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, Johannesburg, Mai 2007

Afrique du sud, le travail des jeunes pour la construction de la paix depuis la transition de l’apartheid à légalité des droits des populations

Du travail avec la jeunesse à la construction d’une culture de l’échange et du métissage.

Exposicion

Lorsque l’on parle de démocratie, il faut savoir de quelle démocratie il s’agit et à qui elle appartient ? En d’autres termes, il convient de donner un sens à la démocratie, de voir comment les gens la perçoivent.

Les questions de la politique économique, de l’injustice sociale et de l’éradication de la pauvreté ont constitué les éléments les plus marquants de ces dernières années.

La situation de l’Afrique du Sud est similaire à celle à laquelle font face beaucoup de pays d’Afrique :

  • Enormément de corruption parmi la classe politique.

  • Manipulation des masses au profit de certains individus.

  • Un pouvoir civil souvent biaisé (car largement convoité par la sphère politique).

La question de la consultation des communautés est une question également pertinente qui n’est malheureusement pas à l’ordre du jour. Le plus souvent des décisions sont prises, et après seulement les populations en sont informées, entraînant des réactions de violences a posteriori.

L’ancien gouvernement a déployé des politiques oppressives, instauré la manipulation du pouvoir et développé une économie individualiste. Les membres du gouvernement ont également mis en place certaines politiques appelées « actions affirmatives », survenues juste après que le pouvoir ait été transféré, comme moyen de niveler les inégalités. Mais la communauté blanche a considéré ce type d’actions comme une politique de discrimination.

Nous avons également eu le BEE : une économie qui donne pas mal de pouvoir aux noirs, pour augmenter leur niveau économique.

La jeunesse de 46 a lutté pour le changement (N. Mandela et d’autres). Aujourd’hui les jeunes ont un rôle capital à jouer dans ce processus. Avec le processus démocratique mis en place, beaucoup d’opportunités émergent, notamment au niveau de la participation économique et politique des jeunes et l’engagement de ces derniers en politique est plus important qu’auparavant. Mais les jeunes manquent de connaissances en la matière et bien souvent ignorent la façon de revendiquer ce qui leur revient de droit. Par ailleurs, des injustices persistent au niveau de la santé : les jeunes ont l’impression de ne pas être associés aux décisions dans ce domaine. Beaucoup de conflits existent aussi par rapport à la politique de développement.

Ce que nous avons réalisé concernant le processus de transition est qu’il existe énormément de divisions parmi les jeunes. Des divisions pouvant être attribuées aux crimes, eux-mêmes associés à beaucoup de violences. Celles-ci découlent en réalité du système de l’apartheid, car nombreux sont ceux qui ont pris l’habitude de résoudre les problèmes en organisant des manifestations et des protestations dans la rue, avec une tendance à la violence et au vandalisme. Or ce concept n’a pas encore disparu. Et la plupart des gens croient toujours que la violence est le mode de comportement adéquat pour la protestation.

Le crime est aussi une question de « couleur » : il y a des jeunes noirs qui ont encore un sentiment de haine par rapport à ce que le Gouvernement blanc leur a imposé autrefois. Il arrive aussi que des blancs commettent des crimes dans des zones noires. Ces crimes sont notamment liés à la situation économique du pays et cela bloque beaucoup de changements qui devraient intervenir au niveau de la population. La Commission Vérité et Réconciliation a donné une plate-forme de discussions aux gens mais elle n’a pas prévu de suivi. Encore aujourd’hui un fermier blanc peut tuer un noir en sachant qu’il pourra payer une caution pour sa liberté.

Ainsi, les problèmes non résolus dans le passé se ressentent dans le présent et ont indéniablement des conséquences sur le futur. Les jeunes veulent une politique de développement mais le passé la rend difficile : il y a près de 8 ou 9 ethnies en Afrique du Sud et entre elles, énormément de divisions datant de l’apartheid, de dimensions différentes que le pouvoir politique exploite en sa faveur en appliquant la devise du « Diviser pour mieux régner ». Or je crois que la paix consiste, avant tout, à savoir gérer le conflit social.

