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Ficha del dosier : La médiation. [Leer el dosier]
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Juan José Roméro est médiateur au Service Mennonite de médiation (1) à Bruxelles. Il a passé un an en Californie, dans un service de médiation spécialisé dans les conflits de proximité mettant en cause des mineurs. Voici son témoignage.
Non Violence Actualité (NVA), Montargis, 2000
« La ville de Fresno (400000 habitants) se situe dans la vallée centrale de Californie. Pendant une année, j’ai travaillé dans cette ville avec le VORP, Victim Offender Reconciliation Program, un service de médiation qui s’intéresse à la petite délinquance des mineurs : actes de vandalisme, bagarres dans les écoles ou dans la rue, vols divers. Le VORP est né en 1978 au Canada, dans l’Ontario, suite à un fait divers. Des jeunes avaient été arrêtés par la police après avoir endommagé 22 maisons. L’un des policiers, de confession mennonite, chercha à comprendre la raison de tels actes, dépassant le réflexe purement policier. Sur les 22 familles concernées, 20 furent d’accord avec la démarche proposée, de rencontrer les agresseurs ; les deux autres familles avaient déménagé.
Cette approche du conflit fut ensuite systématisée et structurée par les Mennonites. Des dizaines de VORP se sont créés par la suite aux États-Unis pouvant avoir des formes, des pratiques, des philosophies très diverses. Le Service de Fresno est attaché à une démarche bénévole, privilégiant les convictions philanthropiques et spirituelles, et mobilisant des citoyens en quête d’alternatives à une justice souvent inefficace en matière de petite délinquance. Le VORP n’assure son autonomie financière que par des dons individuels ou d’églises chrétiennes.
À Fresno, le service de médiation pour les délinquants existe depuis 1984 et sa compétence est reconnue aussi bien par le Tribunal de Californie que par la police de la ville avec lesquels il travaille régulièrement. Indépendant des institutions, le VORP est cependant mandaté par l’autorité judiciaire et la police pour traiter certains dossiers qu’il choisit lui-même. Chaque semaine, un responsable du VORP sélectionne une dizaine de dossiers qu’il va ensuite confier à des médiateurs parmi les 400 — en majorité des femmes — qui, après leur formation, se sont engagés à assurer au moins une médiation par an. Plus de 400 dossiers sont ainsi traités annuellement, car certains en font beaucoup plus selon leur disponibilité, leurs compétences, etc. Ces dossiers, établis par la police, sont choisis selon les affinités des médiateurs. Le service du VORP les propose en priorité à ceux qui n’ont pas encore accompli leur « engagement annuel » ou qui ont demandé à le faire.
Le médiateur découvre l’affaire
Contacté par le service, le médiateur va aller chercher le dossier. C’est son premier contact avec l’affaire. On lui remet les documents avec tous les renseignements nécessaires ainsi qu’un rappel de la procédure de médiation et un contrat-type de fin de médiation. Le médiateur a alors un mois pour travailler. Il est bénévole et devra donc prendre sur son temps libre. En effet, aucun médiateur n’est rémunéré, pas plus que le service lui-même. La médiation est entièrement gratuite. Début de la procédure, il s’agit de contacter en premier l’agresseur qui, le plus souvent, est chez ses parents. Car n’oublions pas que dans ces affaires, la moyenne d’âge tourne autour de 14 ou 15 ans (cela peut aller de 10 à 18 ans maximum). On rencontre d’abord l’agresseur car, s’il refusait de participer à la médiation, la victime pourrait se sentir une deuxième fois blessée.
Cette première démarche sert à se présenter, à expliquer le sens de la démarche et ses enjeux pour l’avenir. On recueille une première version des faits, celle de l’agresseur, ainsi qu’une estimation des frais occasionnés à la victime. On avance enfin l’idée d’une rencontre avec la victime. La plupart des parents, dans les cas que j’ai vécus, sont désireux de mettre le jeune devant sa responsabilité. Ils sont favorables à cette rencontre avec la victime.
Identifier l’autre, agresseur ou victime
Quand l’agresseur a donné son accord, on rencontre alors la victime. Présentations, explicitation des faits, estimation du dommage subi, invitation à rencontrer l’agresseur… le schéma se déroule toujours de cette manière. À ce point de la procédure, le médiateur a pu recueillir les deux versions de l’affaire, connaître les positions des deux parties et leurs prétentions concernant une éventuelle réparation. Cette bonne connaissance du dossier va faciliter l’étape suivante : la rencontre entre les deux parties.
Si les conditions sont réunies, la rencontre va avoir lieu dans un endroit choisi par la victime : son domicile, un bureau du VORP, ou tout autre lieu. Il est arrivé que cela se fasse dans un restaurant, même si l’endroit n’est pas idéal pour la communication.
