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Fiche du dossier : La construction de la paix selon la Banque Mondiale : principes, pratiques et résultats [Lire le dossier]
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Dans cette fiche, nous nous intéressons aux moyens définis par la Banque mondiale pour faire durer la paix.
Mots-clés
Selon la Banque mondiale, la construction de la paix est un processus en trois phases : faire la paix, la maintenir et la faire durer. Chacune de ces étapes requiert un ensemble de mesures politiques, économiques, humanitaires et sécuritaires qui leurs sont propres. Dans cette fiche, nous nous intéressons aux moyens définis par la Banque mondiale pour faire durer la paix.
Une société post-conflit commence très vite à chercher les « dividendes de la paix » , souvent sous la forme de meilleures conditions de vie. Dans le but de satisfaire les attentes de la société et de faire durer la paix, un ensemble de mesures productrices de confiance sont nécessaires comme la réforme du secteur économique, réformer la propriété terrienne, combattre la corruption et favoriser la transition de l’aide d’urgence aux programmes de développement.
Réformer l’économie:
Relancer le secteur privé est essentiel dans les pays sortant d’un conflit. Cela implique la réduction de trois caractéristiques post-conflit : le manque de confiance dans les affaires, le manque de capital et le manque d’infrastructures. Selon la Banque, le plus important est de relancer la confiance, ce qui conduit à la réduction des deux autres problèmes.
En général, les économies post-conflit traversent une longue période de convalescence et le retour de la confiance et des investissements ne se fait que lentement. Des politiques et des programmes novateurs sont nécessaires dans les phases de construction de la paix afin de relancer l’économie et de créer des emplois.
Réformer la propriété terrienne:
L’accès à la terre peut être à la fois une cause profonde de conflit et un obstacle majeur à la construction de la paix. Une forte concentration de la propriété terrienne (une petite part de la population possédant la majorité des terres) et un échec des réformes sur la terre peut entraîner une recrudescence de la violence politique. Les anciens mécanismes traditionnels de propriété perdent souvent leur légitimité pendant le conflit. Il peut arriver aussi que des personnes déplacées trouvent leur terre exploitée par d’autres à leur retour, et soient sans moyen de la récupérer. Les questions d’accès et de possession de la terre doivent être prises en compte dans le processus de réformes.
Combattre la corruption:
La corruption est un problème mondial, systématiquement présent dans certains pays, et dont les conséquences sont néfastes pour le développement social et économique d’un pays. Les coûts de la corruption sont ressentis de façon disproportionnée par les pauvres, mais elle a aussi des conséquences sur le secteur privé, les investissements étrangers et l’environnement.
La corruption résulte de causes multiples et les moyens de la contrôler ne sont pas vraiment maîtrisés. Selon la Banque, la corruption se développe dans le cadre de mauvaises politiques économiques, de faibles niveaux d’éducation, de sociétés civiles sous-développées et d’institutions publiques faibles, autant de conditions présentes dans les sociétés post-conflit. La corruption ébranle la confiance en la gouvernance, nécessaire durant la construction de la paix, réduisant ainsi l’efficacité de l’aide.
Combattre la corruption n’est ni facile, ni rapide et requiert l’engagement politique des leaders nationaux et de la société civile. Certains éléments clefs de la lutte contre la corruption sont mis en œuvre dés la phase de maintien de la paix : le renforcement du gouvernement, du système judiciaire et l’augmentation de la transparence politique.
De l’aide d’urgence aux programmes de développement:
Satisfaire les besoins fondamentaux des populations est la tâche principale des humanitaires pendant et après les conflits, mais ce n’est pas le but des politiques de construction de la paix. En effet, les conditions relativement calmes de la période post-conflit sont une opportunité pour poser les bases du développement. La principale préoccupation est de s’assurer que le processus de réhabilitation profite aux plus vulnérables et promeut la réconciliation plutôt que d’engendrer la violence et de causer des tensions politiques.
Les anciens combattants, les réfugiés, les personnes déplacées et ceux étant restés dans leurs communautés sont en mesure de demander une assistance. D’autres groupes tels que les femmes, les enfants et les handicapés sont aussi vulnérables. Ils ont tous des besoins particuliers. Les différents types d’assistance incluent la distribution de nourriture, de médicaments, l’hébergement temporaire, mais aussi les opportunités d’emploi, les programmes éducatifs et les traitements psychologiques pour les victimes d’un traumatisme.
Au minimum, la réhabilitation devrait permettre la restauration des services de base et des capacités de subsistance. Au-delà, la réhabilitation devrait favoriser certains domaines : le logement, les transports, l’agriculture, l’eau, l’hygiène et la santé. Le déminage peut aussi être nécessaire pour la mise en œuvre d’autres activités.
La réhabilitation dans les situations post-conflit ne peut pas suivre les modèles classiques de développement, qui nécessitent généralement un Etat fort et une économie solide, conditions inexistantes dans les pays en sortie de crise.
L’ouvrage n’est pas disponible en ligne, mais ces informations ont été reprises dans un module du séminaire "The transition from war to peace: an overview" disponible sur le site de la banque mondiale : www.worldbank.org
Cette fiche présente une analyse développée dans l’ouvrage « From civil war to civil society : the transition from war to peace in Guatemala and Liberia » , publié par la Banque mondiale en 1997. Plus globalement, il s’agit de l’un des modules du séminaire de formation « The transition from war to peace : an overview » , qui s’est tenu à Washington en mai 2000, dans le cadre du programme de Prévention et de Reconstruction post-conflit de la Banque mondiale. Ce programme est mené en collaboration avec l’Institut de la Banque mondiale, ce qui signifie que ses modules sont enseignés à un grand nombre de personnes et, en particulier, de groupes de la société civile.
Il nous a paru intéressant d’en présenter le contenu afin de mieux comprendre la philosophie de travail de la Banque mondiale lors de ses interventions pour la construction de la paix. En effet, l’analyse présentée ici est celle proposée par la Banque mondiale et non pas une élaboration personnelle. Ainsi, il s’agit d’une approche spécifique des moyens de rendre la paix durable.
Il semble que l’analyse de la Banque mondiale ne soit pas assez complète:
1. Tout d’abord parce qu’elle aurait pu développer les mesures qu’elle propose. En ce qui concerne la réforme de l’économie, par exemple, elle ne parle pas de la nécessité de construire une économie de paix, c’est-à-dire d’éliminer les armes de destruction massive, de convertir les industries d’armements et de réduire les dépenses militaires. De même, en ce qui concerne la réforme de la propriété terrienne, il semble que ce ne soit pas une mesure en tant que telle, mais un élément de la nécessité de promouvoir une économie équitable et un développement humain.
2. Mais aussi parce qu’elle n’a pas inclu, à son analyse, d’autres mesures telles que le développement de la société civile comme instrument de stabilité et de développement; la gestion du caractère pluri-éthnique ou pluri-culturel de la société; la lutte contre l’exclusion et le renforcement du lien social; la construction d’une culture de paix (éducation à la paix, à la démocratie et aux droits humains); ou encore, le renforcement de la citoyenneté.