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Ficha de experiencia

Ficha del dosier : Liban, Ex-Yougoslavie : les conflits identitaires et le rôle des tiers dans la construction de la paix [Leer el dosier]

Ficha 16 / 29

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Qu’est ce qu’un conflit identitaire ? La définition de R. Licklider et de S. Huntington

Le terme de « conflit identitaire » permet de regrouper un certain nombre de crises civiles présentant une architecture commune.


Palabras claves

  • Etnicismo y paz [>]
  • Utilización de la religión para la guerra, utilización de la religión para la paz [>]
  • Construcción y utilización de la identidad cultural [>]
  • Trabajar la comprensión de conflictos [>]
  • Analizar conflictos desde el punto de vista cultural [>]
  • Organización comunitaria [>]
  • Militares [>]
  • Líbano [>]
  • Ex Yugoslavia [>]

OLLAGNON Matthieu

La problématique de cette fiche est de présenter la définition de ces conflits - regroupés sous le nom de « conflit identitaire » - selon R. Licklider, laquelle, en permettant d’identifier des problématiques équivalentes, peut faciliter le partage d’expérience.

Le terme de « conflit identitaire » permet de regrouper un certain nombre de crises civiles présentant une architecture commune. La problématique de cette fiche est alors de présenter la définition de ces conflits, selon R. Licklider, laquelle, en permettant d’identifier des problématiques équivalentes, peut faciliter le partage d’expérience.

Définir un conflit identitaire, comme ceux du Liban et de Bosnie, offre toujours le risque de de réduire toute une catégorie de conflit à un choc culturel. Nous nous en tiendrons donc à une approche empirique de ce concept, élaborée par des chercheurs américains en sciences politiques et en relations internationales, Roy Licklider et Samuel P. Huntington. Bien que pouvant porter le risque de ramener les logiques de conflits au « tout identitaire » ou au « tout culturel » , cette définition à le mérite de définir ce type de conflit par une observation empirique. Selon S.P. Huntington, qui parle lui de « conflits communautaires », tout en reconnaissant l’équivalence de termes, le conflit identitaire est caractérisé par la conjonction de cinq éléments.

  • 1°) Un haut degré de polarisation : la majorité des acteurs, des positions idéologiques et des configurations sociales tendent à se regrouper au sein de pôles antagonistes et très marqués. La complexité et la diversité des interactions sociales tendent à s’atténuer, au moins dans les discours, au profit d’une séparation de la société en communautés identitaires ou idéologiques opposées. Ceci se traduit dans l’espace : les conflits identitaires touchent tout un pays, mais leur violence semble se concentrer, au moins symboliquement, sur des lieux précis et très chargés symboliquement, où les oppositions se cristallisent de façon puissante. C’est le cas, par exemple, des « villes martyres », comme Beyrouth ou Sarajevo, qui sont des espaces relativement petits où, voisins contre voisins, rue contre rue, toute la violence et le sens du conflit semblent s’être exprimée.

  • 2°) Un haut degré d’ambiguïté idéologique : ce point signifie que, quelles que soient les raisons affichées du conflit, et les idéologies des protagonistes, les causes profondes de celui-ci ne sont pas facilement accessibles, et ne semble pas se situer dans la logique des idéologies affichées. Ceci se traduit tout particulièrement par l’établissement d’alliances « contre nature » ou d’affrontements internes entre alliés idéologiques, ce qui rend le conflit incompréhensible.

  • 3°) Un haut degré de particularisme : c’est là le point peut-être le plus dangereux de ces conflits. Le haut degré de particularisme signifie que les adversaires sont crispés sur ce qu’ils considèrent comme étant leur identité singulière. La moindre différence d’avec « l’autre » est mise en avant et une recherche effrénée de la singularité historique et identitaire peut-être observée. C’est là le point qui justifie le plus l’aspect « identitaire » du conflit.

  • 4°) Une violence intense : l’acharnement est un point marquant de ces conflits. Outre l’intensité même des combats, elle se double d’une quasi-absence de règles d’engagements et de l’inobservance généralisée des lois de la guerre (enlèvements et meurtres de civils, viols, tortures, massacres, usage du terrorisme,…). Ces conflits sont ceux où la violence apparaît comme étant le plus souvent la plus totalement dérégulée.

  • 5°) Une grande longueur du conflit : ces guerres, en effet, présentent la particularité de ne sembler ne pas pouvoir être éteintes à court terme, que cela soit par la force ou la négociation. Les adversaires y sont nombreux, peu résolus à négocier, leurs motivations sont troubles et une solution militaire est impossible. Une sorte de « système de guerre » se met en place, qui tourne de lui-même et s’alimente tout seul, et la confrontation dure des années jusqu’à se clôturer sur l’épuisement des protagonistes ou une intervention étrangère.

Cette première définition du conflit identitaire n’a donc pas pour vocation d’être explicative : elle ne présente ni le pourquoi, et à peine le comment, d’un conflit de ce type. Son seul objectif est de délimiter le conflit identitaire par un ensemble de caractéristiques. On peut déjà remarquer qu’un certain nombre de guerres de par le monde peuvent se retrouver dans ces cinq points, comme celles des Balkans ou du Liban. Il existe donc en différents points du globe une expérience commune susceptible d’être partagée.

ComComentario :

Une fois ces cinq points appréhendés, nous pouvons y rajouter que, quelle que soit la façon dont se finit la guerre (intervention étrangère ou épuisement), elle laisse l’impression amère de n’avoir rien réglé. En effet, il semble que le conflit se nourrisse tellement de lui-même que seul un facteur extérieur et non négociable puisse l’interrompre.

De ce fait, à la pression de la guerre succède celle de l’étranger ou de l’épuisement. C’est donc une paix « sous pression » qui succède à la guerre, et la négociation ou le règlement pacifique des problèmes de fond semble souvent passer au second plan, ou du moins n’être que partiellement abordé. C’est pourquoi, il semble qu’après un conflit identitaire un véritable processus de construction de la paix soit plus qu’ailleurs indispensable.

Notas :

Source : LICKLIDER Roy, The consequences of negotiated settlements in civil wars, 1945-93, American Political Sciences Review, 89, Septembre 1995, 685.

 

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