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Fiche d’analyse

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Fiche 9 / 42

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Conflit : danger ou chance à saisir ?

Le conflit fait partie de la vie. Il est même facteur de développement et d’évolution. Mieux vaut donc en maîtriser les mécanismes pour y apporter les meilleures solutions possibles. Alors que les moyens de communication sont chaque jour plus sophistiqués, la communication humaine est en voie de disparition. Dans une société éclatée, atomisée, il est devenu urgent de renouer les fils, de « retisser des liens sociaux ». Car pour vivre avec son voisin, régler le différend que l’on peut avoir avec lui, il va falloir lui parler, s’expliquer, proposer des solutions et arriver à un compromis.


Mots-clés

  • Education à la non-violence [>]
  • Travailler la compréhension des conflits [>]
  • Formation de médiateurs [>]
  • Mettre en oeuvre des initiatives de médiation [>]

Non Violence Actualité (NVA), Montargis, 2000.

Le conflit fait partie des relations humaines

Bon ou mauvais, le conflit ? Seule la solution est bonne ou mauvaise. Les caractères qui composent le mot conflit en Chinois signifient danger et opportunité. Le conflit, en effet, peut être destructeur ou constructeur, en fonction de la solution apportée. S’il dérape vers la dégradation des relations ou la violence, il sera effectivement vécu douloureusement et négativement. Si, au contraire, il est assumé et géré conjointement par les parties concernées, il devient facteur de croissance et moteur de changement. Le conflit existe, il ne s’agit pas de l’ignorer ou de le nier, ou bien encore de vouloir le régler par l’agression ou la fuite. Ces attitudes traduisent le plus souvent un manque de moyens pour imaginer une véritable issue. Rechercher une solution positive et non-violente au conflit c’est trouver le juste équilibre entre l’affirmation de soi - avec mes droits et de mes besoins - d’une part, et le respect de l’autre - avec ses droits et ses besoins - d’autre part.

Cela suppose de maîtriser les mécanismes du conflit pour mettre hors-jeu la violence potentielle. Cela suppose également de développer certaines aptitudes au dialogue et à la négociation, et de s’entraîner à découvrir les meilleures voies possibles.

Respect de soi et des autres

Outre la satisfaction directe apportée par une gestion positive des conflits rencontrés, cette attitude est cohérente avec la recherche d’une société basée sur la non-violence. Cette recherche se fonde sur le respect de l’individu et la conscience de la valeur de toute vie humaine. Respect de soi et respect des autres, chacun veut être écouté et considéré en tant que tel. La tolérance et le dialogue seront facteurs de croissance, contrairement à la menace et à la peur.

La violence première est celle qui résulte de l’injustice, du mépris, de la misère. Cette violence-mère provoque l’escalade de la violence par la rébellion et, à nouveau, la répression. La violence n’étant que l’instrument de la domination, l’enjeu de la résolution du conflit est de trouver une solution juste sans dominant ni dominé, sans gagnant ni perdant.

Face à l’oppression, la tyrannie ou le totalitarisme, on a du mal à imaginer d’autre réponse que celle de la violence. Or l’expérience et l’Histoire montrent que la violence engendre la haine, le désir de vengeance et la destruction, et laisse des cicatrices à jamais. La violence abaisse l’auteur de l’acte, en même temps qu’elle avilit la victime ; c’est en ce sens que l’on peut dire qu’elle est destructrice de toute humanité…

Conflit et démocratie

Avoir un comportement « non-violent » c’est prendre les moyens d’éliminer les réactions violentes et agressives sans sacrifier pour cela l’efficacité de la réponse. Et une telle attitude renforce la démocratie. En effet, le respect mutuel, la communication et la coopération, qui sont à la base de la résolution des conflits, constituent l’essence même des processus démocratiques. La participation démocratique est pour le citoyen à la fois le but à atteindre et le moyen de construire la démocratie.

