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Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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, Bruxelles, décembre 2004

Une initiative des mères de soldats russes pour sortir du conflit tchétchène

Le comité des mères de soldats russes agit depuis 1989 en faveur de la paix et des droits des appelés russes. En l’absence de dialogue politique entre le gouvernement tchétchène en exil et les autorités russes, lle propose de jouer le rôle d’intermédiaire.

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Contexte

Dans l’Empire russe depuis 1859, la Tchétchénie, située sur le versant nord des montagnes du Caucase, a été absorbée dans la République socialiste soviétique autonome de Tchétchénie-Ingouchie, au moment de la création de l’Union soviétique. Faussement accusés de collaboration avec les Nazis, les Tchétchènes ont été déportés en 1944 dans la République du Kazakhstan. Au moment de la dislocation de l’U.R.S.S. en 1991, des courants indépendantistes apparaissent en Tchétchénie (comme un peu partout en URSS) pour aboutir à la proclamation de l’indépendance, reconnue par aucun État. Du côté russe, les autorités de Moscou refusent toute sécession.

Absence de volonté pour résoudre la situation de manière politique et instabilité interne ont conduit à la première guerre en 1994 qui aurait fait au moins 50 000 morts et s’est soldée par un accord de non-agression en 1997 entre le Président russe Boris Eltsine et le président tchétchène Alan Maskhadov élu en janvier de la même année, sous les auspices de l’OSCE. Mais, si l’armée russe a perdu la face, le pays est détruit et est en proie à de multiples tensions. Le Kremlin a alors profité de cette situation chaotique et d’une incursion du fondamentaliste Chamil Bassaïev (allié puis rival de A.Maskhadov) au Daghestan, république voisine, pour relancer les opérations militaires en octobre 1999. Dans cette guerre renommée opération anti-terroriste puis normalisation, corruption, élections truquées, camp de filtration, opérations cagoulées, enlèvements et assassinats… n’ont fait qu’accroître le désespoir, terreau du fondamentalisme et les risques d’attentats.

Diplomatie populaire

Dans ce contexte, le comité des mères de soldats russes agit depuis 1989 en faveur de la paix et des droits des appelés russes. Par la voix de Valentina Melnikova, il a proposé le 13 octobre 2004 de jouer un rôle d’intermédiaire entre les autorités russes et les indépendantistes tchétchènes.

Evoquant «le prix effrayant de dix ans de guerre en Tchétchénie » , le comité voulait se « poser en représentants du peuple, non officiels, parce qu’il est clair que ni le Kremlin ni nos politiques ne souhaitent de négociations… Les mères de soldats s’adressent à ceux qui d’entre vous (les commandants des forces armées tchétchènes) veulent réellement le bien du peuple tchétchène avec la proposition de donner une chance à la paix » .

V.Melnikova proposait ainsi de discuter avec une des parties en guerre pour prendre connaissance de leur volonté, de leur possibilité et de leurs propositions afin d’arrêter les actions militaires, pour ensuite voir quels étaient les compromis possibles avec Moscou, « sans que personne ne perde la face » .

La démarche a été soutenue par l’association russe de droits de l’Homme, Mémorial, qui estimait que le Comité aidait « l’Etat à faire un pas que la société russe est prête à faire » .

Le soutien nécessaire d’un tiers

Très concrètement, V.Melnikova avait besoin d’une invitation « en terrain neutre » pour rendre possible la rencontre avec les représentants de M. Maskhadov.

S’appuyant sur une résolution du parlement européen qui « prie instamment les deux parties de retourner à la table des négociations, car seule une solution politique peut entraîner une paix durable » , le député européen Bart Staes avait répondu à l’appel. Il avait invité le Comité des mères de soldats russes et Akhmed Zakayev, Ministre de la culture du gouvernement indépendantiste réfugié politique à Londres, à se rencontrer en novembre 2004 en Belgique.

Malheureusement les autorités belges ont refusé d’accueillir A.Zakayev. Cela confirme le peu d’empressement, voire le silence coupable, des pays de l’Union européenne à favoriser une médiation politique respectueuse des droits humains au conflit russo-tchétchène. Refus incohérent puisque la Belgique avait déjà accueilli ce dernier cette même année, refus condamné par les organisations belges impliquées dans le conflit tchétchène.

La rencontre a néanmoins pu avoir lieu à Londres en février 2005 pour aboutir à un texte commun demandant l’arrêt des opérations militaires, la démilitarisation, la présence de force internationale de maintien de la paix et le retour à l’accord politique de mai 1997 en vue d’élection démocratique sous contrôle international. Le texte affirme que seul un processus de paix peut répondre au conflit et condamne les violations des droits de l’homme et les actes terroristes.

Commentaire

Cette d’action avait ses propres limites : le Kremlin considère A.Zakayev comme un terroriste et le gouvernement Maskhadov est loin de contrôler l’ensemble des combattants tchétchènes. C’est un premier pas qui montre que le dialogue est possible. Il est révélateur de l’implication d’un acteur de la société civile dans une démarche politique et du besoin d’un appui extérieur. Besoin d’autant plus urgent que le Kremlin en éliminant Maskhadov choisi une fois de plus la force aux dépens de la négociation.

Notes

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