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Fiche d’analyse

Fiche du dossier : Liban, Ex-Yougoslavie : les conflits identitaires et le rôle des tiers dans la construction de la paix [Lire le dossier]

Fiche 27 / 29

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La construction de la paix comme processus de changement : l’apport de l’Ecole de Palo Alto.

Proposer des mots et une construction théorique au service des acteurs pour penser des situations complexes difficiles à nommer et comprendre, premier pas vers l’action pour la paix


Mots-clés

  • Coopération scientifique au service de la paix [>]
  • Théories de paix [>]
  • Travailler la compréhension des conflits [>]
  • Les difficultés d'une culture de paix dans une population ayant vécu la guerre [>]
  • Prévenir des conflits [>]
  • Elaborer des propositions pour la paix [>]
  • Université de Palo Alto [>]
  • Scientifiques [>]
  • P Watzlawick [>]

OLLAGNON Matthieu

Le changement est à la fois le moyen et l’objectif premier de la construction de la paix. Mais, aussi triviale paraisse-t-elle, se pose la question de la nature et de la définition du changement. Beaucoup de changements spectaculaires semblent, quelques années après, n’être que des variations sur la même partition. Alors, qu’est ce que le changement ? L’Ecole de Palo Alto, un mouvement de cliniciens à mi-chemin entre la psychologie et la sociologie apporte un début de réponse.

L’école de Palo Alto est un mouvement de psychologues, psychiatres et autres praticiens des sciences humaines qui s’est attaché à lier la résolution de certaines souffrances psychiques aux relations interpersonnelles, et aux paradoxes et « ratés » de la communication. Dans cette optique, les rapports humains peuvent être souvent appréhendés en terme de système.

Ceci amène à définir brièvement, et simplement, ce qu’est un système : un ensemble d’éléments en interaction, formant un tout d’un point de vue donné. En divisant cette définition, nous pouvons comprendre qu’un système humain, par exemple, est formé par :

  • Des acteurs : des personnes ou des groupes créant du sens et capable de le communiquer.

  • Des relations entre ces acteurs.

  • Des règles de relation. Ce sont un peu, en quelque sorte, les données implicites qui définissent la relation.

  • Des limites. Un homme et une femme, s’ils sont mariés, forment un système « couple » . Cela ne les empêche pas de participer à d’autres systèmes, mais ce « système-couple » est délimité et possède ses propres relations et ses propres règles de relations.

Pour reprendre : au sein des limites de système, des acteurs communiquent, par la relation. Cette relation est encadrée par un certain nombre de règles, dites ou non-dites, et permet d’échanger de l’information. Un système, donc, forme un monde mental à lui tout seul. Il y a donc plusieurs façon d’appréhender un problème ressenti par un des acteurs évoluant dans ce système :

  • Se concentrer sur l’acteur lui-même, son histoire et ce qui le constitue. C’est, par exemple, d’entamer une démarche d’analyse pour un mari se sentant mal dans son couple. Il va chercher dans son histoire et son psychisme propre les causes de son mal-être (exemple de la psychanalyse).

  • Se concentrer, d’un point de vue extérieur, sur les relations dans le système. C’est le cas de l’école de Palo Alto. Pour reprendre le cas du mari malheureux, le praticien (psychologue, psychiatre, …) va d’abord essayer de comprendre ce qui, dans les règles du système, pose problème.

  • Troisième possibilité pour le mari : faire des efforts, tenter de faire l’inverse de ce qui pose problème, pour compenser. Par exemple, il comprend que sa femme le trouve trop mou. Il se forcera et fera tout pour être plus énergique.

Dans les couples comme dans les guerres, c’est souvent la troisième solution qui est choisie. Faire, comme dit P. Watzlawick, un des chercheurs de Palo Alto, « toujours plus de la même chose » .

Par exemple, dans le cas d’un pays miné par les divisions communautaires, la tentation existe d’appliquer le modèle inverse : renforcer l’Etat au maximum, les étouffer, tout faire contre la division. C’est ce qui semble s’être passé en Ex-Yougoslavie par exemple sous Tito. C’est maintenant, grâce à cet exemple, que nous allons pouvoir aborder la notion de changement.

Le changement 1 : changement à l’intérieur du système.