Face au mythe de la violence, la résolution du conflit est un défi passionnant qui demande engagement et courage. Il peut sembler fade d’être médiateur dans une situation de guerre, que ce soit dans un jeu de stratégie en famille ou dans un conflit ouvert entre nations. On ne voit pas toujours de résultat immédiat et à la mesure de l’énergie dépensée. L’image du combattant, fort, viril, surarmé, peut être à priori plus séduisante que celle du médiateur, obscur et apparemment désarmé.

Mais, comme le feu, le conflit dégage de l’énergie qui peut être la meilleure ou la pire des choses : confort ou désolation. Il faudra donc aborder le conflit avec expérience et habileté, condition indispensable pour en faire un moteur de changement social et personnel qui renforce le processus démocratique et accroisse l’autonomie et la responsabilité du citoyen.

Revaloriser l’affrontement

Il n’est cependant pas facile d’acquérir d’emblée les compétences nécessaires à une bonne « gestion » des relations humaines. Il y a affrontement d’intérêts, de désirs, de valeurs… Comment faire face à toutes ces situations ? Négocier, concilier, défendre, plaider, juger, etc., sont autant de domaines qui nécessitent des formations spécialisées et qui constituent des professions utiles au fonctionnement social. Depuis quelques années, la médiation est venue compléter la panoplie des outils de la relation. Mais ce n’est qu’une redécouverte car toutes les sociétés et cultures connaissent des fonctions et des structures de médiation.

Dans de nombreux domaines de la vie sociale, de la famille au quartier en passant par l’entreprise, l’intervention d’un médiateur marque la volonté des parties en litige d’éviter « l’arme lourde » que représente le tribunal pour rechercher un règlement humain et acceptable par tous. Dans l’opinion, le médiateur représente volontiers la voix du bon sens, du désintéressement, de l’équité. Par son acharnement à faire communiquer, le médiateur est celui qui peut dénouer les fils emmêlés, relancer un processus de négociation bloqué. Ce n’est ni un juge qui sanctionne, ni un arbitre qui tranche, ni un conseiller qui dispense ses solutions, ni un avocat qui prend parti… c’est une personne qui intervient au cœur de la relation, devenant passerelle entre les parties en conflit.

De la compétition à la coopération

Agissant comme un catalyseur, le médiateur va transformer la relation entre les antagonistes, en la faisant passer d’un état de tension « binaire » où règnent la symétrie, l’exclusion, la compétition et la violence, vers un processus à trois pôles, état « ternaire », où le doute, l’interrogation et la différence vont à nouveau pouvoir exister et la responsabilité être partagée. Ce nouvel espace sera celui du compromis, de la solution amiable et de la coopération. Le résultat du processus de médiation n’est pas de définir un gagnant et un perdant comme peut le faire un tribunal ou une instance d’arbitrage, mais de rétablir la relation pour que les parties en conflit retrouvent la maîtrise de « leur » conflit et parviennent elles-mêmes à le résoudre. Le médiateur est là pour faciliter le passage d’un processus de type « compétitif » vers un processus de type « coopératif ». Il y a une grande similitude entre le mécanisme de la médiation et celui de l’action non-violente. Pour éviter que les adversaires ne s’enferment dans une lutte sans merci, l’action non-violente prend soin d’établir une relation à trois en faisant intervenir l’opinion publique. L’acteur non-violent doit être également médiateur s’il veut faire comprendre l’injustice et inciter à la non-coopération. Comme la médiation, l’action non-violente ne vise pas à l’emporter sur l’adversaire mais à établir une relation plus juste que celle qui existait précédemment.

Médiation et justice

La médiation peut devenir une nouvelle institution. Elle l’est déjà dans plusieurs domaines. On peut aussi l’envisager, comme nous le faisons ici, dans une perspective de résolution non-violente des conflits, non plus seulement comme nouveau rouage de la vie sociale, mais aussi comme comportement de l’individu, du citoyen, dans sa vie de tous les jours. En recréant des liens dans une société de plus en plus fragmentée, la médiation constitue une réponse personnelle et collective. De plus, c’est une réponse spécifique, personnalisée, adaptée à chaque conflit qui se présente. C’est en cela un droit vivant (en évolution permanente) que se donne la communauté. Quand, à un moment donné, le dialogue n’est plus possible entre deux individus ou deux groupes, la communauté peut proposer sa médiation, ses médiateurs, pour tenter de rétablir les ponts endommagés ou rompus. Là où l’intervention de l’institution judiciaire trancherait en termes de culpabilité/sanction, le processus de médiation - au cœur de la société civile - s’attachera davantage à préserver la vie de la communauté en misant sur la réparation du préjudice, la réinsertion du mis en cause, la reconstitution de nouvelles relations pour l’avenir et, stade ultime, la réconciliation possible des opposants.

