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Fiche d’expérience

Fiche du dossier : Liban, Ex-Yougoslavie : les conflits identitaires et le rôle des tiers dans la construction de la paix [Lire le dossier]

Fiche 11 / 29

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Liban : les liens entre paix et justice. Après la guerre civile libanaise, il existe une forte demande pour plus de justice

La justice n’est pas un élément accessoire de la construction de la paix, elle apparaît comme un élément déterminant qui permet de clore un conflit et de favoriser à éviter sa reproduction.


Mots-clés

  • Elaboration et utilisation du symbolique [>]
  • Lutte citoyenne pour la justice sociale [>]
  • L'administration de la justice selon le droit [>]
  • Démilitarisation du pouvoir [>]
  • Jugement de responsables des crimes contre l'humanité [>]
  • Jugement de responsables de massacres [>]
  • Soutenir des démarches de réconciliation après-guerre [>]
  • Elaborer ensemble la mémoire et l’histoire [>]
  • Respecter les Droits Humains [>]
  • Juger des responsables de crimes contre l'humanité [>]
  • Etablir une Commission de Vérité [>]
  • Société Civile Locale [>]
  • Juriste [>]
  • Gouvernement national et paix [>]
  • Magistrats [>]
  • Tribunal Pénal International [>]
  • Liban [>]

OLLAGNON Matthieu

Intuitivement nous lions paix et justice comme étant deux réalités allant de pair. L’objet de cette fiche est de montrer que, après la guerre civile libanaise, il existe une forte demande pour plus de justice et que celle-ci va de pair avec l’aspect incomplet de la paix.

Le concept de justice est en lui-même ambigu : justice sociale, justice pénale, justice distributive ou justice répressive, nombre de subtilités sont liées au concept de justice. Il semble néanmoins que le lien fondamental entre toutes ces formes de justice est, lui, parfaitement clair pour les populations sortant d’une guerre : justice sociale et justice pénale reviennent également dans le discours.

La justice pénale tout d’abord : dans le cas du Liban, au nom de la réconciliation nationale (loi de 1993), l’amnistie a été promulguée pour les crimes commis en temps de guerre. De fait, un seul responsable milicien, qui plus est chrétien, est actuellement en prison. L’après-guerre a en effet débouché sur un partage du pouvoir entre les diverse factions miliciennes et, au lieu d’être jugés, les responsables libanais de la guerre occupent actuellement des postes de décision. Dans la mesure où l’un des protagonistes majeurs du conflit, la Syrie, détient la réalité du pouvoir, il ne pouvait en être autrement.

Toujours est-t-il que la justice n’a pu être dite, et le jugement n’a pas été tranché entre le normal et l’anormal, l’acceptable et l’inacceptable. Tout au plus la loi d’amnistie a-t-elle pu marquer symboliquement la différence entre le temps des combats (la guerre civile) et celui de la trêve. Les divers massacres et exactions, sans être formellement condamnés, sont alors passés sous silence au nom d’une réconciliation et d’un retour à la normale indispensable. Ils restent en un sens l’apanage de temps d’exception dont on a pu voir, par le manque de stabilité du Liban, qu’ils pouvaient être appelés à revenir.

C’est là un cercle vicieux qui ne manque pas d’inquiéter, dans la mesure où les conclusions qui sont souvent tirés de cette absence de justice sont dangereuses et pourraient être résumées par ces mots, entendu en entretien : « au Liban, seul compte le pouvoir, la légalité n’est que de façade et la loi du plus fort est la seule source de droit ». La perception d’un manque de justice, loin de réconcilier les communautés, qui se sont affrontées durant la guerre, joue alors à renforcer la méfiance et semble ajouter à la description chaotique que beaucoup de libanais font de leur propre société.

Ce chaos, l’absence de justice sociale ne fait que le renforcer ou, du moins, de le rendre plus vif. La pauvreté et la richesse, conséquence de la disparition des classes moyennes, ne sont pas réparties selon un spectre homogène entre les plus nantis et les plus dépourvus. Cette situation est souvent vécue comme d’autant plus insupportable qu’un certain nombre de fortunes se sont construites sur le conflit lui-même, rendant suspectes beaucoup de réussites, y compris les plus légitimes. Comment, en effet, aboutir à une forte cohésion sociale quand toute une partie d’une population peut être amenée à se défier de l’autre et que l’égalité des chances ne peut même être envisagée ?

Cette absence de justice sociale, dans le cas libanais, est palliée par la remise en vigueur du système de la ouasta que l’on peut traduire improprement par « piston »  : les réseaux communautaires et informels prennent en charge ce que la société globale ne peut offrir. Ceci ne suffit pas cependant à éteindre le désir de justice sociale puisque toutes les ouasta ne sont pas égales et que celle que pourra obtenir un ouvrier-relieur ne sera sans doute pas celle qu’aura un enfant de ministre. Dans ce jeu de rapport de forces dérégulé, il existe une forte demande pour un peu plus de régulation, y compris, et c’est paradoxal, de la part de ceux qui semblent en profiter le plus.

Non condamnation des acteurs et des conduites de guerre, absence de justice, donc de stabilité sociale : ces réalités sont perçues très vivement, du moins au Liban, et sont sources, à la fois, de douleur et d’inquiétude. Douleur, parce qu’elle ne contribuent pas à atténuer le traumatisme du conflit et qu’elles participent au contraire à leur perpétuation, inquiétude dans la mesure où elles sont des facteurs favorisant indéniablement une nouvelle explosion. Nous pouvons alors comprendre que le besoin de justice dépasse largement une appréhension seulement philosophique ou légaliste des choses : il a une portée quotidienne.

Commentaire :

La justice n’est donc pas un élément accessoire de la construction de la paix, qu’elle soit sociale ou pénale. Plus encore, elle apparaît comme un élément déterminant qui permet de clore un conflit et d’éviter sa reproduction.

Notes :

Source : Recherches au Liban

 

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