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Modus Operandi


En librairie et en téléchargement

Un monde en paix du Général Jean Cot

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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Atelier participatif « Le conflit comme outil de transformation sociale ».

Du 7 au 12 octobre 2013, l’association grenobloise ENTROPIE a organisé la 3e édition de son festival VIVRE L’UTOPIE.

Modus operandi a été invité à y animer un atelier pour comprendre le rôle du conflit dans la construction de l’utopie. Ça s’est appelé « Le conflit comme outil de transformation sociale ».

Il s’agissait de porter un autre regard sur le conflit : de prendre conscience de ce qu’est le conflit et de ce qu’il permet : il peut offrir un espace d’action / un moyen d’action ;
Il ouvre un espace de remises en cause, propice au changement et nous avons parfois l’impression que cette opportunité est gâchée, notamment par des conceptions sécuritaires qui s’empressent de refermer cet espace qu’est le conflit, pour privilégier un retour au calme, à la normale.

Dans la forme, l’atelier a été un moment de travail de réflexion en groupe – un partage – un retour sur les productions de groupe – un apport conceptuel.

En plus d’être un phénomène normal de la vie des sociétés, le conflit est un phénomène utile, car en émergent, il révèle les injustices, telles qu’elles sont vécues. Il désigne ainsi les domaines dans lesquels le changement est nécessaire.

Ce qu’est le conflit, et ce qu’il n’est pas :

Notre vision du conflit est qu’il intervient comme une opportunité de changement, parfois extrêmement puissante ; par exemple de changement des schémas de domination.
L’Égypte comme la Syrie traversent des périodes violentes qui causent des morts et des destructions en nombre. Cette violence provoque notre colère face à l’injustice (des morts innocentes, l’impossibilité d’une existence normale etc.). Pourtant, ce conflit amènera à terme plus de justice et d’équité parce que les soubassements (structures) de la domination sont déstabilisées, ébranlées, et parce que le pouvoir en place est menacé, les réactions sont violentes. C’est déjà le signe de perte de pouvoir par les dominants. Mais comme ce processus peut s’avérer long, on n’est pas encore à l’étape d’un rééquilibrage et d’une stabilisation. Le conflit ouvre un espoir parce qu’il témoigne d’une activité (d’une opposition à un pouvoir établi), là où avant cette domination autocratique ne laissait nulle place à la contestation.

Pourtant il existe un risque majeur à ce type de discours : le risque de comprendre que – au lieu du conflit – nous disions que la violence a une utilité sociale. Conflit et violence sont bien deux phénomène distinct. Là où le conflit, au sens de confrontation d’intérêts incompatibles, peut porter une utilité sociale s’il exclut le recours à la violence, la violence peut annoncer soit une attitude de désespoir (face à un adversaire plus puissant), soit une stratégie de court terme parce qu’elle nourrira la riposte et le désir de vengeance, faisant ainsi entrer des sociétés dans des cycles de vengeance.

La paix ?

Cette approche des conflits constitue notre interprétation de la paix. A l’opposé d’un état idéal atteint une fois pour toutes, dans notre conception, la paix prend la forme d’un processus de travail permanent, un mode de relations humaines au quotidien, fondé sur des valeurs de dialogue et de recherche d’une position de meilleur équilibre. Dans une situation où un des acteurs du conflit refuserait cette ouverture, le rapport de force pour le contraindre à engager un dialogue, est un recours : c’est là que le conflit devient un outil de transformation sociale : confronter l’autre, le contraindre pour l’obliger à renégocier sa position dominante et opprimante.
La paix n’est pas l’affaire d’une élite de médiateurs ; c’est bien l’affaire de chaque citoyen.

Et la place du conflit dans la construction de l’utopie ?

Bien souvent, on se laisse aller à construire notre propre utopie, en partant de rien, d’une situation de vide autour de nous. On ne prévoit pas une petite place pour l’existant. On idéalise des relations – entre voisins par exemple - on imagine des communautés sans complètement réaliser qu’il existe déjà des groupes, des collectivités, des gens... On rêve à des villes construites dans un désert social.... Doit-on faire table rase pour pouvoir construire nos utopies ?

Les utopies construites au cours de cet atelier montrent également que le conflit est très présent, de façon latente, dans ces utopies :

  • les concurrences en termes d’espace sont nombreuses,
  • les attitudes d’ostracisme à l’égard des communautés existantes aussi,
  • les perceptions négatives de l’Autre sont renforcées : on construit donc nos utopies « contre » ?

Penser l’utopie est l’occasion de critiquer les normes en vigueur ; pourtant les utopies sont construites en énonçant de nouvelles normes, tout aussi excluantes que les précédentes... Un exemple : Pourquoi décider que la consommation est mauvaise ? Que dire aux gens « qui consomment » pour les convaincre d’arrêter de consommer (consommer autrement ou consommer moins en réalité) ? L’utopie cherche-t-elle à transformer les gens ? Comment ? Dans la contrainte ? Les personnes qui ne se sont pas transformées auront-elles une place dans l’utopie ? Laquelle ?

Penser des utopies a conduit à construire des « entre-soi », à chercher à se conforter entre nous, détenteurs des mêmes valeurs. A nouveau, quelle est la place de l’Autre dans l’utopie ? C’est par exemple ce qu’a démontré l’exemple d’utopies basées sur l’habitat communautaire qui finalement isole et protège des populations qui se ressemblent, sans aucune diversité sociale, culturelle etc.

Et pourtant, on a également pu entendre :

  • Le besoin de s’ouvrir au-delà de son microcosme ; le besoin de décloisonner, dans les cursus universitaires en particulier,mais aussi en général dans notre société.
  • Le besoin de préparer l’esprit critique.
  • Le besoin de conscience citoyenne.
  • Le besoin d’une capacité à collaborer.
  • Le besoin de se ré-emparer des modes de production et de consommation
  • Le besoin d’agir sur les rapports de domination