Debates

Lungile :

La transition en Afrique du sud a échoué car on a mis à la tête du pouvoir quelqu’un qui n’est pas qualifié. Il est dommage que les divisions ethniques ne soient pas prises davantage au sérieux car le niveau de criminalité est en hausse. A Johannesburg la situation s’est considérablement détériorée. Il y a des questions que le Gouvernement devrait considérer plus activement. Il existe également d’importants problèmes de corruption : un gouvernement élitiste qui bénéficie largement de l’économie et cette situation déplaît beaucoup aux jeunes.

Simon :

Même dans le cas du leadership les différences ethniques ont joué un rôle déterminant. Par exemple, l’un des vices présidents qui était d’une autre tribu a été accusé de corruption. Cette accusation a entraîné la mobilisation de différentes ethnies qui défendaient chacune leur camp, affectant la relation même des partis politiques. Le pouvoir politique est devenu une question très difficile et un défi de premier ordre.

Henri :

Deux questions :

  • 1/ Je suis très étonné de constater l’importance que l’on donne ici à l’ethnie. Le fait de classer les gens selon des critères ethniques ou en fonction de la couleur de la peau, ne constitue-t-il pas un facteur qui favorise la construction de l’autre en tant qu’être différent, voire en tant qu’ennemi ?

  • 2/ On parle beaucoup de Johannesburg comme étant une ville de grande criminalité, et on fait souvent le lien avec la pauvreté : il me semble qu’on élude le fait que la criminalité ici n’est ni une question d’ « ethnie », ni une question de « classe sociale » : si on veut utiliser ce critère de classes, il faut souligner que la criminalité existe aussi parmi les classes moyennes ainsi que parmi les classes aisées, il s’agit d’un autre type de criminalité mais il est important de constater de quelle manière on prétend associer pauvreté et criminalité. Or la majorité des pauvres n’est ni voleuse, ni criminelle. En d’autres termes, n’est-on pas en train de dire à des millions de personnes : « On fait de vous des pauvres et en plus on vous criminalise ». Je crois que ça, c’est un crime.

Simon :

  • 1/ Quand les gens réalisent qu’ils sont différents des autres, ils ont tendance à laisser perdurer la situation telle quelle, sans chercher les moyens de la résoudre. Et si on y ajoute des comportements d’intolérance la situation empire : les gens luttent alors entre eux et détournent cette lutte du vrai sens qu’elle devrait avoir. Pour les membres du Gouvernement il était important que cette situation perdure : il s’agissait en fait de cultiver la haine des différences afin d’exploiter celles-ci. L’idée était qu’ils ne trouvent pas de vision commune et oublient qu’ils avaient un ennemi commun… Aujourd’hui nous en sommes toujours au même point.

  • 2/ Il existe différents niveaux de crimes : au niveau des pauvres, de la classe moyenne, et même des riches. Concernant les pauvres, les statistiques ne sont pas claires, la tendance semble toutefois révéler que les plus pauvres ne sont pas les plus impliqués dans les crimes ; mais ils sont souvent utilisés, voire manipulés par la classe moyenne et la classe riche qui projettent la criminalité sur leur classe. Les pauvres n’essaient pas forcément de remédier à cette situation car la pauvreté a bien souvent un impact unificateur permettant de trouver des solutions. Mais lorsque nous parlons de « meurtres » : il faut savoir qu’ils sont bien souvent perpétrés par ceux qui ont le pouvoir économique.

Claske :

En Afrique du sud quelque chose m’a frappée au moment des élections : les gens votent en fonction de leur ethnie.

Simon :

S’agissant de la 1ère élection, beaucoup de personnes étaient pour un parti uni malgré leur ethnie. Je crois que ce qui fait que les gens sont unis est le projet de société qui leur est proposé. Au niveau de l’ethnicité, la question se pose de savoir « comment gérer un passé qui s’est imprégné en nous ? » C’est pour cette raison que nous avons le sentiment que les jeunes ont, plus que jamais, un rôle à jouer afin de donner un sens à la démocratie et construire l’image de la citoyenneté. Le défi est de considérer l’Afrique du sud comme une seule et même entité pour trouver des solutions communes à tous plutôt que de se concentrer sur les différences.

Notas

Importance du rôle des jeunes pour l’avenir de la société. Problème de corruption politique. Divisions importantes fondées sur l’appartenance ethnique. Exploitation de ces divisions par la pouvoir en place (Diviser pour mieux régner). Justice défaillante. Problème de la pauvreté et de la criminalité. Injustices sociales importantes.