Fiche de défi Dossier : La médiation : une nouvelle réponse aux conflits ?

Montargis, août 2007

Médiation et transformation du conflit

Quand deux groupes sociaux sont en conflit, on peut théoriquement distinguer deux cas de figure.

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Dans le cas où le conflit reste centré sur des intérêts divergents bien identifiés, il est possible de négocier sur la base d’un climat de respect de l’autre, et donc de sympathie. Puisqu’aux besoins des uns peuvent correspondre les ressources des autres (1), le conflit trouvera sa transformation dans l’élaboration d’un compromis satisfaisant pour les deux parties. C’est le cas dans certains conflits du travail, de la consommation, voire même de relations inter-éthniques (s’il a fallu auparavant épuiser toutes les facettes du conflit d’identités, le compromis risque d’être perçu comme une compromission).

Dans le second cas, le conflit oppose les « identités » des protagonistes : les intérêts réels d’ordre matériel et/ou symbolique comme les besoins psychologiques (besoin de reconnaissance, de sécurité, et le plus souvent des peurs) sont inconscients ou masqués par un débordement émotionnel. Les émotions (peur, colère, honte) sont instrumentalisées et projetées contre l’adversaire. Le ressort de la projection fonctionne comme dans la guerre : l’adversaire diabolisé devient un ennemi. L’esprit « partisan » est le moteur du conflit et la « victoire » son objectif. Dans ce cas, je peux affirmer qu’il y a une rigoureuse symétrie émotionnelle entre les protagonistes.

Elle alimente la spirale de rivalités : tout ce qui est condamné chez l’autre, tout ce qui sert d’« argument » pour le démolir, permet de masquer les faiblesses qu’on refuse de voir chez soi… Tout discours fondé sur la peur (« tout sauf… »), construit sur des dénégations (« je ne suis pas de ceux qui… ») et des accusations (« vous êtes des… »), sert d’écran de fumée à ses véritables motivations.

Relisons les discours de campagne électorale et comparons-les à ce qu’ont fait les candidats : c’est édifiant ! C’est le processus même du vote à partir de candidatures individuelles qui veut cela. La fin justifie les moyens !

Il peut y avoir également la situation où l’un des deux protagonistes garde une position d’ouverture et de compromis alors que l’autre en reste au conflit d’identités. Endurance et capacité à révéler les intérêts en jeu, sans se laisser entraîner dans la rivalité symétrique des identités, donneront finalement l’avantage au premier.

Le recours à la « médiation » d’un tiers peut s’avérer efficace pour obtenir et mener une négociation ! La « médiation » est fondée sur l’intervention d’un tiers empathique (compatissant), qui refuse de prendre parti parce qu’il sait que la transformation du conflit passe par l’instauration d’un niveau de confiance tel que la négociation re-devienne possible.

La confiance (sentiment de sécurité) se re-construit en instaurant des conditions d’écoute et de respect réciproque.

Dans les situations de conflit social, il faudra donc de la médiation :

  • En interne, pour que la cohésion du groupe « résistant » soit fondée sur la confiance plutôt que sur le processus du « bouc émissaire » qui diabolise l’adversaire. Cela nécessite un travail d’animation, d’écoute et de mise en mots des peurs pour créer un fort sentiment de sécurité, des décisions consensuelles pour préserver l’unité et des fêtes pour renforcer la solidarité.

  • En externe, en faisant appel à la médiation de professionnels, de tiers neutres, pour être garant du processus de négociation. Ou de l’opinion publique, pour établir un rapport de forces, en vue de se faire reconnaître comme partenaire légitime d’une négociation refusée (2).

La mise en scène publique de l’injustice, de la souffrance subie, l’humour et toutes les formes de résistance publique sans violence (depuis le « programme constructif » pour mettre en œuvre le changement souhaité jusqu’aux actions de désobéissance civile pour créer de la répression) serviront à catalyser la sympathie de l’opinion publique.

Les actions de personnes incontrôlées trop « partisanes » (des « casseurs », par exemple) peuvent nuire à la cause du groupe résistant. D’où, la nécessité d’appeler à des formes de solidarité non-partisane qui laissent une porte de sortie honorable à l’adversaire.

Hervé Ott, Formateur en « Approche et transformation constructives des conflits » à l’Ieccc, institut européen Cultures Conflits Coopérations (www.ieccc.org).

Notes :

  • (1) Lire NVA n° 283, nov/déc 2005, page 12 : entretien avec François Delivré sur la négociation.

  • (2) À la recherche du compromis : de la médiation à l’action de résistance constructive. Alternatives Non-Violentes n° 134, mars 2005, page 63.