Tout faire pour compenser la division confessionnelle c’est, en dernier recours, rester enfermé dans ce problème. Pour être plus clair, visualisons cet exemple sous la forme d’une route entre deux villes : à un bout, une ville totalement confessionnelle ; à l’autre une ville totalement anti-confessionnelle, laïque. Entre les deux, la route sur laquelle roule une voiture, avec une famille qui ne sait dans laquelle des deux villes s’installer.

Les tentatives de compensation de l’Etat vont ressembler aux allers et retour de cette famille en voiture entre les deux villes : il ira un peu plus vers la ville confessionnelle, fera demi-tour, repartira dans l’autre sens, ou reviendra, et ainsi de suite indéfiniment. A aucun moment, l’Etat, comme la famille en voiture, ne pourra sortir de la route. Ils resteront enfermés dans un système qui possède deux pôles contraires (le confessionnalisme ou l’anti-confessionnalisme, et une ville ou l’autre).

C’est à dire, en poussant plus loin, que quoi qu’ils fassent, ils resteront enfermés dans le même problème. Ils ne feront de changement qu’à l’intérieur des données du problème. Dans l’exemple de la famille en voiture, le problème majeur n’est pas qu’il y ait deux villes, mais qu’il n’y ait qu’une route, qu’une seule relation entre les deux.

Le problème c’est que le choix se limite à « plus de » ou « moins de » . C’est à dire que les acteurs sont enfermés dans une alternative qui n’en est pas une, qu’il n’ont qu’une route. Tout changement qu’ils pourront opérer ne sera qu’un ajustement, un rééquilibrage à l’intérieur du système. Or ce n’est pas l’équilibre interne de ce système qui pose problème, c’est le système lui-même. P. Watzlawick définit bien ce que ressentent les acteurs enfermés dans un tel type de changement : « plus cela change, plus c’est la même chose » .

Ce type de changement à l’intérieur du système, qui revient à avancer ou reculer sur la même route et, au final, à ne rien changer du tout, l’école de Palo Alto l’appelle un changement 1. Ce n’est qu’un rééquilibrage du système alors que c’est le système lui-même qui pose problème.

Pourquoi sommes nous enfermés dans un système ?

Avant de continuer, il faut traiter une objection : changer à l’intérieur du système ne change rien, c’est acquis, mais dans le cas d’une société ou de rapports individuels, on ne peut faire autrement, on ne peut nier le système. En effet, un exemple de négation du système pourrait être l’épuration ethnique : puisque le système pose problème, l’on tente de supprimer l’un des acteurs. Nous sommes donc obligés de rester dans une logique de changement 1, à moins de vouloir aller au massacre.

C’est là mal poser le problème : dans ce cas précis, l’épuration ethnique n’est que le prolongement logique d’un système humain qui se pousse lui-même à sa propre destruction. C’est à dire qu’à force de tenter de se changer à l’intérieur, selon ses propres règles du jeu, le système tout entier va vers son anéantissement.

Remarquons une chose : nous ne regardions que ce qui se passe à l’intérieur du système (une alternative du type « plus ou moins de confessionnalisme » ), c’est à dire que nous ne jouions selon les règles internes de celui-ci. En posant la question de l’épuration ethnique, et la question de la mort du système, c’est celui-ci dans son entier que nous avons regardé. Nous sommes passé à un autre niveau. Nous le regardons de l’extérieur.

Et c’est aussi en le regardant de l’extérieur que nous nous apercevons que les protagonistes sont enfermés dans une alternative de « plus de » ou de « moins de » . Nous voyons apparaître les règles du système, ou pour reprendre l’exemple de la famille en voiture, nous voyons qu’ils ne sont que sur une route, ce qu’ils voient aussi.

Cette famille, coincée dans son véhicule, ne peut voir qu’une route. En prenant un peu d’altitude, elle en verrait sans doute d’autres, ainsi que de nouvelles villes. Mais elle ne peut les voir : la route va de soi.

