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Fiche de défi

La pertinence d’une initiative européenne en faveur de la paix en Colombie : l’un des défis pour l’Europe de demain


Mots-clés

  • Respect des droits humains [>]
  • Conflit colombien [>]
  • Droit international et paix [>]
  • Médiation internationale pour la paix [>]
  • Intervention étrangère pour la paix [>]
  • S'opposer à l'échelle internationale à la poursuite d'une guerre [>]
  • Elaborer des propositions pour la paix [>]
  • Mener des négociations politiques pour rechercher la paix [>]
  • Intervenir diplomatiquement pour arrêter la guerre [>]
  • Imposer une intervention étrangère pour faire respecter le droit [>]
  • Appliquer le droit d'ingérence humanitaire [>]
  • Gouvernement colombien [>]
  • Communauté Internationale [>]
  • Colombie [>]
  • Amérique Centrale [>]

Internationaliser les efforts de paix, un défi pour construire paix en Colombie

 

Le 03 juin 2002 je lisais dans les journaux colombiens deux informations dramatiques et convergentes :

La première informait qu’un attentat avait été commis la veille contre un groupe de sympathisants de la guérilla réunis dans un bar de Corinto, dans le sud-ouest du pays. Un explosif a été lancé dans l’établissement, 4 personnes sont mortes sur le coup, trois autres ont été abattues quand elles essayaient de prendre la fuite. L’attentat a été attribué aux AUC, un des nombreux et puissants groupes de paramilitaires.

La seconde informait qu’un second attentat avait eu lieu le même jour. La cible : un casernement de la police à Chigodoro, dans la région d’Uriba, au Nord-Est du pays. 9 personnes ont été tuées sur le coup : un policier de 25 ans, sa femme de 19 ans et sept enfants de 2 à 7 ans. L’attentat a été attribué aux FARC, le groupe guérillero le plus fort de la Colombie.

Ces attentats, sous fond de narcotrafic, illustrent bien la situation de la Colombie en début du 21ème siècle.

Cela dans un contexte politique précis. Les élections présidentielles ont eu lieu en Colombie en mai 2002. Le candidat indépendant Alvaro Uribe, partisan d'une ligne dure face à la guérilla, a remporté, dès le premier tour, l'élection présidentielle. Le père d'Alvaro Uribe avait été tué par la guérilla lors d'une tentative d'enlèvement au début des années 1980. Ce triomphe marque un net virage à droite d'un électorat fatigué par trente-huit années d'un conflit qui tue de milliers de personnes chaque année. La législation colombienne favorise un exercice très autoritaire du pouvoir et soutient la militarisation des rapports sociaux. C’est un outil qui sera utilisée par le nouveau gouvernement pour entamer une importante réforme des institutions, tel qu’il l’a promis dans sa campagne, dans le sens de plus de centralisation du pouvoir et plus d’autoritarisme niché au cœur des institutions démocratiques. Contre ceux qui affirment qu’une nouvelle Constitution pourrait être bientôt élaborée par le nouveau gouvernement afin d’adapter la loi à ses actions, d’autres affirment que ce n’est pas nécessaire : il lui est aussi facile d’utiliser la démocratie pour instaurer derrière elle un régime sécuritaire tout aussi légitime, la démocratie devenant son costume.

Le président sortant Andres Pastrana, qui en 1998 avait affiché son engagement à négocier la paix avec la guérilla, a laissé un pays fragilisé après trois ans de négociations qui se sont soldées à chaque fois par un échec. Pendant son mandat la violence a continué à s'aggraver. Aujourd’hui les guérillas recourent plus que jamais aux enlèvements, à l'intimidation, aux sabotages et aux exactions. Les paramilitaires, eux, continuent leur mission de nettoyage politique en toute impunité.

 

A. VERS UNE SITUATION DE CRISE HUMANITAIRE

La violence en Colombie est telle que les 40 millions de Colombiens connaissent presque tous quelqu'un qui a été tué ou enlevé dans la plus grande impunité. Bien que la souffrance de nombreuses populations colombiennes ne puisse pas être quantifiée, quelques chiffres donnent quand même une idée de l’ampleur des drames : en 2000 il y a eu 185 000 personnes déplacées. En 2001 elles étaient 260 000. Selon les études de la Commission Colombienne de Juristes, présidé par M Gustavo Gallon, la violence politique en Colombie en nette augmentation : 100 assassinats politiques en 1980, 1000 en 1985, 4000 en 1997, 8000 en 2001… Ces assassinats révèlent une situation d’insécurité extrême où, pour certains, la vie n’a plus aucune valeur. Ils sont pour la plupart responsabilité des nombreuses et puissantes forces paramilitaires : 85%, et des groupes guérilleros : 15%.

