Fiche de table ronde Atelier : Dialogue entre militaires et société civile.

Kligenthal, 26 juin 2007

Les forces de sécurité et les médias : facette d’une relation délicate.

Modération : M. Lionel Cort, Journaliste – Rédacteur adjoint de Fr3-Ouest, Nantes. Intervenants : M. Uli Gack, Journaliste, Rédaction du Journal de la ZDF, 2ème chaîne TV allemande ; Colonel Cotard, Conseiller en Communication, Commandement Région Terre Nord Est, Metz ; Colonel Hans Odenthal, Ancien Directeur Adjoint, Académie pour l’Information et la Communication, Forces Fédérales Allemandes, Berlin ; Capitaines Jean Boelling et Georg Auer, Officiers Relations Publiques/Presse à la Brigade franco-allemande, Müllheim.

Mots clefs : Défense militaire de la paix | Engagement de militaires pour la paix | Militaires | Médias et paix | Journaliste | Favoriser le rapprochement entre militaires et civils

M. Lionel Cort, Journaliste – Rédacteur adjoint de Fr3-Ouest, Nantes.

En France, nous avons coutume d’appeler l’armée « la grande muette ». Les journalistes, eux, on les appelle souvent « les bavards ». Vous voyez donc que l’on a déjà a priori une première opposition. Ces deux métiers contiennent par ailleurs des contradictions internes :

Les conditions de réussite d’une opération militaire sont souvent liées au secret, mais en même temps l’armée a des comptes à rendre aux citoyens. Le but des journalistes est de donner un maximum d’informations, mais le journaliste est également citoyen et donc responsable dans son pays.

A priori ce dialogue semble être « mission impossible ». Et pourtant, il faut bien que l’armée et les citoyens dialoguent. Or, ce dialogue ne peut avoir lieu que par l’intermédiaire des médias. Comment faire ?

M. Uli Gack, Journaliste, Rédaction du Journal de la ZDF, 2ème chaîne de télévision allemande.

Comment la ZDF considère son rôle envers les forces armées ?

  • Lionel Cort : Avez-vous des spécialistes des relations armées-journalistes ?

  • Uli Gack : Oui, nous avons notamment des grands reporters spécialistes, depuis 25 ans. Nous savons que nous devons coopérer.

  • Lionel Cort : Aux Etats-Unis, certains journalistes sont sous tutelle militaire. Qu’en est-il en Allemagne ?

  • Uli Gack : Nous avons des Officiers de presse. Cela permet une meilleure relation entre les deux mondes. Nous voudrions pouvoir informer beaucoup plus rapidement : l’Allemagne a envoyé des forces allemandes à l’étranger, en Afghanistan notamment. Mais il existe des forces spéciales secrètes avec lesquelles nous ne pouvons pas communiquer… Or, chaque jour nous devons faire plus d’audience. C’est une responsabilité très importante. Nous devons raconter toutes les histoires, mais nous devons aussi être vigilants si non nous risquons d’être censurés.

A l’heure actuelle, le sujet polémique, a trait à la présence de troupes allemandes en Afghanistan. Cette thématique va jouer au moment des élections. Toutes les 15 secondes nous savons combien de personnes sont en train de nous regarder et nous savons donc quels thèmes intéressent plus ou moins.

  • Lionel Cort : Quand vous êtes en Afghanistan, vous êtes journaliste ou journaliste allemand ?

  • Uli Gack : Je passe 28 jours par an en Afghanistan ; il est évident qu’il y a un intérêt allemand au-delà du journalisme…

  • Lionel Cort : Disposez-vous parfois d’informations sur l’Afghanistan que vous ne communiquez pas au public pour des raisons professionnelles ?

  • Uli Gack : Cela arrive… je connais bien le Général, en Afghanistan, nous discutons beaucoup. Il nous donne une vision claire de ce qu’ils y font, et nous ne pouvons pas donner plus d’information que celle qu’il nous livre dans ce cadre, officiellement. C’est une question de sécurité.

Colonel Cotard, Conseiller en Communication, Commandement Région Terre Nord Est, Metz.

  • Lionel Cort : Qu’est ce que la presse : un partenaire ? Un adversaire ?

