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Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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Paris, septembre 2008

Le Kosovo/a : Rappel de l’histoire récente

Origines du conflit au Kosovo et actions mises en place par Equipes de Paix dans les Balkans.

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I. Rappel du contexte historique

Après 40 ans de régime totalitaire en Yougoslavie, la mort de Tito en 1980 a entraîné une déstabilisation importante de la région.

En 1989 au Kosovo, suite à la suppression de l’autonomie de la province par le gouvernement de Belgrade, des manifestations importantes sont réprimées violemment et sont suivies de mesures discriminatoires à l’égard de la communauté albanaise de cette région. Une résistance active et non violente s’instaure, fédérée par Ibrahim Rugova et ses proches.

Au début des années 1990, différentes guerres déchirent l’ex-Yougoslavie. Au Kosovo, une résistance armée s’installe à partir de 1996.

En février 1998, le massacre de la famille d’un de ces résistants intensifie les combats armés entre l’armée serbe, les paramilitaires serbes et la résistance. Fin 1998, l’OSCE mandate des observateurs internationaux pour vérifier le respect du « cessez-le-feu », mais cette présence s’avère insuffisante et en mars 1999 l’OTAN bombarde la Serbie en vue de protéger la population albanaise du Kosovo.

En juin 1999 le gouvernement serbe capitule et le conseil de sécurité des Nations Unies proclame la résolution 1244 qui place le territoire du Kosovo, toujours intégré à l’Etat de ‘Serbie – Monténégro’, sous protectorat de l’ONU, via la MINUK qui contrôle le parlement et le gouvernement régional.

Depuis juin 1999 la sécurité est assurée essentiellement par la KFOR, force armée multinationale de l’OTAN, qui applique les décisions de la MINUK.

Après la guerre et depuis cette présence internationale, les citoyens du Kosovo qui y sont restés ou revenus vivent séparément les uns des autres, suivant leur communauté d’appartenance. Ainsi la plupart des habitants d’origine serbe se sont regroupés dans le Nord du territoire, les habitants d’origine albanaise étant majoritairement répartis dans tout le Sud ; il existe cependant des « enclaves » albanaises au Nord et serbes au Sud. Les communautés minoritaires (Bosniaques, Roms, Ashkalis, Gorans, …) habitent généralement dans des camps sur l’ensemble du territoire.

Jusqu’en mars 2004, une détente semblait s’installer progressivement.

II. Origines d’une Intervention Civile de Paix au Kosovo

Dès le début des années 1990, des membres du MAN se sont rendus au Kosovo et en Serbie pour rencontrer des démocrates et les acteurs de la résistance non violente, les soutenir et faire connaître leurs actions.

À partir de 1994, « Balkan Peace Team International » (BPT-I), association européenne, mandate des volontaires dans les Balkans pour soutenir les militants de paix de la société civile.

Les membres de ces deux associations se rencontrent et la branche française de BPT est en cours de création quand BPT-I arrête son activité. « Equipes de Paix dans les Balkans » (BPT-France) continue l’action au Kosovo par la création d’une équipe à Mitrovicë/a.

« Equipes de Paix dans les Balkans » se donne pour objectif de créer un climat propice au dialogue intercommunautaire par des actions permettant de diminuer le niveau de violence dans cette région. Il s’agit alors de :

  • Favoriser la coopération des groupes ;

  • Soutenir les organisations et personnes qui oeuvrent pour la paix ;

  • Soutenir la défense des droits humains en développant une culture de non-violence ;

  • Faire connaître les initiatives locales pour contribuer à l’apaisement des tensions.}}

III. Mise en place

Les volontaires peuvent bénéficier du statut français de la solidarité internationale qui leur assure une formation préalable au départ, une couverture sociale et un accompagnement au cours et au retour de leur mission.

Sur place, la mission se déroule en lien avec les institutions locales (mairies, représentants des Ministères, …), internationales (la MINUK et les agences des Nations Unies, l’OSCE, l’ADL et le Conseil de l’Europe), ainsi que les ONG locales et internationales.

Depuis son origine, « Equipes de paix dans les Balkans » travaille avec des interlocuteurs locaux, avec lesquels différents projets ont été mis en place :

  • Un rapprochement entre les bibliothèques de la ville ;

  • Une enquête sur la perception par les Kosovars des actions de la communauté internationale en matière de rapprochement entre les communautés ;

  • La création d’un site Internet regroupant les mouvements de non-violence dans les Balkans ;

  • La mise en place de groupes de parole pour les femmes de la commune de Mitrovica/ë ;

  • Une formation à la médiation avec l’AEJM ;

  • Des formations à l’animation ;

  • La mise en place d’ateliers de jeux pour la coopération avec le MAN Mulhouse ;

  • Un soutien à des associations locales (MCM , Paqedashësit et AFP-K).

C’est pour travailler sur ces deux dernières actions que je suis partie à Mitrovica/ë en mars 2004.

IV. Etat des lieux en mars 2004

Deux jours avant mon départ, cette région revient à la une de l’actualité : malgré la présence de la force armée internationale (KFOR), des violences soudaines éclatent et embrasent le Kosovo en quelques heures, provoquant des morts, des blessés et de nombreux dégâts matériels.

Mes futurs collègues sont évacués dans un camp militaire, puis hors du territoire. Mon départ est évidemment retardé, reporté sine die.

Fin mars, les conditions de sécurité semblent suffisantes pour envisager le départ.

J’arrive à Mitrovica/ë le 05 avril, dans une atmosphère pesante : ici et maintenant, tout le temps et dans la tête de tout le monde, les repères sont {« avant ou après le 17 mars ».

V. Situation à Mitrovica/ë

La ville de Mitrovica/ë marque la limite entre les zones peuplées majoritairement par la communauté serbe et celles peuplées majoritairement par la communauté albanaise. Depuis l’hiver 1999 – 2000, la ville elle-même est divisée en 2, et la rivière Ibar marque cette séparation. Cette situation sépare de fait les communautés, qui ne peuvent plus circuler librement et donc se voir facilement.

Traverser la rivière représente un double risque :

  • S’aventurer « chez ceux de l’autre coté » ;

  • Avoir à se justifier auprès de sa propre communauté.

Tout est en double à Mitrovica/ë : la langue, la monnaie, la pratique religieuse, le réseau de téléphone, les immatriculations, … et même l’atmosphère. Seul un proverbe commun circule des 2 cotés : « Celui qui n’est pas fou ici, alors il n’est pas normal ».

VI. Ambiance « entre guerre et paix ».

Cette « partition » de fait explique en partie les tensions permanentes dans cette ville divisée : chacun(e) ignore totalement « comment est la vie de l’autre coté », ce qui entretient nombre de fantasmes, tel que « Oui mais de l’autre coté, vous n’avez pas de coupures d’eau et d’électricité ! » - alors qu’il y en a évidemment des 2 cotés.

Aussi la force militaire est-elle omniprésente – même si elle tend à s’alléger depuis l’été 2004 – et surtout 2005. Pour autant leur présence n’a pas fait disparaître les « gardiens du pont », sorte de milice serbe qui surveille toutes les allées et venues entre le Nord et le Sud de la ville, interpellant et contrôlant parfois ceux qui traversent.

Commentaire

L’objectif d’une mission d’ICP est de créer un climat propice au dialogue inter-communautaire par des actions permettant de diminuer le niveau de violence dans cette région. Mais cette volonté peut être freinée par le contexte dans lequel se déroule la mission. Des recrudescences de violence rendent difficile la mise en place d’initiatives destinées à l’apaisement des tensions.