Il en est de même pour les protagonistes enfermés dans un système relationnel : les règles de la communication et de la relation vont d’elles-mêmes. Elles vont même tellement d’elles-mêmes qu’il est très difficile de les voir de l’intérieur du système. Ce n’est pas que la famille en voiture soit plus stupide qu’une autre, et ce n’est pas que les acteurs d’une guerre soient idiots, c’est que ce n’est quasiment pas possible naturellement. L’explication est très simple : pour cela, il faut d’abord saisir deux aspects de la communication humaine :

  • 1. Un aspect d’information : quand nous parlons, nous envoyons une information construite. Par exemple : « j’ai faim » , « la communauté X a les mêmes droits que la communauté Y » , ….

  • 2. Un aspect de définition de la relation, beaucoup plus implicite. C’est à dire que quand nous communiquons nous définissons aussi le rapport que nous avons à notre interlocuteur. Cela passe par des éléments d’informations construites (ne serait-ce que la politesse) et des informations implicites (mouvements du visage, ….). Nous ne nous adresserons pas de la même manière à notre patron ou à notre mère : la relation sera définie différemment. Elle déterminera aussi ce que nous pourrons faire ou ne pas faire, ce qui sera acceptable ou pas, elle va générer en grande partie le monde mental du système.

Pour comprendre plus clairement, reprenons l’exemple de la famille et de ses tribulations en voiture : en quelque sorte, la route est la définition de la relation, et ses allers et retours dans un sens ou dans l’autre est l’aspect purement informatif. La relation est définie comme, dans ce cas, ne pouvant aller que de l’avant vers l’arrière, ou l’inverse. L’information, c’est la liberté de choix du conducteur à l’intérieur de ce cadre : il choisit effectivement d’avancer ou de reculer.

Nous voyons bien que c’est, dans ce cas, la relation qui pose problème : pourquoi ne la changeons nous pas ? Parce que, comme la route pour le conducteur, elle semble aller de soi, qu’il est très difficile de penser en dehors du cadre qu’elle fixe. Elle est un élément fondamental du système, qui est lui-même un monde mental à lui tout seul. Pour changer, il faudrait s’extraire de ce monde mental, le regarder de l’extérieur, dans son ensemble. C’est à dire qu’il faudrait penser sur son cadre de pensée et de relation. Il ne faudrait pas changer la place des éléments à l’intérieur du système, il faudrait changer le système lui-même. C’est ce que l’on appelle un changement de type 2 ou, plus simplement, un changement 2.

Le changement 2 et son imprévisibilité.

Le changement 2 est donc alors un changement du système, de ses règles, et non un changement dans le système. Dans le cas du conducteur enfermé entre deux villes, c’est comprendre qu’il y a autre chose ailleurs, un système plus large qui contient celui dans lequel il est enfermé. Par exemple, c’est comprendre que les deux villes et la route sont contenues dans un pays, un continent, qui a peut-être d’autres villes et d’autres routes. S’il le comprend, et qu’il a tourné trop longtemps entre les deux villes, que va faire ce conducteur : exaspéré, il va sans doute couper à travers champs.

 

Et c’est là que nous arrivons à un point important du changement 2 : il est difficile à planifier. Si ce conducteur, pour revenir à lui, coupe à travers champs, alors qu’il ne connaît que la route entre les deux villes, il va s’enfoncer dans l’inconnu. Il va faire un pari, qui va fatalement l’amener à un changement dont il ne peut pas prévoir la nature.

A l’inverse, s’il continue à aller et venir entre les deux villes, il va opérer beaucoup de petits changements 1, qui seront tout à fait inutiles à long terme, mais qui auront le mérite d’être parfaitement prévisibles dans leurs conséquences. Le changement 2 est un saut dans l’inconnu, le changement 1, une sécurisation par le pire.

On ne peut prévoir, quand on est enfermé dans un système, ce que va entraîner un changement de type 2, et ce parce que le système lui-même ne fournit pas les éléments pour le prévoir. Les conséquences de ceci en termes de relations humaines ou de politique sont énormes : il sera beaucoup plus « raisonnable » de rester enfermé dans un système qui conduit au pire. Et cela sera raisonnable, parce que l’on considérera que l’inconnu risque d’amener quelque chose de pire encore que le système actuel : quel homme politique peut engager son pays sur une voie inconnue en lui disant qu’il ne sait pas où il va ? Pourtant, cette incertitude semble nécessaire pour passer à un changement 2, dans la mesure où il est justement une transformation des certitudes.

