bien sûr, des quelques éléments que l’on peut observer sur l’état des populations après-guerre. A première vue, il est possible d’en tirer la conclusion que l’après-guerre est presque pire que le conflit, tant le tableau est sombre. Il n’en est heureusement rien, dans la mesure où cette situation était générée et amplifiée par la guerre, la violence armée en plus, et que la fin des hostilités, si elle laisse des traces, ouvre aussi la porte au changement, alors que celui-ci est impossible durant les combats. Il s’agit donc là d’un moment du processus de construction de la paix, et non l’alternative inéluctable et durable à la guerre.

Notas :

À lire :

  • HATZFELD Jean, L’air de la guerre, Ed. de l’Olivier, Paris 1994, 345 pages, p. 56-57.

  • NASR, Salim, Anatomie d’un système de guerre interne : le cas du Liban, Cultures et Conflits, N°1, Paris, 1990

 

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