  • Colonel Cotard : Pour moi, et ce n’est pas le cas pour tous les militaires, le journaliste n’est ni un ennemi, ni un ami, c’est une donnée de l’environnement dans lequel les forces françaises ont à travailler. Nous ne pouvons pas travailler sans les journalistes, et nous devons prendre en compte les difficultés qu’ils peuvent poser.

Lorsque nous devons expliquer à la société civile ce que nous faisons, nous avons besoin des journalistes : ils sont un pont entre militaires et société civile.

  • Lionel Cort : Comment fonctionnent, très officiellement, les relations entre la presse et l’armée ?

  • Colonel Cotard : Le principe retenu dans l’armée française est le suivant : à chaque fois qu’il y a un chef, il y a un officier pour le conseiller dans ses relations avec les médias et la communication dans son ensemble. Ce conseiller en communication auprès d’une autorité, est aidé dans son travail par une structure de communication.

Au niveau du Ministère de la Défense qui conseille le ministre de la défense, de même qu’auprès de chacun des chefs d’Etat major de chacune des armées, nous avons une structure comparable. La structure auprès du Ministère s’appelle la Délégation de l’Information et la Communication pour la Défense : elle est chargée de coordonner le travail des communicants de chacune des armées.

Au niveau régional, nous avons la même structure pour chacune des armées : soit, il y a un conseiller en communication auprès d’un Général, dont le rôle est de conseiller ce dernier et de vérifier que les directives données par la structure de coopération de l’armée de terre sont effectivement réalisées et appliquées dans chacun des régiments, soit le conseiller s’inscrit dans une chaîne de commandement qui, elle seule, est responsable de sa communication. Alors que la chaîne technique de communication, qui existe en parallèle, n’est là que pour donner des conseils.

  • Lionel Cort : Ce double système – chaîne de commandement, chaîne technique – permet-il d’être réactif ?

  • Colonel Cotard : C’est bien parce que la chaîne de commandement peut être lourde que la chaîne technique est chargée de réagir le plus rapidement possible, et ce, quitte à ce que le conseiller en communication soit rendu le seul responsable d’une faute commise par le commandement. « Il n’est pas de plus grand honneur que de se sacrifier pour son chef ! »

  • Lionel Cort : Il peut donc y avoir une différence entre la réalité de l’information et la communication que vous faites passer… Ne s’éloigne-t-on pas de l’information que vous voulez donner au citoyen ?

  • Colonel Cotard : La question mérite d’être posée, mais la réponse est : « Non ». Ce n’est pas une déformation de la nécessité d’informer. Le conseiller en communication a l’obligation de rappeler à son chef systématiquement la nécessité d’informer.

Un exemple d’une expérience que j’ai vécue en Côte d’Ivoire il y a moins d’un an : dès qu’un journaliste demandait à voir mon Général alors que celui-ci était très pris et n’avait que très peu de temps, je recevais moi-même le journaliste pour savoir quels étaient ses besoins, et ce, quelle que soit la nationalité de celui-ci. Après l’avoir écouté, je pouvais déterminer s’il fallait que je demande impérativement à mon Général de lui parler ou non.

Cette méthode présente deux grands avantages : cela permet au journaliste de préciser ses questions et d’aller directement à l’essentiel ; et au Général de ne pas avoir à refaire un panorama global de toutes les actions de la force depuis qu’il la commande.

Le rôle du Conseiller est donc celui de « facilitateur » des relations entre les journalistes et la chaîne de commandement. En aucun cas il ne doit être un frein.

  • Lionel Cort : Au-delà de ce rôle de « facilitateur », son rôle n’est-il pas aussi de faire passer une certaine image des forces armées ?

  • Colonel Cotard : Oui, « faire passer une certaine image de notre armée », mais il ne s’agit pas de mentir. Nous devons créer un climat de confiance réciproque avec les journalistes, comprendre leurs problèmes et eux, les nôtres. Il est évidemment plus facile d’avoir un discours positif quand les choses se passent bien mais si les choses se passent mal il faut être capable de le dire et d’expliquer pourquoi.

  • Lionel Cort : L’armée ne pratique donc plus la langue de bois ?

  • Colonel Cotard : « La langue de bois », c’est le même type d’expression que « la grande muette » : ce sont des expressions qui existent, qui ont encore cours et qui malheureusement sont des tentations permanentes. Pour que notre action puisse acquérir la crédibilité nécessaire sur le long terme, nous devons être conscients que notre force consiste à dire la vérité. Ce n’est vraiment pas facile.

