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Fiche de notion

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Choc des civilisations


Paris, 2003

Dans un ouvrage récent, Samuel Huntington, un chercheur américain a présenté une théorie posant la culture, et plus largement la civilisation, comme clé explicative majeure des relations internationales dans l’après-guerre froide. Après, les attentats du 11 septembre, cette théorie a pris une actualité nouvelle. Il importe alors de cerner l’essentiel de cette pensée, ainsi que ces limites.

Le cœur de l’analyse de Samuel Huntington repose sur la notion de civilisation, unité englobant un ensemble de cultures particulières reposant sur des fondements communs. Pour l’auteur, ces fondements, le liant de la civilisation, sont essentiellement de nature religieuse. Son analyse est alors simple : le futur sera en dernière instance un jeu de pouvoir et de tensions entre sept à huit grandes aires civilisationnelles définies par le facteur religion (parmi celles-ci : l’occident chrétien, le bloc orthodoxe russe, l’Islam, l’aire africaine, qui est d’ailleurs hétérogène religieusement parlant, le japon, l’aire hindoue, le bloc confucéen, …). Et cette tension, selon lui, se nouera probablement autour d’une confrontation entre l’occident chrétien et un bloc islamo-confucéen, lequel, à cette occasion viderait, toujours selon Huntington, un vieux contentieux avec l’Occident.

Théorie simple dans un monde complexe, l’apport principal du Choc des Civilisations est de recentrer les enjeux géopolitiques sur des schémas fondamentaux. Ses limites et les questions qu’elles soulèvent sont cependant nombreuses. Sans que la liste soit exhaustive, on peut noter que :

  • La notion de culture est toujours sujette à débat, et que s’il est difficile de l’appréhender, plus grande encore est la difficulté à en faire le support d’une théorie géopolitique. En effet, la marge est faible de la difficile définition de la culture à sa réification.

  • Cette objection, Huntington l’a bien perçu, et tente de la contourner en abordant la notion de civilisation, plus large et fondée sur la religion. Cependant, d’où l’Afrique, qui est un bloc civilisationnel à elle toute seule, tire-t-elle sa cohérence, puisqu’elle n’a aucune homogénéité religieuse ?

  • De même, l’ouvrage insiste sur la notion de violence génétique de l’Islam (le terme n’est pas de lui), en s’appuyant sur le nombre de conflits opposant des musulmans aux non-musulmans, que cela soit dans des guerres inter-étatiques ou des conflits civils. Chiffres à l’appui, il montre que leur nombre est très nettement supérieur à tous les autres configurations de conflits inter-religieux. Un tel état de fait peut cependant relever de multiples facteurs, en particulier d’ordre géopolitique plus que proprement théologique et social. De fait, il aurait été intéressant d’approfondir cette question et, éventuellement, de creuser le propos.

Facile à lire et bien construit, l’ouvrage d’Huntington est de ceux qui ne laissent pas indifférent. Soulevant des questions d’ordre méthodologique et se voulant prémonitoire, il développe un propos dont seul l’avenir permettra de juger la validité. Cependant, il apparaît de plus en plus que, si des grandes lignes de fracture se dessinent, en particulier sur des conceptions très différentes de l’homme et de la société, celles-ci traversent également l’intérieur même des aires civilisationnelles.

 

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