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Ficha de experiencia

Ficha del dosier : Liban, Ex-Yougoslavie : les conflits identitaires et le rôle des tiers dans la construction de la paix [Leer el dosier]

Ficha 13 / 29

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Paix et après-guerre : quelle différence concrète ?

L’après guerre: ni guerre, ni paix, période trouble, c’est dans ces après-guerres que se place la construction de la paix, non plus comme simple lutte contre la guerre, mais comme projet positif et créateur de quelque chose de nouveau et d’original.


Palabras claves

  • Elaboración y utilización de lo simbólico [>]
  • Desmilitarización de la sociedad [>]
  • Desmilitarización del poder [>]
  • Sociedad Civil Local [>]
  • Líbano [>]
  • Ex Yugoslavia [>]

OLLAGNON Matthieu

S’il est relativement facile d’identifier la guerre, ne serait-ce que parce qu’elle s’impose à ceux qui la vivent, la paix est beaucoup plus difficile à cerner. Pourtant, dans le cadre de la construction de la paix, pouvoir proposer un objectif concret est indispensable afin d’évaluer l’action engagée. Le but de cette fiche est de proposer des éléments de réflexion à ce sujet.

La plupart des conflits qui éclatent actuellement sont des guerres civiles, de natures et de formes multiples et, comme toutes les guerres, celles-ci évoluent. Néanmoins, leur propre aspect intérieur, civil, pose un problème d’évaluation : alors qu’une guerre entre Etats peut se régler par un accord diplomatique, une victoire ou une défaite, une guerre civile peut simplement s’apaiser, ou s’essouffler, sans que l’on sache très bien si cette pause n’est qu’une trêve entre deux explosions de violence ou l’amorce d’une vraie paix.

En effet, ce qui manque, ce n’est pas une définition de la paix comme absence de guerre, mais une approche qui permette de comprendre ce qu’est la paix en elle-même, ce qu’elle a de plus qu’une simple trêve, même durable. Cette définition est encore à inventer mais, en combinant expérience de terrain et approche universitaire, il est déjà possible de fournir quelques éléments pour alimenter le débat.

La paix est plus qu’une réalité politique, elle est aussi sociale, économique et psychologique : on peut alors d’ors et déjà essayer d’intégrer ces aspects dans quatre propositions qui, combinées, peuvent constituer le point de départ d’une définition.

En premier lieu, on pourra d’abord définir la paix comme étant l’état d’une société au sein de laquelle le niveau de violence est maintenu à un niveau acceptable. En effet, la violence ne disparaissant jamais totalement du jeu social, c’est son endiguement, la capacité de la société elle-même et de ses institutions à l’encadrer qui est prise comme référence. La notion de « niveau acceptable » dépend ensuite de l’évaluation et des références des acteurs eux-mêmes.

On peut émettre une deuxième proposition pour compléter la première. Si on ne peut supprimer la violence : l’expression de celle-ci ne doit pas passer par des moyens de guerre (entre autres, l’usage d’armes conçues spécifiquement dans ce but : une émeute durant laquelle le mobilier urbain est utilisé comme arme est alors une situation limite, mais pas encore une guerre) et n’est pas organisée militairement ou paramilitairement.

Néanmoins, en poussant certes un peu loin, cette définition pourrait tout aussi bien s’appliquer à une trêve ou à une période d’armistice, et nécessite d’être complétée par une troisième proposition, d’ordre plus social et économique. Nous définirons donc la paix en lui attribuant une qualité positive supplémentaire : celle de la coopération. Pour être en paix, une société doit pouvoir offrir à ses divers acteurs la possibilité de coopérer entre eux, sans contraintes et sans avoir à respecter une quelconque « ligne rouge » due à la guerre dans le choix de leurs partenaires. Il ne s’agit pas là de la négation des différences mais de la possibilité d’interagir entre eux étendue à la majorité des acteurs. Cela signifie que, dans une guerre communautaire, les échanges économiques et sociaux entre membres des diverses communautés ne doivent pas être empêchés ou rendus difficiles par des questions d’appartenance ou d’identité. Au delà, cela signifie que les canaux de communication et d’échanges normaux d’une société unie sont rétablis et ouverts.

Une quatrième proposition peut permettre d’affiner encore une approche de la paix : outre qu’elle disloque la sécurité, la guerre change l’appréhension du temps et la capacité à se projeter dans l’avenir. La paix, à contrario, sera l’état qui permet aux acteurs de faire des projets à long terme, d’une part parce que cela leur sera possible psychologiquement, et d’autre part, parce qu’ils pourront raisonnablement parier sur une stabilité durable qui puisse permettre le calcul.

Pour résumer nous pourrons alors définir provisoirement la paix comme suit : « Un état de la société identifiable à un niveau de violence maintenu à un niveau acceptable et où l’expression de cette violence ne passe pas par des moyens de guerre. Cet état doit permettre, et la coopération entre la majorité des acteurs sans contrainte liées à la guerre, et l’élaboration de projets à long terme par les acteurs sociaux. »

Il s’agit là, bien sûr, d’une approche provisoire qui s’appuie essentiellement sur l’expérience et l’appréciation des acteurs. Comme toutes les définitions, elle nécessite d’être nuancée : au cas, par exemple, où la majorité des éléments de cette définition seraient réunis a un moment donné mais qu’il en manquerait certains, nous pourrions alors parler, selon l’ampleur de ce manque, d’état de tension (si une nouvelle crise se profile) ou d’état de trêve (par opposition à un état d’apaisement, l’état de trêve étant simplement un essoufflement passager d’une crise).

En définissant ainsi la paix, non plus négativement, comme l’état entre deux guerres, mais comme une qualité positive, nous pouvons appréhender l’après-guerre d’une manière toute différente. Face à une telle définition, l’après-guerre ne peut plus être défini que comme le moment qui suit la fin de l’usage des armes et l’officialisation de cet arrêt. La notion d’après-guerre sera alors la période de transition entre l’état de guerre et la paix telle que nous avons commencé à l’approcher. Ni guerre, ni paix, période trouble, c’est dans ces après-guerres que se place la construction de la paix, non plus comme simple lutte contre la guerre, mais comme projet positif et créateur de quelque chose de nouveau et d’original.

ComComentario :

C’est en menant une recherche au Liban que je me suis trouvé concrètement confronté au problème de la définition de la paix. Malgré la fin officielle du conflit, la situation restait tendue, et nombre de personnes interrogées souffraient de cette paix qu’ils ne ressentaient pas comme en étant une. La plupart des acteurs interrogés n’arrivaient pas à se situer dans le processus de construction de la paix, ne sachant pas s’ils agissaient dans le cadre d’une trêve ou d’une vraie paix : je n’ai pas fait exception et ce paradoxe d’une paix qui n’en est pas une m’a amené a devoir rechercher des éléments de clarification, des points de repères permettant d’évaluer la situation.

En effet, l’absence de ces points de repères créait une équivoque qui pesait sur la construction de la paix. Cette équivoque se résumait ainsi « nous sommes officiellement en paix, mais nous sentons bien que l’objectif est loin d’être atteint ». Ce qui amenait à un paradoxe insoluble : « nous voulons construire la paix mais la paix est déjà là selon la définition en usage. » Je pense que c’est en élargissant le concept de paix, en lui donnant une valeur positive et en ne la définissant plus exclusivement comme le contraire de la guerre qu’il est possible de sortir de ce paradoxe. L’objet de cette fiche était de contribuer à alimenter le débat à ce sujet, et d’autres propositions et expériences sont alors souhaitables.

 

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