On a donc d’un côté l’agresseur et ses parents, et de l’autre, la victime et ses parents. Il peut n’y avoir que l’un des deux parents, une représentation parentale suffit. Le rôle du médiateur, qui intervient seul, est de faire que chacun s’écoute, se comprenne si possible. La reformulation de ce qui est dit peut être utile pour savoir comment l’autre a vécu ces événements : la victime peut faire comprendre à l’agresseur ce que l’on ressent dans une telle situation. Le récit de l’agresseur permet à la victime d’entendre l’autre version, de mieux percevoir les conditions dans lesquelles l’agresseur en est arrivé là.
La recherche commune d’une solution
Cette phase de compréhension est importante pour aller au-delà de la négociation d’ordre matériel. L’agresseur a souvent des difficultés pour payer l’indemnité. Pour la plupart, ces jeunes ne travaillent pas, n’ont pas de revenus. La victime, comprenant mieux la situation de l’agresseur, peut accepter plus facilement des solutions intermédiaires comme le paiement échelonné, par exemple.
Dans cette phase de la médiation, les parents ont également un rôle important et un temps de parole leur est réservé pour qu’ils puissent soulever d’éventuelles complications, des difficultés de quelque ordre que ce soit. Ils aident l’enfant à chercher, par exemple, comment il va pouvoir payer, en posant des questions pertinentes par rapport à son argent de poche, à des économies qu’il pourrait avoir, et sur la manière dont il va gérer tout cela maintenant. Dans la médiation, les parents ont un rôle de pédagogues pour leur enfant. De plus, j’ai souvent remarqué que la victime s’implique aussi dans la recherche de solutions. Devant le jeune qui se sent coupable de l’acte qu’il a fait, qui le reconnaît, et qui cherche comment réparer. Souvent les victimes donnent un coup de main à leur agresseur pour trouver le moyen de financer le dédommagement ou la compensation financière. Parfois il va s’agir de travaux de peinture, de lavage de voiture tous les 15 jours ou des propositions de ce type qui permettront le remboursement mensuel selon le contrat signé entre les deux parties.
Une alternative citoyenne à la justice
Outre l’aspect financier, la médiation permet de gérer également la relation entre agresseur et victime. Au terme de la rencontre qui dure en moyenne une heure, l’accord de médiation est notifié dans un contrat. On fixe également une date, en général à mi-parcours de la réalisation du contrat, pour le suivi du dossier et la vérification du respect des clauses. Le travail du VORP est alors terminé. Les données sont enregistrées sur ordinateur et le dossier retourne à la justice, accompagné du contrat signé par les parties, la date du suivi et toutes les indications nécessaires. Le juge entérine la décision et l’affaire est alors classée.
La médiation obtient de bons résultats. Pour ma part, dans tous les cas où j’ai réussi à mettre en présence agresseurs et victimes, les médiations ont été réussies. Je n’ai pas eu d’échec de ce point de vue. Mais il n’est pas toujours possible de réunir les parties : il n’y a parfois plus de traces de l’agresseur ou la victime reste paralysée par la peur, etc. Dans ce cas, le médiateur adresse un rapport au tribunal dans lequel il décrit pourquoi la médiation n’a pas fonctionné ou s’est arrêtée. Le dossier n’aura pas toujours une suite judiciaire car les tribunaux sont débordés.
Le travail du VORP se situe donc dans une certaine complémentarité avec le système judiciaire. Dans le contexte d’extrême violence qui règne dans cette région où la drogue et les armes sont courantes, l’expérience du VORP se veut une tentative d’alternative à la violence et même de sensibilisation et d’éducation des jeunes, des parents, des familles, voire même des victimes, à une autre manière de gérer les situations de violence et de régler les conflits. Depuis dix ans que le VORP existe, il y a une reconnaissance de son travail de la part du milieu judiciaire qui admet que la médiation peut aider la justice dans certains types de conflits où agresseur et victime sont bien identifiés. Moyennant une formation d’une quinzaine d’heures portant sur la théorie du conflit, quelques bases juridiques et les étapes de la médiation mémorisées par des jeux de rôles, des citoyens peuvent ainsi participer à une justice de proximité, pour reconstruire des liens dans une société rongée par la violence. Quant à l’efficacité, le maire de la ville de Fresno a contacté, l’an dernier, le responsable du VORP pour lui demander d’étendre son action dans d’autres quartiers de la ville. »
Expérience de médiation qui est complémentaire aux procédures judiciaires, proposant une issue constructive à la violence et les agressions commises par des mineurs. La confrontation permet d’humaniser la victime et l’agresseur et instaurer un dialogue qui, on peut l’espérer, constituera un frein à la violence su le long terme.
(1) Les Mennonites sont d’un mouvement chrétien protestant et pacifiste issu de la Réforme.
Juan José Romero, animateur du service Mennonite de médiation.
Contact :
Service Mennonite de médiation, Rue Franklin 112, B-1040 Bruxelles (Belgique).
Article écrit à partir d’un entretien avec Jean-François Lecoq de l’Université de Paix de Namur (Belgique).