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Fiche d’expérience

Fiche du dossier : Liban, Ex-Yougoslavie : les conflits identitaires et le rôle des tiers dans la construction de la paix [Lire le dossier]

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La microfinance au service de la paix? des exemples du Liban.

La microfinance ne crée pas la paix mais peut permettre, outre l’impact économique de réengager les acteurs, de faire de la confiance un phénomène social « utile » .


Mots-clés

  • L'espoir facteur de paix [>]
  • Lutte contre les inégalités et pour la paix [>]
  • Micro-projets économiques pour contribuer à la paix [>]
  • Initiatives de micro-finance au service de la paix [>]
  • Agir localement pour aider des victimes de guerre [>]
  • Agir pour la réinsertion sociale des anciens combattants [>]
  • Reconstruire l'économie [>]
  • Organisation communautaire [>]
  • Organisation humanitaire et paix [>]
  • Citoyens libanais pour la paix [>]
  • Banque de micro-crédit [>]
  • Liban [>]

OLLAGNON Matthieu

La microfinance est un système de développement dont l’objet premier est de fournir un petit capital aux membres des populations locales, en particulier les femmes, désireuses de créer une activité qui leur permette de gagner de l’argent. Du fait de son mode de fonctionnement très particulier, l’usage de la microfinance semble pouvoir, sous certaines conditions, renforcer un processus de retour à la normale après un conflit.

Qu’est ce que la microfinance ?

La microfinance, si elle a toujours existé sous diverses formes de par la planète, a été théorisée et mise en place selon sa forme actuelle par un économiste du Bangladesh, Mohammed Yunus. Son principe peut être décliné en quelques points :

  • La pauvreté est très largement liée à une absence de capital chez les populations les plus démunies, qui ne peuvent investir et sont exclues du système bancaire, ne disposant d’aucune garantie pour emprunter (le fameux principe qui veut que l’on ne prête qu’aux riches).

  • Pour lancer une dynamique d’enrichissement, il suffit simplement d’un modeste capital de départ, qui permette de mettre en place une petite activité commerciale ou agricole sur le marché parallèle (que Yunus nomme « Golden Market »). L’objet de la microfinance sera alors de fournir ce capital de départ sous forme de crédit (en moyenne de $150 à $300).

  • Puisque les populations cibles ne peuvent fournir de garanties bancaires ou foncières pour cautionner cet emprunt, les prêts seront garantis selon le principe de la caution solidaire. C’est à dire que les emprunteurs vont se regrouper par équipes de cinq ou six, prenant ensemble un crédit, remboursant ensemble, et que si l’un fait défaut sur le remboursement, ce sont tous les autres qui pallieront cette défaillance.

Le système repose donc sur la confiance : il n’y a aucun mécanisme de recouvrement ou aucune sanction en cas de non-remboursement, si ce n’est pour le groupe qui ne rembourse pas l’impossibilité de prendre un nouveau crédit. Le système, souvent employé en zone rurale, tient donc par la pression sociale qu’il génère et fait subir à ceux qui y participent. L’implantation d’un programme de microfinance relève alors d’un exercice de création de la confiance, puisqu’il nécessite de créer une relation de confiance suffisamment forte entre les emprunteurs potentiels, qui vont se lier ensemble et se soumettre ensemble à une forte pression, et l’institution qui propose les fonds.

Cela amène à un dernier point, qui est la forte professionnalisation de cet outil de développement et l’emploi, avant tout de personnels locaux, aptes à comprendre les enjeux du terrain et à amorcer cette confiance. Pour finir cette présentation, notons que les taux de remboursement varient entre des quotas catastrophiques, dès que la confiance est cassée, ou des taux astronomiques (98% à la Grameen Bank au Bangladesh – 97% dans l’O.N.G. Al Majmoua au Liban), obtenus sans services de recouvrement par contrainte.

Microfinance et construction de la paix.

En quoi ce type de système peut-il être lié à la construction de la paix ? Dans le cas du Liban, par exemple, la guerre et l’après-guerre ont entraîné trois mouvements :

  • Une paupérisation généralisée.

  • Une exclusion du système bancaire, économique et politique.

  • Un sentiment d’impuissance, qui va en augmentant au lieu de décroître avec la fin de la guerre, combiné à une perte de confiance généralisée dans les institutions et le système social.

L’emploi de la microfinance semble, toutes proportions gardées, apporter des éléments de mieux-être dans chacun de ces domaines :

Il s’agit d’une réponse qui attaque la paupérisation à ses racines extrêmes : elle peut permette de générer une activité intéressante pour ceux qui sont absolument démunis de tout et les faire passer de la pauvreté extrême à la pauvreté relative. En quelque sorte, elle « amorce la pompe » , bien qu’on ne puisse avec des tous petits crédits amener toute une population aux standards occidentaux.

Elle contribue à une réimplication des acteurs les plus exclus du système et ce, sans les mettre sous perfusion. Les activités ainsi créées, comme la vente de cigarettes au bord des routes, sont insérées dans le système économique global. De même, par l’emploi de prêts progressifs et successifs, il semble possible, dans certains cas, d’amener les emprunteurs à un niveau de crédibilité qui leur permette de rejoindre le système bancaire traditionnel (à ce titre, on peut noter quelques réussites spectaculaires au Liban, en particulier chez l’O.N.G. libanaise Al Majmoua.).

C’est surtout sur les conséquences immatérielles de la guerre que la microfinance semble intéressante : elle n’a pas pour principe d’assister, mais de faire confiance aux acteurs pour qu’ils développent leurs activités, et qui plus est, en les assujettissant à un remboursement. En quelque sorte, il s’agit d’un pari fait par acteur économique (l’O.N.G.) investissant sur un autre acteur économique (l’emprunteur) : on sort alors concrètement d’une relation de dépendance, souvent corrélative du sentiment d’impuissance, pour pousser à un engagement de l’acteur dans sa vie économique et celle de la région où il vit. De même, l’emploi de la caution solidaire est intéressant en ceci qu’il fait de la confiance une relation avantageuse et concrètement positive. C’est à dire qu’il fait sortir la relation de confiance du domaine du discours et des simples « bonnes choses » pour montrer réellement qu’il peut s’agir d’un mode de fonctionnement social efficace.

Commentaire :

Dans une optique de construction de la paix, que retenir de la microfinance ? Qu’elle ne remplace pas la paix, ni ses conditions politiques, et ne la crée pas, mais peut permettre, outre l’impact économique de réengager les acteurs, de faire de la confiance un phénomène « utile ». Il faut néanmoins garder à l’esprit que, dans une situation difficile, la microfinance tire sa crédibilité et son efficacité de moyens tout aussi durs : la pression sociale, qui peut être forte, l’investissement et un travail acharné. Cependant, dans une situation aussi rude que celle du Liban après-guerre, ou de la Bosnie et du Kosovo, la réponse se doit, sans doute, d’être du même niveau.

Notes :

Source :

  • Enquête au Liban.

  • MICROCREDIT SUMMIT : www.microcreditsummit.org ( Le site de l’organisation qui fédère la majorité des institutions de microfinance sur la planète ).

  • GRAMEEN BANK, www.grameen-info.org, ( Le site de la première institution de microfinance au monde au Bangladesh ).

 

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