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Fiche d’expérience

Fiche du dossier : Eau et paix, un partage équitable et responsable de l'eau peut-il aider à construire une paix durable ? [Lire le dossier]

Fiche 23 / 33

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Ecologie politique et gestion durable de l’environnement : le cas de la mer Morte.

Il existe une corrélation certaine entre les dégradations locales ou régionales de l’écosystème et les conditions de vie de ses populations.


Mots-clés

  • Echanges de technologies pour favoriser la paix [>]
  • L'infrastructure au service de la paix [>]
  • Exploitation durable et responsable de l'eau [>]
  • Actions de protection de la faune [>]
  • Actions de protection de la flore [>]
  • Reconstruire la paix par le développement [>]
  • Réformer les rapports économiques pour préserver la paix [>]
  • Gouvernement israélien [>]
  • Autorité palestinienne [>]
  • Gouvernement jordanien [>]
  • Proche Orient [>]
  • Mer Morte [>]
  • Mer Rouge [>]
  • Israël [>]
  • Jordanie [>]
  • Palestine [>]

BORDET Gaël

La sécurité écologique pour l’homme est optimale selon Dennis Pirages, lorsque « quatre types d’équilibre sont réalisés et entretenus : entre la demande des populations et les capacités durables de l’écosystème* ; entre la croissance d’une population et les diversités de peuplement ; entre la demande des populations humaines et celles de populations animales ; enfin, entre les populations humaines et les microorganismes pathogéniques » (Environmental Change and Security Project, Printemps 1997). Toute rupture significative qui viendrait perturber l’un de ces équilibres, menacerait la stabilité de l’ensemble de l’écosystème. Or, dans le bassin du Jourdain, chacun de ces quatre équilibres est menacé : par la surexploitation des ressources naturelles, par les menaces de pénurie, par les déséquilibres dans les différents types de peuplements (surpopulations à Gaza, problème des réfugiés, maillages ethniques et culturels avec les colonies ou les minorités religieuses, peur d’une domination d’un autre groupe communautaire), par les modifications des écosystèmes locaux (mer Morte…), par les pollutions des ressources premières. Elaborer une politique de sécurité écologique implique de restaurer ces différents équilibres.

Il existe donc une corrélation certaine entre les dégradations locales ou régionales de l’écosystème – pollutions, destructions, accroissement des pénuries – et les conditions de vie des populations qui se trouvent au contact de cet environnement. Il est également établi que les conflits économiques ou militaires font peser de graves menaces sur l’équilibre durable de l’environnement : en effet,les interactions entre le développement démographique et la détérioration de l’environnement sont particulièrement étroites.

L’écosystème de la Galilée a été perturbé par l’assainissement et l’assèchement des marais environnant le lac Houleh ; les eaux du Jourdain sont particulièrement polluées en aval du lac de Tibériade - lui même atteint de salinité - et sont de ce fait peu exploitées ; la mer Morte dont le taux de salinité ne cesse de croître est d’autant plus menacée d’assèchement que les eaux du Jourdain ne lui parviennent pratiquement plus ; les aquifères* côtiers surexploités sont infiltrés par les eaux de la Méditerranée ; plus de 20% des puits israéliens ont atteint des taux de salinité et de contamination par les nitrates supérieurs à ceux requis ; les aquifères de Judée-Samarie sont pollués par les rejets des eaux domestiques non traitées et par les infiltrations des eaux polluées par les pratiques agricoles : les sols et les formations rocheuses sont poreux, et aucune des trois usines de traitement des eaux n’est opérationnelle… Cette liste donne un aperçu des dégradations environnementales survenues dans le bassin* du Jourdain du fait de la négligence des hommes, de leur méconnaissance du milieu naturel dans lequel ils s’inscrivent, ou par manque de concertation.

Le cas de la mer Morte est à ce titre paradigmatique des effets d’une interaction désastreuse entre l’activité humaine et son environnement.

Le niveau de la mer Morte baisse de 85 centimètres tous les ans car les eaux du Jourdain, dérivées, retenues, surexploitées, ne s’y déversent plus en quantités suffisantes. Cela posera à terme de nombreux problèmes aux Israéliens et aux Jordaniens, car d’une manière ou d’une autre, la mer Morte entre dans le cycle d’alimentation en eau de ces pays. Aux alentours, la teneur en sel des terres irriguées* s’accentue depuis que les inondations naturelles du Jourdain ou des wadis (petits cours d’eau) ont été domestiquées par les hommes et qu’elles ne lessivent plus les sols et ne nettoient plus les terres par filtration. Les aquifères jordaniens environnants, exploités au maximum de leurs capacités sont désormais saturés par les nitrates qui s’écoulent des terres cultivées et par le sel qui s’infiltre depuis la mer Morte.

Ces modifications apportées à la mer Morte affectent l’habitat de certaines espèces et hypothèquent sérieusement leur survie. En effet, si la mer Morte en raison de sa salinité n’est pas un biotope* privilégié, il s’y développe malgré tout une faune et une flore, sous la forme de microorganismes, de bactéries et d’un type particulier d’algue, la Dunaliella verte qui vit dans les eaux douces mais s’adapte au sel par un procédé de pression osmotique*. La présence d’une vie organique, si infime soit-elle, est essentielle à l’assainissement d’un lac, mais l’augmentation des taux de salinité entraîne des changements importants dans la composition biologique de tout système aqueux et la mer Morte ne fait pas exception à la règle.

En plus des effets immédiats, l’action des hommes sur un écosystème peut provoquer des perturbations en chaîne, et ainsi les coraux de la mer Rouge sont potentiellement menacés par le projet d’un canal mer Morte-mer Rouge (appelé RSDSC : Read-Sea, Dead-Sea Canal) dont le but serait de relever le niveau de la mer Morte. Or, contrairement à ce qui se passerait dans un lac ordinaire où tout changement de la salinité dû à un afflux d’eau est compensé par des changements de températures qui réduisent la densité à la surface, aucun changement significatif ne serait constaté dans la mer Morte car les changements de température ne seraient pas suffisants. D’autre part, en cas d’apport d’eau massif qui diluerait le sel, le risque est grand de voir pulluler les microorganismes, et ainsi de déséquilibrer de nouveau l’écosystème, ce qui ne serait bien évidemment pas souhaitable.

Pourtant, même si son niveau baisse régulièrement, la mer Morte n’est pas condamnée à l’assèchement avant quelques centaines d’années, puisque l’eau s’évapore lentement. Raison de plus pour prendre soin de ce patrimoine.

Notes :

  • (1) : Environmental Change and Security Project, printemps 1997.

  • Les mots suivis d’un astérisque sont définis dans la fiche de notions intitulée : « Quelques définitions ».

Commentaire :

Le cas de la mer Morte est une bonne illustration des difficultés que présentent la recherche d’une maîtrise équilibrée de l’environnement humain du fait de la multiplicité des facteurs à prendre en considération.

 

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