Comment changer alors, si cela semble politiquement et humainement impossible ? C’est souvent la question que se posent par exemple les populations en situation de guerre ou d’après-guerre civile. Une sorte de désespoir se fait sentir, dans la mesure où plane l’impression que la guerre ou la paix ne sont que des péripéties d’un même système intangible. Qu’il ne s’agit, en somme, que de changements 1.

C’est oublier qu’il existe un monde en dehors du système où l’on est enfermé, d’autres relations, d’autres acteurs, d’autres dynamiques. Quand ces acteurs rencontrent ceux qui sont enfermés dans ce système dont nous parlions, que se passe-t-il ? Une nouvelle relation se crée, plus ou moins intense selon l’investissement que l’on y met. Les acteurs, pendant un temps, vont réorganiser leur système pour intégrer cette nouvelle relation, définir de nouvelles règles, ou tenter d’imposer les leurs. C’est à dire que la rencontre de ce qui vient de l’extérieur du système est susceptible de déstabiliser l’intérieur de celui-ci. Il y a un changement, mais un changement qui oscille entre le changement 1 et le changement 2, selon que l’on reproduira avec l’extérieur les relations du système ou que l’on en créera de nouvelles.

Le fait que l’on voie apparaître un changement 1 ou un changement 2, n’est pas totalement dû au hasard. Une relation, et les règles de la relation, s’élaborent à deux. C’est ce que font les thérapeutes de l’Ecole de Palo Alto quand ils reçoivent des couples enfermés dans un système qui les fait souffrir. Ils se préoccupent peu du contenu de leurs récriminations : que le mari ne fasse pas la vaisselle ou que la femme ronfle ne sont pas les informations pertinentes. Ce qui est pertinent, c’est que le « système-couple » vienne les voir, et forme avec eux le temps d’une thérapie, un nouveau système (couple + thérapeute, ou plutôt homme + femme + thérapeute). Le couple, exposant ses problèmes, est obligé de réorganiser sa relation, déstabilisée par l’irruption du thérapeute. Cette déstabilisation est peut-être infime, mais si le thérapeute à du métier, il semble qu’elle soit suffisante pour permettre de remettre en cause tout le système antérieur.

Ceci est possible parce que, en formant un nouveau système, plus large que l’ancien, avec le thérapeute, le couple est obligé de passer à un niveau plus large que son ancien système mari/femme. C’est de cet instant de passage dont profite le thérapeute : il sera possible d’agir alors sur les règles de relation de l’ancien système, puisque les acteurs ne seront plus totalement prisonnier de celui-ci, ils auront de la marge de manÅ“uvre.

Changements 1 et changement 2 dans la construction de la paix.

Remarquons que c’est un processus similaire qui a beaucoup aidé à la construction européenne. L’Europe en 1939 formait à elle toute seule un système qui avait ses propres règles : concurrence et rivalité entre les nations et les empires, en particulier allemands et français. Ces règles étaient proprement européennes et semblaient intangibles. En 1945/1950, la situation avait changé du tout au tout : l’U.R.S.S. était en Allemagne, les U.S.A. à l’Ouest, et ces deux protagonistes avaient imposé une règle de relation qui était une alternative Est/Ouest. L’Europe aurait pu continuer à se déchirer, mais la présence de l’affrontement Est/Ouest l’aurait conduit dans ce cas, a devenir un protectorat américain ou russe. L’irruption de nouveaux acteurs l’a conduit à se réorganiser et à changer son monde mental. Il faut se rappeler que la notion d’Europe unie, dix ans plus tôt, était réservée à quelques poètes ou visionnaires. En quelques années, s’est opéré un changement 2 (la fin du système d’affrontement) qui tranchait radicalement avec les changements 1 précédents (victoire de l’Allemagne – 1870-, puis de la France-1918). Aujourd’hui, en France, rares sont ceux qui pensent à faire encore la guerre à l’Allemagne, et ce alors que la guerre froide est finie.

Ce n’était donc pas conjoncturel, un changement 2 peut être durable. Ceci est dû justement au fait qu’il repose non pas sur la force imposée à la force, mais sur un changement radical de monde mental et de règles de la relation. Il existe actuellement sur la planète de multiples systèmes sociaux et politiques en crise et, en particulier, des pays au sein desquels interviennent des forces extérieures, comme dans les Balkans. La question est alors de savoir si dans ces zones, c’est une tentative de changement 1 qui est menée, ou de changement 2.