Un exemple survenu en Côte d’Ivoire, l’an passé : un Ivoirien a été assassiné dans un blindé français. Pour le droit français il s’agit d’un assassinat. Pour les Ivoiriens, il s’agit de la « disparition d’un bandit de grand chemin ».

Le problème est que celui qui a tué ce bandit affirme avoir reçu des ordres de son Colonel lequel dit avoir reçu des ordres de son Général. Il a alors été décidé de porter l’affaire sur la place publique et d’expliquer que « peut-être des ordres avaient été donnés qui n’auraient pas dû être donnés ». La démarche est d’autant plus dure à suivre que le Colonel en cause est l’un de vos camarades.

Depuis cette affaire - très difficile à comprendre quand on ne connaît pas le droit français et les obligations imposées aux soldats français - quelque chose a changé dans les rapports entre médias et armées : les armées ont pris conscience qu’il fallait rendre compte de leurs actions, même mauvaises. C’est lorsque l’on avoue quand on commet des fautes et que parfois aussi on réalise des choses remarquables que ces dernières sont encore plus valorisées.

  • Lionel Cort : Il y a une demande des journalistes, mais l’armée prend aussi des initiatives à l’égard des médias.

  • Colonel Cotard : En effet, en Côte d’Ivoire ou en Afghanistan nous essayons de montrer que nous travaillons bien non seulement au regard des mandats que nous recevons au niveau international mais aussi à destination des populations car nous sommes là pour les aider.

Quand on rencontre un journaliste et que nous avons quelque chose à lui montrer qui peut lui être utile nous lui montrons. Mais ce qu’on lui montre, on sait, qu’en tant que bon journaliste, il ira le vérifier. Nous cherchons donc certes à promouvoir notre action auprès des journalistes mais nous savons aussi que nous nous trouvons face à des professionnels qui, en tant que tels, vérifieront l’information qu’on leur donne. La notion de respect entre le métier de journaliste et celui de militaire est très importante. Parfois les journalistes nous critiquent mais cela nous aide sur le long terme.

  • Lionel Cort : Le contexte international a évolué en Europe avec la collaboration de la France et l’Allemagne. Pensez-vous que la communication est différente ?

  • Colonel Cotard : Pour ce qui est de l’expérience avec les Allemands, la seule que j’ai eue est celle avec des Allemands à Berlin, à l’université de Strausberg.

Je pense qu’il y a une différence d’approche des relations avec les médias entre le monde anglosaxon et le monde francophone. Le monde anglosaxon est beaucoup plus volontariste et veut à tout prix faire passer ses messages. Le monde francophone, en revanche, essaye davantage de prendre en considération les besoins des journalistes. D’après les compte-rendus que j’ai pu avoir, je pense que les Allemands sont à mi-chemin.

Dimension de la confiance : quand on connaît les journalistes, il est beaucoup plus facile de travailler avec eux, ce qui ne veut pas dire qu’ils seront toujours d’accord avec nous… Parfois les intérêts convergent, parfois ils divergent.

Lionel Cort : A priori le dialogue entre militaires et journalistes n’est donc pas si « mission impossible » que cela !

Colonel Hans Odenthal, Ancien Directeur Adjoint, Académie pour l’Information et la Communication, Forces Fédérales All, Berlin.

  • Lionel Cort : Le dialogue entre militaires et journalistes est non seulement possible mais nécessaire et implique de bien se connaître.

  • Colonel Hans Odenthal : La communication est essentielle. Il faut bien connaître les thèmes de chacun. C’est indispensable pour informer le publique qui lui-même influence les décisions prises par les politiques. Au final, ce sont les gens qui décident des objectifs qui vont être poursuivis. Car en effet, les politiques se doivent de répondre à cette demande du public.

Les journalistes doivent suivre une formation professionnelle adaptée, pour pouvoir communiquer clairement avec le public. Les différents moyens de communication (presse, radio, télévision…) n’ont pas tous les mêmes profiles et leurs angles d’attaques ne sont pas les mêmes. Or, nous devons savoir travailler avec chacun. Cela fait partie du jeu…

L’un des problèmes qui se pose est de savoir comment parvenir à travailler des thèmes transversaux ?