La réconciliation communautaire

La médiation s’efforce d’atteindre la réconciliation en suscitant une prise de conscience de l’interdépendance des individus dans la société. Si l’indifférence et la méfiance sont sources de violence, la solidarité et le respect de l’individu sont, au contraire, les éléments de base d’une société non-violente.

Au-delà de la réparation, le pardon ne peut être possible que dans la transparence et la vérité, la vérité étant, bien sûr, la réalité objective des faits mais aussi la réalité subjective de l’expérience humaine avec ses interprétations et ses sentiments. Le pari de la médiation c’est de vouloir créer cet espace où vérité, respect et compréhension (on utilise en psychologie le terme « d’empathie » pour désigner la faculté de s’identifier à quelqu’un, de ressentir ce qu’il ressent) peuvent exister ensemble, rendant possible la réconciliation.

Ainsi, la médiation apporte un éclairage particulier à la réflexion sur la justice. On rêve volontiers d’une justice alternative qui ne soit ni vengeance, ni châtiment, mais réparation et réinsertion, une justice qui réponde aux besoins de la victime, tout en permettant à la communauté de comprendre les conséquences des actes commis et des décisions prises. Dans la médiation, comme dans toute résolution de conflit, on s’appuie sur la responsabilité et l’implication personnelle. Il faut apprendre à assumer ses actes par rapport à soi et autres. En ce sens, la médiation est créatrice de justice. Mais elle ne sacrifie pas pour autant l’individu « au nom de la justice », car elle est aussi pacifique. C’est ce subtil équilibre entre responsabilité et compréhension de l’autre qui fait de la médiation une recherche conjointe à la fois de la justice et de la paix. En ce sens, tout choix de médiation constitue un progrès dans la perspective d’une société non-violente.

Qu’est-ce que la médiation ?

Le rôle de la médiation est d’aider les personnes en conflit à analyser les différentes solutions possibles pour en dégager la meilleure, qui soit acceptable par les deux parties.

Dans le cadre de la médiation à l’école, le processus de médiation est quelque peu simplifié. On peut le résumer à cinq étapes principales :

  • 1) Dire ce qui s’est passé. Chaque partie concernée dans le conflit donne sa version des faits sans être interrompue.

  • 2) Se comprendre l’un et l’autre. Chaque partie est invitée à écouter les arguments, les soucis, les peurs, de l’autre.

  • 3) Dire ce que l’on attend de l’autre. Partage de la responsabilité du conflit et de sa résolution.

  • 4) Réfléchir aux différentes solutions possibles et les discuter.

  • 5) Arriver à un accord. Arrêter les modalités de cet accord, les rédiger et signer.

Qu’est-ce qu’un médiateur ?

Le médiateur n’est ni juge, ni conseiller, ni avocat, ni donneur de leçons. Il essaie d’intervenir comme une passerelle entre deux personnes en litige. Son rôle est de {{tenter le rétablissement de la communication, du dialogue, pour que les opposants puissent trouver eux-mêmes les voies d’une solution à leur différend. Le médiateur doit être entraîné à l’écoute active, savoir rester neutre, traiter les gens et leurs problèmes avec beaucoup de respect, être discret et garder le secret. Il doit suivre également une formation au questionnement (questions informatives, questions ouvertes, questions de clarification), à la communication non verbale (langage du corps, des yeux) et à la rédaction de contrat. Il doit enfin maîtriser différentes techniques comme celle du « brainstorming » (tempête d’idées) ou de reformulation (refaire l’exposé des faits pour prendre en compte toutes les hypothèses). Outre les capacités qui s’acquièrent, la médiation nécessite également certaines qualités humaines de psychologie, d’intuition, de maîtrise de soi, de sens de l’autre…

