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Ficha del dosier : La responsabilité des religions et des croyants à l’égard de la construction de la paix [Leer el dosier]
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Réhabiliter la notion de “compromis” dans une dynamique créative.
Roby Bois, La Haye, 1999
Deux auteurs, Alain Blancy et Gunther Gebhardt ont réfléchi à la notion de compromis et proposent des solutions de sortie de crise qui semblent converger…
Issus de “lieux” différents, ces deux textes, me paraissent converger en une stratégie incontournable dans toute situation de sortie de crise ou de guerre. Alain BLANCY est un théologien protestant d’origine juive. Déporté durant la dernière guerre, il a réfléchi en profondeur sur le pardon, la réconciliation, la reprise de dialogue. Gunther GEBHARDT, non-violent, alimente une stratégie du même ordre entre religion douce et intégrisme.
I. La reconnaissance de l’autre et le compromis selon Alain Blancy
Le bref texte d’Alain Blancy pose le principe de fond de toute sortie de crise, de toute issue à un conflit : la reconnaissance de l’autre et le compromis qui en découle. Sans doute convient-il de le mettre en œuvre, aussitôt que l’on peut réunir les parties en présence avec un minimum de confiance.
Qu’est-ce qui rend les conflits inévitables, et qu’est-ce qui les rend obsolètes ? Pourquoi un conflit éclate-t-il ? Comment se termine-t-il ? On voit bien que si la violence initiale est toujours liée à une volonté d’humiliation, d’écrasement, voire d’anéantissement d’autrui, la fin de cette violence devient possible, non dans la quasi—disparition de l’autre, mais dans la reconnaissance de son droit à l’existence, de la légitimité de sa cause. Cette reconnaissance conduit nécessairement à la négociation et au compromis. La seule façon de résoudre les conflits latents ou aigus est l’art du compromis. Il faut louer le compromis qui est acceptation de la relativité des choses, des causes, le refus de diaboliser autrui pour mieux le disqualifier. C’est ce qu’on appelle la démocratie, moins le pouvoir de la majorité que le respect des minorités. Le compromis est, comme l’étymologie le suggère, une “promesse tenue en commun”. La relativité ne signifie pas, à l’inverse de ce qu’on croit, la tolérance et l’indifférence, toutes choses étant égales. Non, l’art de la relativité est l’art de la proportionnalité. Ce n’est pas renvoyer les adversaires dos à dos, mais c’est néanmoins la disposition à faire des concessions. Encore un terme qui implique le partage et la communion. Rien n’est joué à l’avance, mais le respect de l’autre comme un autre soi-même — dont l’amour va se réfléchir et revenir à soi-même, comme le dit le commandement divin — est le commencement de la sagesse. Il y faut, bien sûr, la condition initiale de la confiance, c’est-à-dire de la foi. Mais à la différence des mafias qui, un peu partout, prennent le pouvoir et propagent la terreur pour le prix de l’argent, les parties en cause dans les conflits ont montré par leur souffrance et par leur ténacité qu’elles sont dignes de respect, ce dont la confiance émerge et se nourrit. Prises au piège, dans la souricière d’un lieu qu’elles ne peuvent ou ne veulent quitter, elles sont confrontées dans un test de vérité nue à ce qui les étreint et les consume.
