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Type de document : Document sur internet

Fiche du dossier : La construction de la paix selon la Banque Mondiale : principes, pratiques et résultats [Lire le dossier]

Fiche 14 / 29

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En quoi consiste le "peacemaking" pour la Banque mondiale? définition et limites

Dans cette fiche, nous nous intéressons à la façon dont la Banque mondiale définit la "fabrication de la paix"

Réf. : From civil war to civil society: the transition from war to peace in Guatemala and Liberia, Colletta N., Kostner M., Nezam T. et Scott C, Banque Mondiale, 2000


Mots-clés

  • Concertation politique pour la paix [>]
  • Droit international et paix [>]
  • Médiation internationale pour la paix [>]
  • Actions de coopération politique locale pour la paix [>]
  • S'opposer à l'échelle internationale à la poursuite d'une guerre [>]
  • Etablir le dialogue entre les acteurs et les partenaires de la paix [>]
  • Mener des négociations politiques pour rechercher la paix [>]
  • Signer un Accord de Paix [>]
  • Société Civile Locale [>]
  • Gouvernement national et paix [>]
  • Armée nationale [>]
  • Communauté Internationale [>]
  • ONU [>]
  • Guatemala [>]

CROIDIEU Florence

Selon la Banque mondiale, la construction de la paix est un processus en trois phases : faire la paix, la maintenir et la faire durer. Chacune de ces étapes requiert un ensemble de mesures politiques, économiques, humanitaires et sécuritaires, qui leurs sont propres.

Dans cette fiche, nous nous intéressons à la façon dont la Banque mondiale définit la "fabrication de la paix" (en anglais, peacemaking). Cette dernière consiste en un ensemble d’activités qui inclut la négociation de la paix, l’élaboration d’un accord de paix, le renforcement du rôle de la société civile et l’identification du rôle approprié de la communauté internationale.

La négociation:

Les éléments essentiels d’un processus de paix sont la volonté politique de toutes les factions en guerre d’entrer en négociation et un cadre de sécurité pour maintenir la paix. Chacun de ses éléments requiert de larges investissements en temps et en argent avant même que les partis s’asseyent à la table des négociations. Les partis concernés doivent, en effet, passer outre la méfiance qui s’est développée pendant le conflit et apprendre à concevoir les négociations comme une issue au conflit, en reconnaissant que toutes les demandes ne peuvent pas être entendues et qu’un compromis doit être trouvé. Cela peut prendre des années avant que le niveau de confiance nécessaire soit atteint et que des négociations puissent avoir lieu.

Dans le but de minimiser les mécontentements, de progresser et d’atteindre le consensus le plus large possible, le processus de négociation doit être précis, transparent et global. C’est-à-dire que tous les aspects du conflit (sociaux, politiques et économiques) doivent être discutés au sein d’un forum ouvert, donnant ainsi à tous les membres de la société civile intéressés une chance égale d’y participer. Chaque groupe doit avoir un négociateur mandaté. Aucun secteur ne doit prévaloir et aucun groupe ne doit être marginalisé, car de telles situations peuvent mener à la violence.

Les accords de paix:

La signature d’un accord de paix n’est que le début d’un processus très long de reconstruction d’une société non violente, dans lequel les besoins divergents des différents groupes doivent être discutés. En effet, bien qu’aucun accord ne puisse répondre à toutes les demandes, la formulation de ces dernières est une étape indispensable pour restaurer la confiance.

Les accords de paix doivent refléter l’histoire, les traditions, la culture et les valeurs des populations impliquées. Le plan de paix doit aussi réfléchir aux activités nécessaires au renforcement de la paix et, en particulier au rôle de la communauté internationale. Les activités doivent être planifiées en consultation avec les autorités nationales et locales, les agences des Nations Unies, les donateurs et les ONG. En effet, même si les décisions ne sont pas techniquement optimales, l’intégration de tous les acteurs et de leur point de vue au processus de paix est indispensable.

Le rôle de la société civile:

La participation de la société civile du pays en sortie de crise, entendue ici comme l’ensemble des acteurs non étatiques, est essentielle à la réussite de la construction de la paix. En effet, la société civile peut aider à faire entendre la voix des groupes minoritaires, à rassembler des groupes divergents et à exercer une influence politique. Elle peut être une force psychologique puissante pour rétablir la confiance et le sens de la communauté au travers de réseaux formels ou informels.

La participation de la société civile aide à légitimer les résultats du processus de paix. Les participants civils peuvent assurer que les discussions ont bien pris en considération les besoins de l’ensemble de la société et organisé la mise en place des recommandations.

