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Richard PETRIS, febrero 1996

La conversion des industries d’armement

Toutes les grandes puissances de la planète procèdent à une réduction de leurs efforts militaires. Mais le désarmement ne va pas sans poser des problèmes économiques : chômage, sous-emploi du capital, perte de ressources pour les collectivités locales… Pourtant, des expériences existent. Les industries développent des stratégies diverses, soit en poursuivant leur activité dans le secteur militaire (développement des exportations d’armes, spécialisation vers des armements moins menacés)soit en restructurant (réduction des effectifs, fermetures d’usines)soit encore en se reconvertissant. Dans ce dernier registre, on observe des efforts de développement de technologies génériques susceptibles d’intéresser à la fois le civil et le militaire, des efforts de diversification et des efforts de conversion d’activités vers le secteur civil.

Le chemin de la conversion est semé d’embûches. Il y a d’abord les difficultés technico-économiques. Les industries d’armement connaissent mal les conditions de fonctionnement des marchés et les attentes de clients multiples. Souvent habituées à bénéficier d’aides publiques et de marchés nationaux protégés, elles ont des difficultés à améliorer leur compétitivité. Il y a également des difficultés sociales. Le personnel le plus qualifié est souvent plus spécialisé et difficile à reconvertir. En outre, habitués à se considérer comme à la pointe de la technologie, les employés jugent souvent peu qualifiante la technologie civile. La récession économique rend peu crédibles les projets de diversification et les syndicats doutent de la pertinence de l’arrivée de nouveaux venus qui vont concurrencer les entreprises déjà en place. Il y a enfin les difficultés politiques et électorales. Les coûts de la conversion sont substantiels pour l’Etat, les entreprises et les collectivités territoriales. S’y engager suppose que les pouvoirs publics jugent que le désarmement est une tendance durable. La coût de la conversion pose aussi une question de principe : faut-il faire supporter à la collectivité le coût des pertes, alors que des profits importants ont été privatisés ? L’Etat doit cependant mettre sur pied une véritable stratégie pour la conversion. Cela est de sa responsabilité, puisque c’est par la volonté politique que s’est développée l’industrie d’armement.

On peut penser que le désarmement est une bonne affaire économique pour la société à long terme, mais il suppose un coût supplémentaire à court terme : chômage et dépenses. Les coupes opérées dans les budgets militaires devraient viser à les financer en partie plutôt qu’à réduire le déficit public.

Le désarmement ne doit pas viser à réduire le volume des efforts de guerre pour le compenser par une plus grande efficacité de l’armement ou par un développement du commerce international des armes. Il faut mettre au point des comités d’éthique, à l’image de l’OTA (Office of technology assessment)aux Etats-Unis. Une volonté politique ferme doit donc se manifester. Il peut être nécessaire de créer des « observatoires » locaux de la conversion, afin d’amener les autorités à s’investir au niveau local.

En plus d’être gestionnaire, la conversion doit être visionnaire. Quinze millions de personnes dans le monde travaillent directement à la production d’armement et trois à quatre millions d’emplois pourraient disparaitre d’ici 1998. Il faut mettre en place une politique de grands travaux et de grands projets. Dans le domaine du trafic routier, de la communication, de l’énergie ou de l’environnement existent de larges possibilités. De nouvelles missions peuvent ainsi être définies pour les forces armées et non plus seulement pour les industries d’armement : police internationale et prévention de conflits, action humanitaire, sécurité face aux risques environnementaux, etc. De nouveaux Plans Marshall sont à imaginer.

Parallèlement, il ne faut pas négliger l’importance d’un changement des mentalités qui permettra de mobiliser les énergies vers la construction de scénarios de paix.

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