L’objet de cette fiche n’est pas d’évaluer les actions en cours, ce que l’on ne saurait faire devant un ordinateur, mais de voir en quoi cette approche peut être utile. Quelques points, pour conclure peuvent alors être intéressant à creuser.

Le changement 2 est un saut dans l’inconnu, c’est à dire qu’il est politiquement inacceptable en tant que tel. C’est là un facteur de blocage, mais uniquement si l’on considère qu’il ne dépend que d’un seul acteur. Par contre, si on le voit comme une renégociation des relations, tout est différent : politiquement, l’objectif est alors un apaisement.

Le changement 1 peut prendre des formes multiples et l’on peut croire à un changement 2 alors que rien n’a changé. Ceci tient au fait que le changement 1 est une modification de l’information et non du cadre. En ce sens, un changement 2 qui paraît neuf mais pourtant totalement prévisible semble quelque peu suspect.

En dernier lieu, et c’est le plus important, le changement 2 est une prise de risque. Ce qui conditionne sa réussite est autant la volonté de prendre ce risque que la manière dont est initié le changement. Cela peut paraître évident et simpliste, mais un des éléments clés de la réussite, n’est pas d’avoir tous les indicateurs « dans le vert » pour agir, mais d’avoir la volonté politique et humaine de le faire. C’est la nécessité de l’équilibre entre l’envie de faire, pas forcément explicable scientifiquement, rationnellement, et les capacités de faire. Mais vouloir effectuer un changement 2 sans risques, ou attendre indéfiniment est plus un signe d’attentisme que de sagesse.

La contribution de l’Ecole de Palo Alto à l’appréhension du changement et de ses modalités, du moins d’un point de vue théorique, paraît donc considérable. Si toujours dans l’ordre de la théorie, cet apport est évidemment important pour la construction de la paix, il est aussi signifiant en termes pratiques.

Il l’est tout d’abord en ceci que le travail de l’Ecole de Palo Alto est avant tout celui d’une équipe de cliniciens, de praticiens engagés avec des patients dans de véritables démarches thérapeutiques. L’approche théorique est donc doublée d’une pratique, centrée avant tout sur les conflits familiaux, et par extension sur le conflit lui-même, en particulier dans ses aspects autonomes et apparemment insolubles.

Pratiquement, l’apport de l’Ecole de Palo Alto à la construction de la paix peut être décliné en plusieurs points :

  • Tout d’abord, un éclairage théorique important sur la persistance de certains conflits et, au-delà de leurs causes structurelles, d’une certaine « génétique de la violence » que récuse Palo Alto, sur le système relationnel dans lequel s’enferment les acteurs.

  • En second lieu, l’apport de Palo Alto, pour les décideurs, contribue à enrichir la pensée relative au changement et à la construction de la paix. Il met des mots et une construction théorique au service des acteurs pour penser des situations complexes difficiles à nommer et comprendre, premier pas vers l’action.

  • En dernier lieu, cette approche du changement se double d’une pratique. Toute théorie, au contact du réel, se dégrade et montre ses limites. Dans le cadre de l’apport de l’Ecole de Palo Alto, cette limite de la théorie est largement compensée par une pratique clinique et une expérience : il existe donc des hommes et des ressources.

De fait, si elle ne peut expliquer complètement un conflit ayant pris des dimensions autres qu’interpersonnelles, l’approche de l’Ecole de Palo Alto semble pertinente dès qu’un conflit semble prendre une certaine autonomie, dépassant les acteurs eux-mêmes et que ceux-ci semblent perdre prise sur leur propre crise.

Notes :

À lire :

  • WATZLAWICK P., WEAKLAND J., FISCH R., Changements, paradoxes et psychothérapie, traduit de l’anglais (U.S.A.), Coll. Points, Ed. Le Seuil, Paris, 1981.

  • WATZLAWICK P., HELMICK BEAVIN J., JACKSON DON D., Une logique de la communication, traduit de l’anglais (U.S.A.), Coll. Points, Ed. Le Seuil, Paris, 1979.

  • MARC, E., PICARD, D., L’école de Palo Alto, Retz, Paris, 1990

 

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