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Fiche d’expérience

Fiche du dossier : Eau et paix, un partage équitable et responsable de l'eau peut-il aider à construire une paix durable ? [Lire le dossier]

Fiche 19 / 32

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N; FICHE DEFI 221 L’eau, un enjeu de santé publique dans les Territoires palestiniens.

Voici quelques éléments qui permettent d’expliquer et de comprendre partiellement un certain contraste culturel et économique entre populations israéliennes et palestiniennes que les pénuries d’eau tendent à encourager et à accentuer : l’enjeu est parfois lourd à supporter pour les populations palestiniennes


Mots-clés

  • Exploitation durable et responsable de l'eau [>]
  • Partage équitable de l'eau [>]
  • Favoriser l'accès à l'eau à de populations exclues [>]
  • Promotion de la santé [>]
  • Respect des droits humains [>]
  • Prévenir des conflits [>]
  • Réformer les rapports économiques pour préserver la paix [>]
  • Reconstruire la paix par le développement [>]
  • Militaires [>]
  • Citoyens palestiniens pour la paix [>]
  • Citoyens israéliens pour la paix [>]
  • Gouvernement israélien [>]
  • Autorité palestinienne [>]
  • Proche Orient [>]

BORDET Gaël, Sénégal, Proche Orient, Paris, 2002

Lorsque les ressources en eau viennent à se détériorer ou à se réduire, les répercutions sur le niveau de vie n’affectent pas nécessairement tous les habitats d’une même région, dans les mêmes proportions.

Les distorsions constatées par exemple entre les Palestiniens et les colons israéliens de Gaza, ou dans une moindre mesure ceux de Cisjordanie, sont à ce titre exemplaires. Les inégalités constatées dans l’accès à l’eau, s’expliquent tant par des positionnements culturels que par un rapport social de colonisateur à colonisé, qui s’est progressivement institué entre les deux populations. La pénurie d’eau n’est qu’un facteur aggravant qui a eu pour effet d’exacerber cette hiérarchisation socio-économique, ce qui s’est avéré particulièrement déstructurant à Gaza. Cette bande qui longe la méditerranée est « en effet écologiquement morte », selon A.R.Tamimi, le directeur du Centre palestinien d’hydrologie. « Dans le sud de la bande, explique-t-il, les gens boivent une eau croupie, impropre même à l’agriculture, à cause d’une quantité élevée de nitrates, et il n’y a pas de solution sauf à acheminer l’eau de l’extérieur ».

Les habitudes culturelles concourent pour une bonne part à entretenir les distorsions entre les Palestiniens et les colons israéliens :

  • D’une part, financièrement, les colonies disposent d’une aide conséquente de l’Etat hébreu qui se traduit par l’octroi de subventions ;

  • D’autre part, la plupart des colonies sont agricoles, donc consomment des quantités d’eau très importantes ;

  • Ensuite, il faut prendre en considération le fait que la plupart des colons viennent de pays occidentaux (de Russie, des Etats Unis, d’Europe de l’ouest) et sont de ce fait moins sensibilisés aux enjeux liés à la pénurie et à la nécessité de préserver la qualité de l’eau ;

  • Enfin, l’habitat des colonies est structuré autour de villas avec jardin, ce qui a pour conséquence une utilisation domestique d’eau très élevée.

Voici quelques éléments qui permettent d’expliquer et de comprendre partiellement un certain contraste culturel et économique que les pénuries d’eau tendent à encourager et à accentuer : l’enjeu est parfois lourd à supporter pour les populations palestiniennes.

Actuellement, certaines villes de Cisjordanie ne bénéficient d’eau courante que pendant quelques heures ou quelques jours par semaine, avec de longues périodes d’interruption, et plus de 150 villages, soit près de la moitié, ne sont pas reliés aux réseaux d’eau potable : ainsi, environ 37 % des Palestiniens sont privés d’eau courante. A Hébron par exemple, où la responsabilité de l’approvisionnement en eau pour les usages domestiques est partagée entre la municipalité et la Mekorot (compagnie de gestion israélienne qui a notamment entrepris la construction du National Water Carrier, principal réseau d’eau israélien), la population est soumise à de nombreux rationnements décidés par la municipalité palestinienne du fait de quantités disponibles nettement insuffisantes. En Eté, Hébron est divisée en 50 districts qui reçoivent de l’eau chacun à leur tour, une fois tous les 50 jours et pour 24 heures : chaque famille a droit à 10 mètres cubes mensuels, au prix de 6,5 shekels par mètre cube. Paradoxalement, le système de rotation fixé par la municipalité provoque une consommation excessive car chaque quartier, soucieux de satisfaire ses besoins, stocke suffisamment d’eau pour pouvoir attendre le ravitaillement suivant, réduisant d’autant les quantités allouées aux autres quartiers. Ces restrictions, très fréquentes, contraignent donc la population palestinienne à s’approvisionner auprès de propriétaires de grands réservoirs et on a ainsi assisté depuis quelques années au développement d’un marché parallèle : l’eau collectée se revend entre 15 et 30 shekels le mètre cube. L’Autorité palestinienne ne dispose d’aucun moyen de contrôle de ces pratiques, car en vendant l’eau à des propriétaires privés, elle n’en supervise ni la destination, ni le prix.

