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Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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Fiche d’analyse Dossier :

, Grenoble, janvier 2018

Repenser le monde avec Césaire, Fanon et Glissant

Des propositions qui ont une visée décoloniale.

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Ali Babar Kenjah propose de repenser le monde avec Aimé Césaire, Frantz Fanon et Edouard Glissant. Une petite centaine de personnes ont pensé avec lui le lundi 22 janvier 2018 à partir de citations des maîtres penseurs, qui chacun pouvait commenter selon ses sensibilités. Cette soirée était organisée dans le cadre d’une soirée de l’Université populaire de la Villeneuve et son cycle « Que reste-t-il du passé colonial » (2017-2018). Son objectif est de poser la question de la pertinence du passé colonial pour comprendre le présent et d’imaginer notre futur.

Kenjah explique d’abord l’intérêt du cycle « que reste-t-il du passé colonial » de l’Université populaire de la Villeneuve et situe la France dans une phase décoloniale depuis 2015.

Le programme « Que reste-t-il du passé colonial ? » est important car, depuis 2015, nous sommes entrés dans la phase décoloniale. Une phase où un certain nombre d’analyses sur le fonctionnement de la société, de l’État et du capitalisme, vont puiser dans l’expérience coloniale. En France, en général, la dimension coloniale est perçue comme concernant des territoires lointains et une histoire passée. Le propre du moment décolonial c’est de réintégrer cette dimension historique et géographique au sein même de l’hexagone et de la société française. Plusieurs cheminements montrent que ce n’est ni pertinent ni efficace d’essayer d’analyser le racisme à travers les individus ou d’avoir une position morale sur le racisme. Ce qui est plus décisif, c’est d’essayer de déconstruire le fonctionnement social et systémique du racisme pour s’apercevoir qu’il va puiser dans l’histoire avec laquelle l’État français s’est constitué. Il est important de réintroduire cette histoire dans une compréhension de ce qu’est devenu l’État et où il va aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard si ce moment décolonial coïncide avec celui de l’islamophobie et d’un durcissement policier de la société.

Ensuite il présente les trois auteurs et son lien intellectuel et personnel avec chacun des trois.

Je suis martiniquais et j’ai été formé intellectuellement par trois hommes : Aimé Césaire, Frantz Fanon et Édouard Glissant. Ce n’est pas par chauvinisme ou par esprit de clocher qu’ils m’intéressent, c’est surtout parce qu’ils ont porté une analyse de l’histoire du point de vue des Caraïbes. On a vu lors du cycle qu’il y a eu des temps forts de l’histoire coloniale française, comme la guerre d’Algérie, mais je vis souvent une sorte de minoration de l’histoire des Antilles — parce que nous sommes des petites socié-tés, sur des petites îles lointaines, qu’on ne connaît pas bien, des îles « exotisées » —. D’autant plus que les Antillais ont souvent fait le choix de l’assimilation, c’est-à-dire de disparaître en tant que commu-nauté, et de revendiquer une intégration individuelle dans la société française en disant « Nous sommes français depuis 1848 et donc nous avons des droits d’individus. » Les Antillais ne se sont pas beaucoup manifestés en tant que communauté. Aussi bien à Marseille qu’à Grenoble, j’observe un déli-tement des organisations communautaires antillaises. Le laboratoire esclavagiste des Antilles est fon-damental pour comprendre la modernité et la manière dont l’État français s’est constitué. J’appelle cette expérience le « laboratoire de la modernité » car c’est le moment où la mondialisation se met en place et le capitalisme se lance dans sa phase « commerciale ».

Ces trois auteurs parlent d’une expérience historique et géographique : la mise en relation de trois continents, Europe, Afrique, Amérique, autour de l’Atlantique, qui permet l’élévation du système capi-taliste actuel. Des peuples sur ces trois continents vont être reliés, ainsi qu’en Asie, avec des Hindous, venus remplacer les esclaves après l’abolition de l’esclavage, des Chinois et une communauté syro-libanaise. C’est ce que Glissant appelle la créolisation du monde. On vient de partout et partout se sont constitués de nouveaux rapports culturels, linguistiques et techniques qui préfigurent la mondialisa-tion.

Les trois auteurs sont des Martiniquais, à peu près de la même génération. En Martinique, la Seconde guerre mondiale est une période très symbolique. L’île est isolée par un blocus parce que l’or de la Banque de France y a été placé pour être protégé des Allemands. L’armée de Vichy a envoyé une es-cadre, commandée par l’amiral Robert, qui impose un blocus à la Martinique pour défendre cet or. Comme les troupes sont collaboratrices, les Américains ont aussi envoyé une flotte pour encercler la flotte française. Il y a donc un double blocus de la Martinique qui ne produit rien par elle-même et qui importe tous ses produits de consommation.

La séance a consisté en une lecture en petits comités de huit textes, au total, de Césaire, Fanon et Glissant. Une restitution commune a fait suite.

La présentation et le débat autour des textes de Aimé Césaire

La présentation et le débat autour des textes de Frantz Fanon

La présentation et le débat autour des textes de Edouard Glissant

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