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Modus Operandi


En librairie

Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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Paris, septembre 2008

Les défis de l’action sur le terrain : des ateliers de « jeux pour la coopération »

Les difficultés rencontrées par une volontaire d’Equipes de paix dans les Balkans dans la mise en place de formations à la technique des jeux coopératifs.

Mots clefs : Intervention civile de paix | Travailler la compréhension des conflits | Espaces de partage et de transfert d’expériences pour la paix | Conflit yougoslave | Guerre du Kosovo | Equipes de Paix dans les Balkans | Les Balkans | Kosovo

La première et peut-être principale difficulté relevée au cours de ma mission est celle de la langue utilisée.

Il ne m’était pas possible d’apprendre rapidement et suffisamment bien deux langues aussi différentes que le serbe et l’albanais. La langue de travail était donc l’anglais (internationalisé !), évidemment pas parlé par l’ensemble de la population du Kosovo, ce qui limite de fait les échanges. Difficile en effet de pouvoir parler facilement et directement avec toute personne rencontrée.

Handicap réel que j’ai pu mesurer dès que j’ai commencé à m’exprimer à peu près correctement dans l’une des deux langues : j’ai pu constater à quel point de nombreuses personnes étaient avides de pouvoir parler avec nous, simplement, et surtout en confiance, de leur vie et de leurs souffrances. Ces personnes n’étant souvent pas engagées dans une action ni même une réflexion de reconstruction de dialogue, cette présence attentive auprès d’elles est d’autant plus utile.

La deuxième difficulté importante, est l’énergie et l’attention constantes, nécessaires au bon déroulement de ce type de mission.

En effet, vivant et travaillant dans le même lieu, dans un contexte conflictuel, nous devons en permanence rester attentifs et vigilants - non seulement à nos actes, mais aussi à nos paroles, et bien sûr au langage utilisé. Même si nous ne sommes pas directement menacés, nous devons sans cesse veiller à ne pas nous mettre en danger, et surtout à ne pas mettre en danger les personnes avec lesquelles nous travaillons. D’autant plus que « tout peut arriver à tout moment ».

Cette tension et cette vigilance permanentes sont épuisantes. Pour s’en détacher et reprendre un peu d’énergie, il faudrait pouvoir quitter le Kosovo pour aller dans un lieu plus apaisant, régulièrement et pour plusieurs heures ou jours.

Enfin, une autre difficulté est la contrainte, évidente intellectuellement mais malaisée à vivre quotidiennement, de l’adaptation à la culture et aux particularités locales.

Deux exemples issus de mon expérience kosovare :

  • Être originaire d’un pays pacifié et démocratique et avoir pour interlocuteurs des personnes qui, après avoir connu près de 40 ans de totalitarisme, commencent doucement à prendre la liberté de réfléchir et d’agir par elles-mêmes ;

  • Être issue d’un pays occidental où tout est planifié, où le temps semble toujours trop court, et devoir s’accorder avec un fonctionnement où le présent semble plus concret que le futur.

En somme, quelles que soient les difficultés de mise en œuvre, l’Intervention Civile de Paix se révèle utile et indispensable pour favoriser l’apaisement des tensions et la reconstruction d’une paix digne après un conflit armé, en encourageant et en accompagnant les victimes de violences, les témoins, et aussi les initiateurs, à s’exprimer et à reprendre le dialogue.

Notre travail n’est donc pas terminé. Il demande à être continué et développé.

Et imaginons alors, comme ce soldat en poste de contrôle sur « Le » pont, qui s’exclame en voyant passer une voiture portant l’inscription « Association for Peace » : « Association pour la Paix, mon c… ! Le jour où il y aura plein d’organisations comme celle-là, moi je n’ai plus de boulot ! » …

Bénédicte Rivet Volontaire ICP pour EPB.