Faute de financements et par manque de soutien technologique, le réseau de distribution d’eau palestinien ne permet ni d’assurer une alimentation efficace, ni de garantir une eau de bonne qualité, car elle stagne la plupart du temps dans des réservoirs vétustes et mal entretenus.

A cela s’ajoute le fait que les nappes phréatiques surexploitées, d’abord par les Israéliens, puis à présent par les Palestiniens, ont une teneur en sel supérieure aux taux acceptables et que les ressources disponibles s’épuisent. En 1992, déjà le seuil de 400 ppm (milligrammes par litre) était dépassé pour 60% des eaux fossiles de la bande de Gaza alors que la teneur maximale retenue pour l’eau destinée à la consommation est de 250 ppm. De même, toujours à Gaza, le taux de nitrates dans les eaux, dû aux infiltrations des engrais de l’agriculture extensive* atteignait 116 mg par litre alors que le seuil est fixé à 50 mg par litre. Pour toutes ces raisons, la situation sanitaire des Territoires est préoccupante : cette eau rare et de mauvaise qualité favorise la propagation des maladies et empêche les médecins de prodiguer les soins appropriés. Le simple contact avec de l’eau polluée a accru ces dernières années la fréquence des maladies infectieuses - du tube digestif ou des intestins- ou plus simplement, a entraîné des carences multiples et des déshydratations. A Hébron, par exemple, 50 % des patients de l’hôpital d’Alia – dont les salles de bains et les toilettes ne possèdent pas l’eau courante – souffrent de complications liées à la consommation d’une eau impropre. Concernant directement le Jourdain, et donc la Cisjordanie, d’après A.R.Tamimi, « dans la zone militaire de 3 km. de large qui longe le fleuve, dite zone de sécurité, aucun Palestinien ne peut pénétrer, ni accéder à ses eaux, utilisées à 70 % par les Israéliens, à 15% par les Jordaniens, le reste se jetant dans la mer Morte. Il a été décidé, avec Oslo, d’établir un comité commun sur l’eau, dont le président est israélien, et dont les décisions se prennent par « consensus », si bien que chaque fois que les Palestiniens veulent avancer, ils s’exposent à un veto, les Israéliens leur opposant qu’il s’agit ici d’une zone de sécurité, là d’un parc naturel…Ainsi pendant la période de Nétanyahou, seuls ont été traités la prévention des risques et les cas d’urgence. Tout est entre les mains des Israéliens : la législation, la structure, les ressources ».

Commentaire :

  • 1) Le premier enseignement à retirer de ce tableau brossé à grands traits, est qu’un partage équitable des ressources hydriques présuppose une réelle sensibilisation à la valeur de l’eau et aux usages rationnels de cette ressource épuisable (ce qu’a notamment entrepris une association comme la SPNI – Société de Protection de la Nature en Israël – qui, en termes d’adhérents, est la première association israélienne) ; cette sensibilisation devrait permettre de prendre conscience des habitus socio-culturels qui se trouvent à l’origine de comportements irresponsables.

  • 2) D’autre part, tant que les ressources hydriques seront considérées par les Israéliens comme un enjeu militaire et stratégique, et les données s’y rapportant classées « secret défense », aucune délégation d’autorité réelle ne semble pouvoir être faite à l’Autorité Palestinienne. Tandis que les accords dits d’Oslo I ne mentionnent pas même le problème du partage de l’eau et que l’article 40 de l’accord de 1995 fait référence à la nécessité de mettre sur pieds une coopération en matière de ressources hydriques, c’est, à ce jour, la loi israélienne sur l’eau de 1959 qui s’applique encore sur les Territoires palestiniens. Aucun transfert de souveraineté n’a donc été décidé concernant la gestion des ressources en eau, même si le 13 septembre 1993 a été signée la « Déclaration de principe sur des arrangements intérimaires d’autonomie » qui prévoyait la mise en place d’un comité de suivi composé d’experts israéliens et palestiniens chargés de développer la coopération dans le domaine hydraulique*. Cependant, aucune avancée notable ne s’est semble-t-il produite depuis lors, comme pouvait le laisser entrevoir le désaccord survenu entre les parties au cours des négociations, au sujet du rôle que devrait jouer l’Agence Palestinienne de l’Eau : instrument de coopération comme le souhaitaient les Israéliens, ou premier pas vers une gestion autonome de leur patrimoine hydrique selon les vœux des Palestiniens ?

Notes :

Sources :

  • 1) : Entretien avec Abdel Rahman Tamimi, directeur du Centre palestinien d’hydrologie, in « La Question de l’eau » , Différences (journal du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples), n°214, janvier 2000

  • 2) : Rapport du Centre israélien d’information sur les droits humains dans les territoires occupés, B’T SELEM. Titre du rapport : On the way to annexation : human rights violations resulting from the establishment and expansion of the Ma’ale Adumim settlement , par Yuval Ginbar, 1999.

  • Les mots suivis d’un astérisque sont définis dans la fiche de notions intitulée : « Quelques définitions ».

  • Pour une explicitation du concept sociologique « d’habitus », se reporter à la fiche de notions intitulée : « Le concept d’habitus ».

 

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