Le Kidnapping est une autre pratique de violence très répandue : plus de 3000 personnes kidnappées en 2001, ce qui fait en moyenne plus de 8 personnes par jour. 50% sont attribuées à la guérilla, 40% à ce qu’on appelle en Colombie délinquance commune ; 10% aux paramilitaires. Ce qui peut s’expliquer : la guérilla utilise le kidnapping surtout pour des raisons financières, ils exigent des rançons. Alors que les paramilitaires ne s’appuient pas sur cette pratique, leur mission étant de « nettoyage politique » , ils ne kidnappent pas leurs victimes, ils les assassinent. Le phénomène du para-militarisme est en train d’augmenter considérablement, en nombre des membres ainsi que de victimes.

Cette violence se développe dans un contexte de culture et de trafic de drogue, notamment de cocaïne, qui profite d’une situation socio-économique en dégradation, spécialement au sein des populations paysannes.

L’impunité vient aggraver la situation dans le sens où il n’y a presque pas de perspectives d’application de la justice. La violence l’emporte sur le respect de la loi. La triple combinaison meurtrière « drogue - violence – impunité »  » produit une situation sociale humainement insupportable pour une grande partie de la population.

La plupart des victimes de la violence sont des personnes habitant les campagnes. Car le conflit a une forte composante rurale. Les enjeux majeurs sont liés aussi à la terre : propriété, utilisation, non seulement en raison de la culture de la cocaïne mais aussi en raison de l’existence d’un territoire qui garde précieusement des sources importantes de pétrole non encore exploitées.

Début du 21ème siècle : la société colombienne se dirige de façon dramatique vers une situation de véritable crise humanitaire.

 

B. L’EUROPE, PÔLE DE PROPOSITION ET DE CONSTRUCTION DE PAIX

Les implications internationales du conflit colombien commencent à devenir de plus en plus évidentes et dangereuses :

  • La violence qui tue des milliers de personnes tous les ans favorisant une attitude de mépris de droits humains, d’abord du droit à la vie, ce qui ne concerne pas uniquement les Colombiens

  • Le trafic et la consommation de la drogue produite en Colombie touchant d’autres pays, notamment les pays industriels occidentaux

  • La course aux armements des différents seigneurs locaux de la guerre engageant aussi les pays fabricants et les commerçants d’armes

  • Des milliers de personnes déplacées cherchant refuge dans les pays voisins de la Colombie, sinon aux Etats-Unis et en Europe

  • Le conflit détruisant de plus en plus l’environnement dans une zone amazonienne vitale pour la Planète, etc.

Dans cette situation, de nouveaux acteurs issus de la société colombienne s’engagent de mieux en mieux pour la paix à l’échelle locale et internationale. Ils travaillent sur place pour la paix mais ils veulent aussi favoriser l’engagement de la communauté internationale.

Internationaliser les efforts de paix, briser l’ignorance, sinon l’indifférence, pour engager la communauté internationale dans une stratégie multilatérale pour la paix en Colombie, voilà une démarche qui a montré plusieurs fois sa pertinence et son efficacité. Elaborer une stratégie pour la paix engageant un ensemble d’acteurs locaux et internationaux est l’une des leçons qui peuvent être tirées de la solution pacifique trouvée au conflit centraméricain qui embrassait le Nicaragua, le Salvador, le Guatemala dans les années 1980. A côté des populations locales, engagées de façon très importante pour la paix, 7 pays latino-américains ont constitué le groupe « Contadora » en vue d’utiliser leur puissance pour soutenir un plan de paix par la démocratisation et les réformes sociales. Ils ont compté sur le soutien de l’Union Européenne qui a soutenu fortement le plan de paix présenté par M Oscar Arias, Président du Costa-Rica à l’époque. Actions diplomatiques, pression internationale, appui logistique pour la paix venu de l’étranger, soutien politique, etc. ont été quelques-unes des actions de la communauté internationale qui ont beaucoup favorisée la pacification de cette région. Si les conséquences du conflit colombien s’internationalisent, il faut internationaliser aussi les efforts de paix. Il s’agit de favoriser de façon active une dynamique de « diplomatie internationale pour la paix » .

Actuellement, en raison des menaces de guerre qui se multiplient et se complexifient dans un contexte de mondialisation des enjeux, l’Europe: Union Européenne, Etats, ONGs, opinion publique, intellectuels, etc. prend de plus en plus conscience de sa responsabilité pour la construction de la paix dans le monde. Celle-ci s’engage aujourd’hui beaucoup plus qu’avant dans la prévention de conflits, dans la négociation, dans la médiation, dans la reconstruction de la paix dans le monde. Malgré l’importance qui prend cette tendance pour la paix internationale, en Colombie se sont surtout les Etats-Unis qui s’intéressent au conflit et qui interviennent à leur façon. L’Europe commence à s’engager, de façon effective bien qu’encore discrète.

Le conflit colombien ne dévoilerait-il pas l’un des défis majeurs pour l’Europe de demain : celui de se positionner dans l’univers de la géostratégie mondiale en tant que pôle de proposition et de construction de paix ?

 

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