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En librairie

Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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, Bruxelles, février 2005

Colombie : processus d’intégration régionale et interethnique, organisation et structuration des mouvements de paix

Pour être plus efficace, les dynamiques locales de paix cherchent à se coordonner, à s’organiser et à s’ouvrir à d’autres acteurs concernés par le conflit mais moins engagés.

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Contexte

La Colombie vit de multiples conflits : violence politique ancrée dans une rivalité exacerbée entre libéraux et conservateurs dans les années 50 qui voit aujourd’hui s’affronter guérillas marxistes et milice paramilitaire, violence du trafic de drogues où apparaissent les Sicarios, bandes de jeunes tueurs au service des trafiquants, violence mêlée qui combine les acteurs précédents aux forces de l’Etat, aux grands propriétaires fonciers…

Dans ce contexte, les populations du Choco, région riche en ressources naturelles située au Nord Ouest de la Colombie, ont été déplacées laissant la place aux combats entre guérilla, armée et paramilitaires. En 1997, certaines communautés déplacées s’organisèrent autour du concept « communautés de paix » pour favoriser le retour des paysans sur leurs terres.

L’engagement des membres des communautés de paix

Les membres et la collectivité s’engagent à ne pas participer à la guerre que ce soit de manière directe ou indirecte, à ne pas porter d’armes, à ne pas manipuler ou apporter d’information à aucune des parties en conflit, à rechercher une solution pacifique et dialoguée au conflit.

En contre partie de cet engagement, ils demandent aux acteurs armées de ne pas impliquer la population civile paysanne dans la guerre (par le biais de la propagande ou du recrutement) ni de s’approvisionner auprès d’eux.

Mais ces choix sont durs à tenir ; la violence du conflit et les menaces pèsent sur les leaders communautaires dont plusieurs ont été assassinés. Certaines communautés sont accusées de collusion avec la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) et les exactions commises par l’armée ou les paramilitaires contre leurs membres restent impunies.

L’organisation régionale des communautés

Face à cette situation, et parce qu’à la violence militaire s’ajoute la violence sociale, les communautés de paix s’organisent en coordination régionale ethnico-territoriale. Ainsi l’ASCOBA, l’Association des Conseils Communautaires et Organisations du Bas Atrato, regroupe à la fois les communautés de paix et les autres communautés de la région, restées sur place pendant le conflit. Elle repose sur les Conseils communautaires qui, reconnus par l’Etat, administrent les communautés noires sur leurs territoires collectifs. Rassemblant 15 000 personnes, elle a pour but d’aider au retour des communautés qui n’ont pas encore retrouvées leur territoire, de promouvoir les cultures traditionnelles, de favoriser l’éducation, la santé, la communication, de renforcer la gestion et la conservation des ressources naturelles et d’aider à la mise en place de projets économiques.

Elle est organisée en différents comités pour aborder les questions qui concernent plus particulièrement les jeunes, les femmes, le respect des droits humains, la santé, la culture…

Elle doit faire face aux manipulations politiques qui cherchent à contrôler les communautés et aux enjeux économiques visant le contrôle des ressources.

A cette structuration régionale s’ajoutent des rencontres interethniques entre les communautés afro-colombiennes et indigènes en vue de la création d’une organisation interethnique ; organisation tout aussi nécessaire, les communautés indigènes étant souvent plus vulnérables

Commentaire

L’action à la base des communautés peut se trouver renforcer par une organisation intercommunautaire à condition que celle-ci reste à l’écoute des préoccupations à la base, à condition aussi que les communautés n’attendent pas tout d’elle. Organisme relais, organisme porte parole, il permet la communication entre les communautés et trouver des réponses à des conflits. Il est aussi plus efficace comme interlocuteur vis à vis des autorités pour obtenir le respect de leur droits et devrait tendre à coordonner les appuis extérieurs des ONG.

Notes

  • Source : Comité de solidarité avec les communautés du Bas Atrato en Colombie, Delphine Astier, Ecole de la paix, 7 rue très cloîtres F-38000 Grenoble (www.ecoledelapaix.org)