Fiche d’expérience Dossier : Du désarmement à la sécurité collective

, Grenoble, France, juin 1996

Le Projet Calstart ou comment des avions de combat se sont transformés en voitures électriques

Mots clefs : Gouvernement des Etats-Unis | Etats-Unis

La base militaire d’Alameda, dans la baie de San Francisco (Californie) s’est occupée pendant plusieurs décennies de l’entretien d’avions de combat pour le compte de la marine américaine (U.S. Navy). Aujourd’hui, ce ne sont plus des avions qui sortent de ses hangars mais des voitures électriques.

Voilà cinq ans que ce projet de reconversion a été mis en chantier dans un État qui veut être à la pointe du combat anti-pollution aux États-Unis. Aujourd’hui, le projet CALSTART est une réussite: les nouvelles voitures électriques sont prêtes à la vente alors que les trois grands constructeurs automobiles américains (Ford, General Motors, Chrysler) n’ont pas encore construit leurs premières voitures électriques. Déjà, CALSTART s’apprête à exporter ses voitures vers l’Asie alors que la compagnie des transports de San Francisco (BART, équivalent de la RATP) utilise désormais ces véhicules non-polluants. Dernièrement, General Motors a annoncé la sortie de sa première voiture électrique à la fin de l’année (1996). Mais il en coûtera 30 000 dollars à son acheteur contre 10 000 pour la “CITI” produite par CALSTART.

La réussite de CALSTART est exemplaire car le projet de construction de voitures électriques résulte d’un effort combiné associant de nombreux partenaires commerciaux, industriels et gouvernementaux. Cet effort est né d’une opportunité : la loi californienne de 1988 impose dès 1998 des normes anti-pollution très strictes aux constructeurs automobiles. Et CALSTART a su réagir beaucoup plus rapidement que les grands constructeurs automobiles.

Le projet d’Alameda réunit trois partenaires : CALSTART, le ministère des transports (Department of Transportation) et un bureau du ministère de la défense (Pentagon), l’Office of Economic Adjustment. CALSTART est un consortium d’industriels californiens qui partagent un objectif commun : établir une industrie de transport de pointe capable de créer des emplois et de promouvoir la lutte contre la pollution.

A l’origine du projet, on trouve deux hommes, deux visionnaires, Lon Bell, PDG d’un des partenaires principaux de CALSTART, Amerigon, et Ron Dellums, député parlementaire à la chambre qui représente la ville d’Oakland où se trouve la base d’Alameda.

Ron Dellums n’a pas attendu que la base d’Alameda soit sur la liste des fermetures du Pentagone pour envisager sa reconversion vers des activités plus pacifiques. Dellums commence par obtenir deux millions de dollars pour un projet de conversion pour sa région qui lui permet d’organiser l’avenir de la base avant même qu’elle ne soit contrainte à fermer ses portes. Il contacte CALSTART et obtient de nouveaux fonds du gouvernement fédéral, grâce au soutien du Président Clinton: deux millions et demi du ministère du commerce, et une somme comparable du Pentagone. Dellums est fier aujourd’hui de ce projet qui est devenu un modèle de réussite en matière de reconversion.

Lon Bell est célèbre pour avoir appliqué la technologie des missiles nucléaires afin de développer, entre autres, des coussins d’air dans les voitures. Avec le projet CALSTART, Bell ne s’est pas contenté de dessiner la nouvelle automobile non-polluante. Il a également développé d’autres lignes de produits - radars, sièges automobile chauffants, systèmes de navigation pour voiture de luxe - dans les locaux d’Alameda. Son entreprise, Amerigon, a reçu de nombreuses commandes de voitures de la part de pays asiatiques en proie à des problèmes de pollution. Ce succès permet aujourd’hui la création de plusieurs centaines de nouveaux emplois et tempère la pugnacité des critiques du projet qui mettent en avant la médiocrité de CALSTART dans le domaine de la création d’emploi. Toutefois, il faut être réaliste: la base d’Alameda nouvelle version aura beaucoup de mal à trouver des emplois pour plusieurs milliers de personnes, équivalant au nombre d’employés, civils et militaires, de la défunte base navale. Il est à noter que CALSTART opère en coopération avec plusieurs syndicats de travailleurs, en particulier le puissant Machinist Union qui encourage le recrutement d’employés victimes des transformations dans l’industrie de l’armement pour laquelle ils travaillaient auparavant.

Commentaire

La réussite du projet CALSTART démontre la rapidité avec laquelle peut aboutir un projet de reconversion lorsque les partis engagés dans l’aventure sont motivés et travaillent ensemble de manière efficace. Ce projet est exemplaire car il implique à la fois une action gouvernementale et celles du marché qui impriment une direction à ce projet. L’importance du combat anti-pollution en Californie implique que le projet est soutenu par la population californienne et donc par ses élus locaux. Il reste à savoir dans quelle mesure ce type de projet peut être appliqué ailleurs, aux États-Unis ou dans d’autre pays, notamment en France, car sa réussite est attribuable en grande partie à la vision et à l’action de ses deux principaux architectes, Lon Bell et Ron Dellums. Nul doute cependant que cet exemple servira à d’autres et que ce type de réussite dans le domaine de la reconversion va devenir de plus en plus courant.

L’État californien a décidé de mettre en place en 1988 le Zero-Emission Program : à partir de 1998, 2% de la production automobile doit être “non-polluante”; en 2001, le taux doit atteindre 5% et en 2002, 10%. Une douzaine d’États ont suivi l’exemple californien. Mais, alors que l’échéance de 1998 approche, les grands constructeurs automobiles mettent tout en oeuvre pour que cette première échéance soit repoussé à 2001 et il semble qu’à l’heure actuelle, l’État californien soit sur le point de leur accorder ce délai.