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, Paris, septembre 2006

Les relations entre Israël et les Etats-Unis

Israël-Etats-Unis:une relation historique atypique.

Mots clefs : Gouvernement des Etats-Unis | Gouvernement israélien | Etats-Unis | Israël

Israël et les Etats-Unis

Avant-propos:

Dans cette fiche le terme « juif » est utilisé dans le sens américain du terme et fait référence à la diaspora.En effet,un terme comme le « lobby juif » n’est pas à prendre dans une interprétation anti-sémite mais comme un terme courant et officiel aux Etats-Unis sans apprioris et en conformité avec le fonctionnement politique américain.Cet article s’efforce d’expliquer la dimension des relations entre Israël et les Etats-Unis,à travers trois prismes couramment utilisé dans les sources aussi sérieuses que « Washington et le Monde » de P.Hassner et J.Vaisse,des articles du Washington Post,ou encore de « la Politique Américaine au Moyen-Orient » de Barah Mikail.

« La sécurité de l’Etat d’Israël est l’une des priorités de la politique étrangère américaine,priorité qui rentre en conflit,parfois,avec d’autres éléments de la politique américaine Moyen-Orientale(…)Nul doute que le débat américain soit bien plus « pro-américain » et le débat européen plus « pro-palestinien ».Cette difference s’explique traditionnellement,côté américain,à la fois par une sensibilité historique,religieuse et politique au destin d’Israël(…) et par l’influence politique acquise par les Juifs américains…",« Washington et le Monde"M.Vaisse et P.Hassner,p144,CERI,Sc Po.

Introduction

Les Etats-Unis ont commencé à s’intéresser au Moyen-Orient durant l’entre deux guerres, découvrant l’importance stratégique de cette région riche en gisements de pétrole. Le 14 février 1945, le pacte de Quincy est signé entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis permettant à la première de se voir assurer la sécurité et aux deuxièmes un accès au pétrole du royaume pendant 60 ans.

C’est le point de départ de la politique américaine des alliances au Moyen-Orient, mais très vite les Américains se voient dans l’obligation de concilier des bonnes relations avec le monde arabe et une alliance avec Israël. Nous essaierons de comprendre comment et pourquoi les Américains ont fait de leur relation avec Israël une relation de soutien sans limites influençant directement leur politique dans la région.

Dans une première partie, nous verrons qu’il existe une dimension morale à cette relation, puis dans une deuxième partie nous aborderons la dimension de politique nationale et pour finir de stratégie régionale.

I. Un attachement moral et spirituel

Les aspects stratégiques ne sont pas suffisants pour comprendre la puissance relationnelle entre les deux pays, plusieurs aspects tenant à la morale et au spirituel doivent être pris en compte.

Tout d’abord, les Américains sont un peuple hautement religieux et cette dimension constitue de façon certaine l’une des clefs utiles pour parvenir à comprendre la relation qui lie les deux pays. Le retour prophétisé du peuple hébreu sur la Terre Sainte est présent dans l’inconscient collectif.

De plus, l’histoire de la construction d’Israël interpelle les Américains sur leur identité commune qui est l’histoire de l’enracinement d’un peuple issu de plusieurs pays distincts sur un territoire nouveau (1).

A une autre échelle, la conscience de la Shoah est de plus en plus marquée et traverse les générations par un intérêt grandissant pour les musées de l’Holocauste, alimenté par des films hollywoodiens et la littérature.

Israël est aujourd’hui perçu par les Américains tantôt comme une démocratie pluraliste pacifiée tantôt comme un petit pays fort et déterminé au sein d’un Moyen-Orient chaotique.

De nos jours, l’engagement du Président Bush envers la sécurité israélienne est intense. Son attachement repose sur la croyance qu’Israël est un partenaire indispensable, tout en se basant sur une lecture personnelle de l’histoire biblique et de l’eschatologie protestante, ainsi que sur des raisons de politique interne. Ces préoccupations rassemblent la vision démocrate et républicaine du problème. En effet, depuis la création d’Israël en 1948, les administrations démocrates ont pour caractéristique de favoriser ce pays pour des raisons d’identification à la démocratie israélienne, mais aussi pour le penchant politique d’Israël vers le socialisme ainsi que la sympathie pour les rescapés de l’Holocauste.

II. Des intérêts de politique nationale

Les Américains juifs (6 millions) sont deux fois plus nombreux que les Américains d’origine arabe. En 2000, ils représentaient 15 % de l’électorat démocrate (2). Cependant ces dernières années les républicains par leur politique de soutien systématique à Israël les ont rattrapés.

Ce n’est pas le nombre de juifs aux Etats-Unis qui fait leur importance, mais surtout l’implcation extrêmement importante d’une fraction de la population dans la défense de la survie d’Israël. Les Etats-Unis accordent, dans leur prise de décison, une place importante aux lobbys. Les principales organisations du Lobby juif - telles que le Comité aux Affaires Publiques Américano-Israélienne (AIPAC) et la Conférence des Présidents des principales Organisations Juives, mais aussi des think tanks à l’image du Washington Institute for Near-East Policy - disposent de moyens importants et sont très influents dans le monde de la politique étrangère.

