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Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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, Paris, février 2009

La Chine et la Russie entre convergences et méfiance

Depuis la fin de la guerre froide, les relations entre la Chine et la Russie sont marquées par une renaissance sans précédent. Cet essor ne cesse de s’accélérer tant sur le plan politique que dans les domaines économique, militaire et énergétique. Devons-nous avoir peur de ce partenariat ? Y a-t-il un risque pour la paix et la sécurité mondiale ? La montée en puissance de la Chine et de la Russie ainsi que leur désir de peser dans les affaires mondiales est-il un présage de nouvelles tensions ?

Mots clefs : | | | | | | | |

Réf. : Jean-Pierre CABESTAN, Sébastien COLIN, Isabelle FACON, Michael MEIDAN, « La Chine et la Russie entre convergences et méfiance », éditions UNICOMM, 2008, Paris.

Langues : français

Type de document : 

Cet ouvrage poursuit un double objectif : d’abord recenser les indices de rapprochement entre la Russie et la Chine ainsi que ses limites ; d’autre part il a pour but d’évaluer les conséquences de ce rapprochement pour les Etats-Unis, l’Union européenne et la communauté internationale.

Partie I : Les relations bilatérales

Les indices d’approfondissement des relations politiques entre ces deux pays sont multiples. Une approche commune se dessine sur les questions de souveraineté (par exemple par rapport à la Tchétchénie et à Taïwan), sur les problèmes des droits de l’homme (la volonté commune d’affirmer le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures) et de la politique plus au moins coordonnée en Asie centrale.

Les facteurs stratégiques sont également centraux, notamment dans la volonté d’affirmer l’existence d’un monde multipolaire dans lequel « l’hyperpuissance » américaine serait rééquilibrée par d’autres puissances. Cette convergence stratégique influence de fait les politiques chinoise et russe sur les grands dossiers internationaux comme la question nucléaire nord-coréenne et iranienne, la crise au Moyen-Orient et en Afrique, la défense antimissile en Europe et en Asie, la crise du Kosovo.

C’est dans cette perspective que les auteurs analysent, dans cette première partie, la coopération militaire sino-russe.

Quant aux relations économiques, bien que secondaires par rapport au commerce qu’ils entretiennent respectivement avec les Etats-Unis et l’UE, elles se sont rapidement développées, stimulées notamment par une augmentation rapide des achats chinois de produits énergétiques russes.

Moscou entend-il jouer la carte énergétique avec Pékin de la même manière qu’avec les capitales européennes, comme un levier politique ?

Partie II : L’environnement commun

Les révolutions de couleur ont contribué à mettre en relief la communauté d’intérêt entre Moscou et Pékin. Après l’effondrement de l’URSS, la Chine s’est inquiétée de voir les nouvelles républiques centrasiatiques nouer des liens avec l’OTAN, y voyant un risque d’extension de l’influence des Etats-Unis. Pour la Chine, il s’agit d’une véritable offensive des forces externes afin de contrôler la sécurité régionale. Il s’agit également un danger idéologique, lié à l’objectif américain de favoriser les changements de régime. Après les attentats du 11 septembre, pour nombreux analystes chinois, les Etats-Unis ont cherché à obtenir une supériorité stratégique en Asie centrale au moyen d’une pénétration militaire et idéologique.

Les « révolutions de couleur » qui se sont produites en Géorgie, en Ukraine et au Kighizstan, seraient le résultat d’une tentative de déstabilisation servant l’objectif des Etats-Unis de renforcer leur zone d’influence.

À partir de 2005, Moscou et Pékin se sont efforcés de réduire leurs divergences afin de mieux faire front commun contre « l’unilatéralisme américain ». Avec la création de l’OCS (l’Organisation de Coopération de Shangai) en 1996, Russes et Chinois ont voulu construire avec une organisation capable de stigmatiser la domination des Etats-Unis des relations internationales.