Les différents moyens de communication ont des points de convergence. Et certaines règles doivent être respectées : s’il y a une question au niveau local, la réponse doit venir de ce niveau. Lorsqu’il existe un réseau public global cela change le niveau d’accès à l’information.

  • Lionel Cort : Que se passe-t-il quand vous devez travailler avec des journalistes étrangers ?

  • Colonel Hans Odenthal : Le problème est celui de la culture, différente de la nôtre. Les défis sont eux aussi différents et chaque fois plus nombreux. Mais nous devons tenir compte des centres d’intérêts du public, au-delà de nos propres frontières.

Les priorités sont donc : la formation du personnel et parvenir à travailler au mieux avec les différents moyens de communication.

Internet pose également problème quant au point de savoir quel type de média intervient. Parfois des informations circulent alors qu’elles n’ont pas été validées auparavant par le canal officiel. C’est de la responsabilité des médias car l’objectif est de faire circuler une information objective.

Parfois les journalistes pensent que telle ou telle information est la bonne information, la vraie, alors que ce n’est pas toujours le cas. Ils doivent comprendre cela, il faut leur expliquer clairement. Ce qui est dit et diffusé doit absolument correspondre à la vérité, et mieux vaut être vigilant avant car il est toujours néfaste de devoir corriger une information a posteriori.

  • Lionel Cort : Nous allons maintenant écouter le point de vue d’une brigade franco-allemande qui doit donc coopérer au jour le jour. En Allemagne il existe la volonté de former des journalistes et des militaires pour qu’ils puissent mieux se connaître et travailler ensemble plus facilement. Ressentez-vous cela sur le terrain Capitaine Boelling ?

Capitaine Jean Boelling, Officier Relations Publiques/Presse à la Brigade franco-allemande, Müllheim.

  • Capitaine Boelling : Avant toute chose je voudrais dire que la brigade franco-allemande est unique en son genre. Il s’agit de la seule unité mixte (franco-allemande) ; elle regroupe 5 000 soldats. Cette brigade a été créée suite à la signature du Traité de l’Elysée qui repose sur quatre grands fondements, parmi lesquels : la coopération militaire.

Enfin, la brigade franco-allemande est aujourd’hui opérationnelle, elle a été engagée en « franco-allemand » dans les Balkans et en Afghanistan.

Concernant le travail au quotidien : ce n’est pas facile tous les jours. Nous devons faire face à des différences culturelles sur lesquelles il faut trouver des points d’entente. Pour le reste, au niveau purement militaire, tout se passe extrêmement bien.

  • Lionel Cort : Pouvez vous nous donner un exemple concret de cette différence culturelle ?

  • Capitaine Boelling : Je vais répondre en citant certaines devises de la brigade franco-allemande, qui illustre le degré d’exigence auquel nous sommes soumis : « Le devoir d’excellence », « L’efficacité de la différence ». La brigade franco-allemande cherche en permanence des solutions qui ne soient ni françaises, ni allemandes, mais franco-allemandes et ce dans tous les domaines.

Un exemple : le stationnement des militaires français. La Brigade franco-allemande est stationnée dans sa totalité, en Allemagne. Des problèmes pratiques se posent pour les Français et leur famille : comment faire reconnaître le diplôme du Bac des lycéens français en Allemagne ? On a essayé de trouver des solutions pour que les lycéens français puissent passer un examen qui soit reconnu comme équivalent au Bac en France.

  • Lionel Cort : Rencontrez-vous fréquemment des désaccords avec M. Auer du fait des différences culturelles que vous évoquiez ?

  • Capitaine Boelling : A la Brigade franco-allemande le commandement est assumé alternativement tous les deux ans par un Général français et par un Général allemand. Il n’y a donc pas de différence sur les messages à délivrer aux médias. En revanche, et je vais répondre à votre question, l’officier de presse allemand s’occupe des relations presse du côté allemand et l’officier de presse français s’occuppe des relations presse du côté français. Cela ne veut pas dire que l’on est toujours d’accord. Mais nous appliquons le message du Général.

La brigade franco-allemande est stationnée en Allemagne : elle est donc plus connue en Allemagne et il existe de ce fait un intérêt supérieur pour la brigade de la part des Allemands que de la part des Français. En effet l’accès est plus facile pour la presse allemande qui est sur place que pour la presse française. Le rayonnement de la brigade est donc moindre en France qu’en Allemagne.