Entre la fidélité à des principes et des traditions, une origine et une identité, et un désir et une disposition à changer, il n’y a pas à choisir. L’identité comme la tradition est un mouvement, une dynamique, l’origine est le principe, un moteur. L’universalisme n’est pas, n’est plus la victoire d’un protagoniste sur les autres, mais bien la combinaison créatrice de plusieurs projets. L’art, la religion, sinon la connaissance ont toujours été, voulu être, des forces créatrices, inventives, découvrantes… La véritable mémoire est celle qui sait reconnaître dans l’histoire, non les échecs des pseudo-fins de celle-ci, mais les nouvelles symphonies, avant qu’elles ne se figent en systèmes définitifs. L’appel au “pas-encore” est plus fort que celui du “dejà-là”…
II. Les « deux cultures religieuses » de Gunther Gebhardt
Gunther Gebhardt évoque les “deux cultures religieuses” : les conflits font partie des réalités humaines : il ne s’agit donc pas de prévenir les conflits mais d’être attentif et éveillé aux conflits potentiels, de prévenir leur éclatement violent et de les gérer d’une façon non-violente, avec le but de transformer le potentiel agressif qui s’y accumule en une source de créativité, de constructivité et de libération. Un principe directeur de la gestion non-violente des conflits est d’éviter qu’il y ait vainqueur et vaincu — source de conflits futurs déjà programmés — et d’œuvrer vers une culture du compromis. Elle n’est pas une culture de l’exclusion mutuelle mais de la création d’un avenir commun où tous gagnent. Si les religions veulent devenir acteurs d’une telle culture non-violente du compromis, elles sont obligées d’affronter d’abord les conflits qui les traversent en leur sein même et d’apprendre à les gérer. Or, le conflit majeur qui traverse le monde religieux à présent n’est pas un conflit entre familles religieuses : les conflits inter-religieux sont relégués au second plan par le conflit intra-religieux entre les expressions fondamentaliste et libérale de la même tradition religieuse. Nous sommes là devant deux cultures religieuses et la grande confrontation inter-culturelle se joue à ce niveau-là. Ceci d’autant plus que ce conflit inter-culturel ne se limite pas à la vie interne des religions (il soulèverait alors peu d’intérêt) mais il a un impact direct sur les sociétés puisque les tendances dites fondamentalistes visent justement à déstabiliser les sociétés sécularisées et à leur imposer le totalitarisme de leur vision d’une société dominée par une religion, comme l’a fort bien analysé le sociologue Gilles KEPEL. Les expressions fondamentaliste et libérale de la religion reflètent ce que l’idéologue Johan Galtung appelle “les aspects durs et les aspects doux” de la religion.
Si la gestion non-violente des conflits forme une composante d’une culture de la paix et si l’on doit attendre une contribution significative des religions, cela suppose d’abord une transformation profonde des religions elles-mêmes de l’intérieur. Une conversion véritable vers la religion douce. La religion douce est bien présente dans chacune des religions, mais, à travers l’histoire, elle a souvent été marginalisée, discréditée, étouffée, puisque, par définition, elle ne cherche pas le pouvoir et la domination, mais est critique par rapport au pouvoir. La religion douce est celle qui privilégie la communication horizontale, le dialogue entre croyants ayant atteint l’âge de la maturité religieuse, la quête en commun de la vérité qui est au-delà de toute religion ; elle est la religion de l’accueil de l’autre, de la pluralité et du globalisme. Elle confère, certes, à l’individu un élément de son identité, mais une identité qui inclut toujours l’autre au lieu de se démarquer et de s’isoler de lui. Les religions n’ont jamais vraiment opéré cette conversion vers la religion douce par peur de perdre leur identité en s’ouvrant vers une conception plus large de la vérité. Or les religions trouveraient au contraire une nouvelle identité, désirée et partagée par un nombre bien plus important de nos contemporains, si elles osaient se transformer en forces de paix et d’ouverture.
Le texte d’Alain Blancy a paru dans le courrier des lecteurs du journal “Réforme” ; il s’agissait, à partir de la “Shoah”, des procès Papon et Pinochet, et du Rwanda, par exemple, d’engager une réflexion sur les notions et les pratiques de “JUSTICE, PARDON, AMNISTIE…” Même hors situation de conflit, je suis sans cesse confronté à cette question : comment assumer à la fois mon héritage culturel et religieux (mais aussi familial, national, etc.) et mon profond désir de changement, mes racines et mon aspiration à un projet créateur, le “déjà-là” et le “pas-encore”.