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Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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, Paris, mars 2009

Humaniser l’économie

Réintroduction de la morale et de la philosophie politique au sein même de l’analyse économique.

Mots clefs : | | | |

Réf. : Jean-Paul Maréchal, « Humaniser l’économie », Desclée de Brouwer, Paris 2008.

Langues : français

Type de document : 

I. Développement durable et éthique économique

Paru en 2000, cet ouvrage plaide en faveur de la réintroduction de la morale et de philosophie politique au sein même de l’analyse économique, faute de quoi, le monde risquerait de devenir invivable, à la fois socialement et environnementalement. Cette thèse à été développée par Jean-Paul Maréchal (dans un précédent ouvrage intitulé : « Le rationnel et le raisonnable. L’économie, l’emploi et l’environnement », Jean-Paul Maréchal identifie les causes de cette déshumanisation de l’économie. Les décisions «destructrices d’êtres humains» sont en effet considérées comme rationnelles par le système économique).

Maître de conférences en science économique à l’université Rennes 2 - Haute Bretagne. Jean-Paul Maréchal est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles consacrés au développement durable et à l’éthique économique. Huit ans après, alors que la finance mondiale s’écroule, menaçant d’emporter avec elle l’économie productive tout court, sa thèse est plus que jamais d’actualité.

II. La décision économique et « l’invention » du marché »

Dans Humaniser l’économie, l’auteur se propose de démontrer que la décision économique peut également, sans renoncer à la logique d’efficience maximale (la seule que reconnaisse le paradigme néolibéral), tenir compte de facteurs éthiques, et par là même replacer les besoins humains au cœur de ses préoccupations.

La science économique n’a pas toujours été celle que nous connaissons, celle qui tend à appliquer aux affaires des hommes une logique désincarnée. La présentation des grandes étapes de l’analyse économique libérale permet à l’auteur de rappeler que les écoles physiocratique et classique cherchaient au contraire à inscrire la spécificité du fait économique dans l’ordre cosmique et à concilier intérêts particuliers et intérêt général. Mais avec l’école néoclassique, on passe au projet « walrasien » d’une économie politique pure. Celle-ci se traduira par une formalisation mathématique toujours plus poussée de l’équilibre du marché, et aboutira à « l’invention » du marché comme concept abstrait, s’appliquant aussi bien au monde des objets qu’au reste de la vie.

III. L’économie : une science en crise

Cette extension du champ d’application de la théorie économique libérale n’est pas allée sans un rétrécissement affligeant de son regard sur le monde. Il en va ainsi de cette activité si centrale et déterminante dans la construction de soi et du lien social qu’est le travail. En analysant la question de sa rémunération, Jean-Paul Maréchal montre que de l’école classique à l’école néoclassique, la théorie économique est passée d’une « approche préoccupée par le thème de la reproduction du système économique dans son ensemble, à une vision exclusivement focalisée sur le problème de l’équilibre du marché et d’où toute référence aux besoins économiques et sociaux du travailleur a définitivement disparu ».

Devant les difficultés persistantes des pays industrialisés à résoudre le problème de l’emploi, pays dans lesquels les richesses croissantes accentuent le contraste avec les plus démunis, les économistes « orthodoxes » n’ont rien à proposer d’autre qu’une alternative entre travail sous-payé et chômage de moins en moins indemnisé. Face à ce constat, Jean-Paul Maréchal ne peut que déclarer que « l’économie se révèle une science en crise ».

IV. Un nouveau principe : l’économicité

Ce n’est cependant pas une fatalité. Il s’agit plutôt d’une erreur profonde de méthode de la part de tous ceux qui refusent d’intégrer la dimension éthique au sein de l’analyse économique. Et puisque c’est « dans la sphère humaine et non en elle-même que l’économie doit chercher sa finalité », il est possible d’élaborer un « nouveau principe d’économicité » qui conserverait la logique d’efficience maximale, mais la mettrait au service d’une conception plus large et certainement plus vraie de la notion de coût et de résultat. L’auteur, ne manque pas de rappeler la notion de développement durable, qui ne se ramène pas à la question des atteintes à l’environnement : partie prenante de la bio-économie, elle participe d’un effort tendant à ré-encastrer « la sphère économique dans un jeu de contraintes sociales et naturelles hors du respect desquelles l’agir économique perdrait toute vraie justification ».

V. La crise actuelle du salariat

Jean-Paul Maréchal trouve dans la crise actuelle du salariat une illustration de la déshumanisation de l’économie. À partir de cet exemple, il établit un diagnostic et va même jusqu’à proposer trois solution : la réduction du temps de travail, le développement de l’économie solidaire et, à défaut d’un revenu d’existence inconditionnel attribué à tous, l’instauration d’une allocation compensatrice de revenu qui permettrait, sous certaines conditions, de cumuler pendant une période indéterminée le revenu minimum d’insertion (RMI) et la rémunération d’une activité. Ces trois pistes sont complémentaires, aucune ne se suffisant à elle-même.

Il est dès lors légitime de se demander si l’économie solidaire représente un secteur d’avenir et si elle représenterait une voie de sortie de crise.

Commentaire

L’analyse économique a besoin de s’appuyer sur « des représentations du bien ou du juste ». Comment ne pas se rallier à cette vision des choses, quand on voit à quelles extrémités conduit la quête de l’enrichissement personnel et de lui seul ?

Dans cet ouvrage, l’auteur apporte non seulement une critique renouvelée de la situation économique présente, sous l’angle de l’incapacité du marché autorégulateur libéral à résoudre l’efficace cohésion de la société, mais aussi une réponse à cet état de fait, par une approche alternative de l’économie qui intègre la notion de multidimensionnalité de l’agir économique.