Capitaine Georg Auer, Officier Relations Publiques/Presse à la Brigade franco-allemande, Müllheim.

La communication de la brigade franco-allemande : mission des officiers de presse de la brigade franco-allemande.

  • Lionel Cort : Capitaine Auer, la population allemande est plus sensible que la population française au travail de la brigade. Quel est votre rôle pour la faire connaître ?

  • Capitaine Auer : Il existe un guide de travail établi soit par les Français soit par les Allemands.

Nous avons de très bonnes relations avec les journalistes et il existe un intérêt particulier des autorités à l’égard de notre brigade.

Nos objectifs :

  •  

    • Faire en sorte que la Brigade soit davantage connue.

    • Mettre en avant la singularité de la Brigade.

Nos Activités :

Nous sommes dans une dynamique de communication d’éléments clairs au sujet de la coopération en France et en Allemagne au sein de la brigade. Français et Allemands travaillent ensemble sur la sécurité européenne commune.

  • Nous avons mis en place des plans de communication.

  • Nous lançons des communiqués de presse : des articles sur ce qui se passe.

  • Nous procédons à des analyses sur les moyens de communication.

  • Nous publions des brochures, des livres, des tryptiques, des revues de presse.

  • Nous faisons de la publicité auprès des étudiants.

  • Nous proposons des jours de visite pour informer les gens sur les activités de la brigade.

  • Nous répondons aux demandes des journalistes, nous les informons, nous les invitons à certaines missions pour leur expliquer ce que nous faisons.

  • Nous informons également les soldats et leur famille.

  • Nous avons plus de 1 100 demandes chaque jour : il faut prendre des photos, organiser l’accueil des journalistes et les informer.

  • Nous avons également eu la visite du chancelier allemand, en 2004.

Debats

1/ Dans le cadre de votre travail au sein de la brigade, quelle langue parlez-vous ?

Nos langues sont l’allemand et le français. Chacun parle sa propre langue. En revanche quand il s’agit de préparer une mission et qu’il y a plusieurs nationalités on parle l’anglais.

2/ Quel délai faut-il prévoir pour une demande d’intervention ?

Pour des opérations à l’extérieur, nous sommes très réactifs. Si l’urgence est avérée nous pouvons partir immédiatement sur le terrain, mais généralement le départ se fait le lendemain, pour des questions pratiques et de sécurité.

3/ Comment gérez-vous les demandes d’informations émanant des journalistes ?

Quand des journalistes appellent au quotidien pour des informations, nous devons d’abord être capable de fournir une première réponse aux questions posées puis être en mesure de rappeler le journaliste pour lui transmettre l’information plus précise dont il a besoin. Pour la brigade franco-allemande en opérationnelle, il va de soi que l’accord des deux régions est nécessaire.

4/ Dans l’espace soviétique il y a toujours aujourd’hui la notion de secret. Qu’en est-il de cette notion entre soldats et journalistes ?

Colonel Cotard : Quand un journaliste pose une question pouvant avoir trait à un secret nous lui disons que nous ne pouvons pas répondre à la question, sans lui dire ouvertement « c’est un secret ». Et puis, il y a « secret » et « secret » : si vous me demandez, par exemple, quelle est la nature de l’uranium dans les missiles français, je ne vous répondrai jamais, car je ne sais pas !

Mais il y a aussi des questions dans le cadre d’opérations :

Un exemple : Bosnie, mars 1993 : il y avait des journalistes dans le bataillon où j’étais qui voulaient faire un reportage. Je savais que des hélicoptères français arrivaient le lendemain midi et se posaient sur le bataillon. Je n’ai rien dit. Pour des raisons de sécurité, car si non, on aurait pu anticiper ce qui se passait là-bas. En revanche, je leur ai demandé de rester jusqu’au lendemain midi. Je devais protéger le secret de l’opération mais j’ai tout de même aidé les journalistes à obtenir des informations en leur disant de rester.

5/ Est-il déjà arrivé que vous vous retrouviez devant les tribunaux pour ne pas avoir fourni certaines informations ?

Colonel Cotard : Non, ni en France ni en Allemagne. Il faut préciser une chose : quand nous donnons des informations, nous le faisons pour la bonne entente, et parce que nous considérons que c’est important, mais nous n’avons AUCUNE obligation de le faire. Nous disons ce que nous pouvons dire et pas plus.