Pour que la participation de la société civile soit un succès, des mécanismes institutionnels doivent être mis en place afin de garantir que tous les membres de la société intéressés soient autorisés à participer et que des ressources soient disponibles pour soutenir les efforts de construction de la paix et de gestion du conflit à l’échelle locale. Bien plus, les factions doivent reconnaître la nécessité d’ouvrir le processus de paix à la participation civile, ce qui peut être difficile à atteindre dans une société très militarisée.

Le rôle de la communauté internationale:

Il est très important de s’assurer que l’intervention extérieure ne contribue pas au conflit et/ou n’impose pas un processus de paix non viable. Les solutions extérieures ne peuvent pas remédier aux causes des conflits, mais elles peuvent favoriser un dialogue global.

En plus de fournir un important soutien technique et financier, le rôle de la communauté internationale est de promouvoir la participation civile en donnant les moyens à la société civile de se faire entendre dans le processus de paix. Cela peut impliquer, par exemple, d’encourager les méthodes locales de règlement de conflit, de réconciliation et de construction institutionnelle. Les ONG internationales ayant déjà travaillé dans le pays, mais aussi les organisations régionales, peuvent jouer un rôle crucial dans les efforts de construction de la paix.

En effet, les organisations régionales peuvent être bien placées pour aider à la construction de la paix, en particulier lorsque les réfugiés ou des soutiens régionaux aux différentes factions ont donné une dimension régionale au conflit.

Enfin, toujours selon la Banque mondiale, une intervention des Nations Unies ne sera un succès qu’à condition qu’elle aie été demandée par toutes les factions en guerre et que la participation de l’ONU soit basée sur une compréhension et une sensibilité aux problèmes. Le représentant du Secrétaire Général peut aider à mettre en place une bonne coordination afin d’éviter que les agences de l’ONU, les donateurs et les ONG ne fassent le même travail ; organiser des réunions régulières de la communauté internationale sur la mise en place des accords de paix ; et aider à sécuriser les financements et à résoudre les problèmes politiques rencontrés dans la négociation et la mise en Ĺ“uvre des accords.

Notes :

L’ouvrage n’est pas disponible en ligne, mais ces informations ont été reprises dans un module du séminaire "The transition from war to peace: an overview" disponible sur Internet sur le site de la banque mondiale : www.worldbank.org

Commentaire :

Cette fiche présente une analyse développée dans l’ouvrage « From civil war to civil society : the transition from war to peace in Guatemala and Liberia » , publié par la Banque mondiale en 1997. Plus globalement, il s’agit de l’un des modules du séminaire de formation « The transition from war to peace : an overview » , qui s’est tenu à Washington en mai 2000, dans le cadre du programme de Prévention et de Reconstruction post-conflit de la Banque mondiale. Ce programme est mené en collaboration avec l’Institut de la Banque mondiale, ce qui signifie que ses modules sont enseignés à un grand nombre de personnes et, en particulier, de groupes de la société civile.

 

Il est donc important de garder à l’esprit qu’il s’agit de la philosophie de travail de la Banque mondiale lors de ses interventions pour la construction de la paix et non pas d’une analyse personnelle. En d’autres termes, il ne s’agit là que d’une approche parmi d’autres de la construction de la paix.

 

Afin de valoriser le fait qu’il existe différentes conceptions du travail de "peacemaking", il est utile de relever quelques points de cette approche qui mériteraient d’être discutés:

  • La Banque mondiale définit, dans ce module, la construction de la paix comme un processus en trois phases: faire la paix, la maintenir et la faire durer. D’autres institutions ou organisations mettraient en valeur une quatrième phase: le fait de sauver la paix, c’est-à-dire la prévention des conflits. Il faut, sur cette question, rendre justice à la Banque mondiale qui a fini par reconnaître l’importance de la prévention des conflits en redéfinissant, en 2001, la mission de l’Unité post-conflit et en la rebaptisant Unité de Prévention et de Reconstruction Post-Conflit.

  • La façon dont la Banque mondiale décrit le processus de négociation (précis, transparant et global) peut paraître utopique, si l’on considère que les discussions préalables aux accords de paix ont souvent lieu entre politiques et à huit clos. Faut-il pour autant blamer la Banque de chercher à promouvoir la participation de tous les acteurs de la société à des négociations ouvertes?

  • Enfin, il faudrait pouvoir préciser si la Banque mondiale, quand elle dit qu’une intervention des Nations Unies ne sera un succès qu’à condition qu’elle ait été demandée par toutes les factions, fait référence à une intervention dans le cadre du processus de paix ou bien dans le cadre du conflit.

 

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