Mais la communauté juive américaine ne soutient pas automatiquement la politique d’Israël, surtout lors des périodes de relative stabilité du Moyen-Orient. De nombreux juifs étaient opposés par exemple à l’image de violence qui s’est dégagée durant les violences au Liban en 1982 ou l’Intifada de 1987 à 1990. Cette opposition change cependant quand débute une spirale de la violence mettant en péril la sécurité de l’Etat hébreu.

III. Une stratégie régionale

Le soutien militaire des Etats-Unis à Israël a commencé dans les années 60. Il a atteint son paroxysme avec les faucons de l’administration Bush.

Le 19 Octobre 1962, Mike Feldman, conseiller à la Maison-Blanche de J. F Kennedy et lien infatigable entre le pouvoir américain, se rend à Tel-Aviv et annonce à David Ben-Gourion et Golda Meir que « le Président a décidé d’autoriser la vente de missiles Hawk à Israël ». Depuis la crise de Suez de 1956, Eisenhower avait décrété un embargo sur les armements vers Israël. Cependant la levée de l’embargo par Kennedy ne sera que partielle. En réalité le Président américain à travers deux lettres à Ben-Gourion, le 18 Mai et le 15 Juin 1963, l’avertit que cette livraison de missiles ne doit en aucun cas servir à empêcher les attaques du site nucléaire de Dimona. Se rendant compte que la réalité est différente, Kennedy menace Israël. Mais il est assassiné le 22 Novembre 1963 et remplacé par Lyndon B. Johnson. Ce dernier décide de reprendre la vente d’un grand nombre de blindés et d’avions de combats avant la « Guerre des 6 Jours », procurant à Israël un net avantage sur ses voisins. Johnson est le père de l’alliance militaire américano-israélienne : une industrie moderne et lucrative dont l’économie américaine tire profit. Les relations entre les Etats-Unis et Israël n’ont alors plus d’obstacles et se développent.

Par la suite, Henry Kissinger a fondé la relation d’amitié qui existe encore aujourd’hui entre les deux pays. En 1970, la Jordanie est en proie à une révolte de Palestiniens soutenus par la Syrie qui pénètre dans le pays. Le roi Hussein de Jordanie demande une aide aux Américains et Kissinger confie la mission à Israël. Les Syriens sont repoussés et les Palestiniens massacrés : c’est le « Septembre noir ». De manière pragmatique, Kissinger a mis au point une nouvelle relation stratégique entre les Etats-Unis et Israël. Pour lui, Israël doit être plus puissante à elle seule que toute alliance d’Etats arabes, les prétentions des Arabes sur les territoires perdus en 1967 sont « irréalistes », et l’OLP n’est pas un intermédiaire pour négocier. Les évènements qui suivront, notamment l’invasion du Liban par Sharon en 1982, découlent de cette politique toujours d’actualité. En 1971, après la crise jordanienne, Israël recevra 545 millions de dollars d’aide américaine. Les Etats-Unis garantissent donc ouvertement à Israël un avantage sur ses ennemis dans la région grâce à ses subventions dans le domaine de l’économie et de la défense.

Aujourd’hui à Washington, l’administration Bush fils est incontestablement plus pro-israélienne que n’importe quelle administration depuis des décennies. Après le 11 Septembre 2001, les Etats-Unis et Israël se sont mutuellement identifiés l’un à l’autre dans un contexte de guerre contre le terrorisme et d’attentats suicides.

Les deux pays mènent actuellement la même politique de guerre préventive de manière unilatérale. Les événements qui ont eu récemment lieu au Liban ont prouvé une fois de plus le soutien dans un premier temps de l’administration Bush à Israël en dépit de la violation de la souveraineté du Liban à l’instar de l’Irak en 2003 par les Américains. Les Etats-Unis, en accordant un soutien inconditionnel à Israël, rendent un équilibre naturel difficile à trouver entre Israéliens et Palestiniens. Mais si l’Amérique cessait tout soutien, Israël serait aussitôt attaquée par les pays voisins. La pression américaine pour une paix négociée est la seule solution pour remédier au danger qui pèse sur Israël, d’autant plus qu’une fois le conflit réglé les Etats-Unis seraient affranchis de leur lien inextricable. Aujourd’hui, Israël coûte financièrement et stratégiquement cher aux Etats-Unis et du côté israélien pour certains la relation est devenue un obstacle à la résolution du conflit israelo-palestinien.

Notes

  • (1) : Abraham Ben-Zvi, « The United States and Israël:the limits of the special relationship, Columbia University Press,1993, p. 1 à 28.

  • (2) : Que-Sais-Je?n°3714, « La politique étrangère américaine ».