Un peu d’histoire

Les premiers programmes de médiation à l’école ont été mis en place dans les années soixante-dix, lorsque la Société des Amis, plus connue sous le nom de Quakers (église pacifiste des Etats-Unis), a commencé à enseigner aux enfants les techniques de résolution non-violente des conflits. Vinrent ensuite, au début des années quatre-vingt, les premiers médiateurs « communautaires », dans certaines communautés urbaines. Les uns et les autres ont contacté les responsables des écoles et leur ont proposé des programmes de médiation en milieu scolaire. Certains responsables et enseignants ont accueilli favorablement ces initiatives et c’est ainsi que se développa une alternative à la vieille méthode face aux conflits à l’école : « défends-toi… ou fuis ». Le succès des premières tentatives a contribué au développement d’un mouvement radicalement nouveau vers des écoles libérées de la violence. Il y a maintenant environ 2000 programmes de médiation scolaire mis en oeuvre aux Etats-Unis, depuis l’école primaire jusqu’à l’Université. Des expériences du même type sont menées au Canada, en Australie, en Grande-Bretagne et dans la plupart des pays européens. En France, quelques projets sont à l’étude.

Une solution à tous les problèmes ?

Marc a emprunté de l’argent à Jean. Jean demande à être remboursé mais Marc invoque toujours une bonne raison pour ne pas le faire. Un jour, entre deux cours, Jean finit par agresser physiquement Marc. C’est le type de conflit qui peut être prévenu par la médiation. Même une fois déclenché ouvertement, ce conflit peut encore être réglé par la médiation. Les médiateurs (étudiants, enseignants, personnels d’établissement, parents d’élèves ou autres) sont des personnes formées au règlement des conflits. La médiation peut régler beaucoup de disputes du milieu scolaire (bagarres, agressions verbales, rumeurs, bouc-émissaire, argent, vêtements, tensions familiales, problèmes élève/enseignant, relations garçons/filles, etc.). Certains domaines cependant comme ceux qui touchent à la drogue, aux armes ou à des agressions caractérisées, ne relèvent pas de la médiation.

DEUX ou TROIS pour UN conflit ?

Le conflit est l’affrontement entre deux personnes ou groupes qui défendent un droit ou cherchent à exercer une domination. Dans la poursuite de l’objectif, tous les moyens vont être utilisés, y compris ceux de la violence. La négociation devient vite impossible quand les deux parties n’ont plus le recul nécessaire pour proposer la moindre solution. Chacun est figé dans sa position et, s’il y a recours à la justice, la loi va trancher sans se soucier de sauvegarder ou rétablir des relations humaines dégradées. Le médiateur va tenter de renouer les fils de la communication et du dialogue entre les deux parties.}} Le médiateur devient un pont entre les deux. La relation à deux}}, qui était devenue exclusive, tendue vers la victoire de l’un contre l’autre, et où l’objet même du conflit n’était plus perçu clairement, devient alors, par l’intervention du médiateur, une relation triangulaire, où le doute va pouvoir à nouveau exister et l’interrogation redevenir possible. Alors la responsabilité pourra être partagée et la solution négociée.

D’un modèle violent (exclusion, sanction, vengeance), on passe à un modèle non-violent (dialogue, négociation, accord), qui cherche non seulement à résoudre le problème mais aussi à préserver la capacité des deux parties à vivre à nouveau ensemble. C’est à ce prix que le conflit peut devenir constructif et renforcer la relation des individus ou des groupes qui se sont opposés.}} La ré-conciliation n’est possible qu’après une résolution non-violente du conflit. {{Le médiateur est, à ce titre, un militant de la relation humaine.

Notes :

  • (*) : Source : « La médiation », Editions Non-violence actualité, 1993.

  • Auteur : Guy Boubault

 

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