La construction du soi-disant « triangle Russie-Chine-Inde » est particulièrement intéressante. Les attentas du 11 septembre ont donné une impulsion importante à cette idée. Ainsi, la lutte contre le terrorisme constitue aujourd’hui le « ciment » du triangle. La Russie partage avec l’Inde et la Chine la préoccupation quant aux risques attachés aux groupes islamistes sur leur territoire et dans leur voisinage immédiat.

Partie III : Les grandes questions internationales

Le désarmement et le contrôle des armes de destruction massive.

Sur le principe, la Russie et la Chine sont toutes deux favorables à la poursuite du désarmement nucléaire. Seule crainte à terme, la possibilité que la Chine revendique d’être reconnue comme « superpuissance » en raison de son arsenal stratégique.

La défense antimissile en Europe et en Asie.

La coopération dans ce domaine est rendue explicite par le soutien de la Russie à la Chine par rapport à son inquiétude concernant la coopération nippo-américaine sur l’installation de systèmes antimissile en Asie. La même convergence de vue entre les deux pays a été affirmée dans la crainte pour la Russie concernant le déploiement de défenses antimissile américaines en Europe.

Le dossiers iranien et nord-coréen.

La Chine et la Russie partagent les mêmes soucis sur l’évolution de la situation militaire, politique et économique de la Corée du nord, notamment en affichant un opposition ferme à une nucléarisation de la péninsule coréenne. La coopération sino-russe-iranienne s’articule autour de l’énergie sous toutes ses formes : les hydrocarbures mais aussi l’énergie nucléaire. La rhétorique chinoise sur le dossier nucléaire est proche de la rhétorique russe : opposition aux sanctions et au recours à des moyens militaires et préférence à la voie des négociations.

Le Kosovo.

La Chine et la Russie se soutiennent mutuellement sur les enjeux du séparatisme. La Russie considère que l’ordre international serait menacé pour ce qui concerne l’inviolabilité des frontières des Etats. Dans le cas du Kosovo, le respect de l’intégrité territoriale des Etats et de leur souveraineté contre les séparatismes est mis en cause.

Partie IV : L’impact des relations sino-russes sur les Etats-Unis et l’UE

Depuis la fin des années 1990 les Etats-Unis et l’UE ont constaté le rapprochement sino-russe et ont intégré cette nouvelle donnée dans leur politique respective. Dans cette dernière partie de l’ouvrage, les auteurs analysent les visions américaines et européennes des changements les plus récents intervenus dans les relations sino-russes.

C’est le 11 septembre 2001 qu’a incité les Etats-Unis à réévaluer la relation sino-russe et son impact sur les intérêts stratégiques américains. La modernisation militaire de la Chine est un facteur potentiellement déstabilisateur, tandis que les inquiétudes européennes se concentrent plutôt sur le volet énergétique.

Conclusion

Les auteurs concluent leur ouvrage, entre autre, avec un motif d’optimisme : la concurrence-coopération économique entre la Chine et l’Inde favorisant la création de la notion de « Chindia ». L’Inde peut jouer un rôle central pour une évolution pacifique de la montée en puissance de colosses russe et chinois.

Commentaire

Le retour de la Russie sur la scène internationale présente de véritables enjeux. L’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000 a inauguré une reprise en main autoritaire de la politique ainsi que des ambitions de puissance à l’égard des grands dossiers internationaux. En sont la preuve les tensions croissantes avec les Etats-Unis et l’Europe. La Chine de son côté, à la différence de la Russie, n’est ouvertement en confrontation avec aucun pays occidental. Mais il est évident que la Chine aspire à retrouver la grandeur et la puissance du passé. De plus, l’intensité des relations commerciales entre la Chine et des Etats corrompus, voire criminels, entre en confrontation directe avec les efforts de la communauté internationale en faveur de la gouvernance et pour le respect des droits de l’homme.

Ces deux grand Etats emprunteront-ils la voie de la paix, du développement et de la coopération ou celle de la confrontation idéologique et du conflit ? La stabilité et la paix de la planète dépendent désormais aussi de ce choix.