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Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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, Paris, mars 2007

Pourquoi l’Egypte n’exercera-t-elle pas de pression sur le Soudan ?

L’Egypte, médiateur-clef dans la région, refuse d’exercer plus de pression sur le Soudan dans la crise qui secoue le Darfour. La réponse tient en un mot : à cause du Nil !

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Réf. : Dan Murphy, {« Why Egypt won’t press Sudan : the Nile »}, Christian Science Monitor, 05 octobre 2006.

Pour les Etats Unis comme pour l’Union Européenne, envoyer des forces de maintien de la paix au Darfour est une simple question d’assistance humanitaire à des populations souffrant d’exactions, de famine et de guerre. Ce conflit vieux de quatre ans a déjà fait 200 000 victimes civiles et contraint 2,5 millions de personnes à devenir des réfugiés.

Pourtant, l’Egypte, pays ayant le plus d’influence sur le Soudan – elle a, en particulier, gouverné ce pays conjointement avec la Grande Bretagne jusqu’en 1956 - demeure inflexible dans son opposition à des sanctions contre Khartoum et à toute idée d’envoi de forces des Nations-unies dans ce pays.

La raison ? Le Nil.

Ce fleuve est la carotide et la jugulaire de l’Egypte dont la population frisant les 80 millions s’agglutine sur ses berges. Sans le Nil, ni les pyramides ni l’Egypte moderne n’auraient existé. C’est grâce au Nil que l’Egypte est le centre culturel du monde arabe. Aujourd’hui comme hier, « L’Egypte est un don du Nil », comme l’a affirmé l’historien grec Hérodote en son temps.

C’est donc le Nil qui décide s’agissant des relations entre l’Egypte et son voisin du sud. Pour Le Caire, un régime soudanais stable et bien disposé à son égard est une nécessité absolue. C’est un régime de ce type qui évitera de dresser des barrages face aux eaux du fleuve et qui ne déviera point la ressource avant qu’elle n’atteigne la frontière égyptienne.

Pour Helmy Shaarawi, directeur du centre d’Etudes arabes et africaines du Caire, « L’Egypte veut un Soudan unifié. L’Egypte ne peut admettre que ce pays soit politiquement ou économiquement divisé » et de poursuivre : « Je ne pense pas qu’il y ait un risque de sécession mais une présence des forces de l’ONU poserait des difficultés majeures pour le régime. Et s’il y a à Khartoum un régime très faible… alors la position même de l’Egypte dans toute la communauté du bassin nilotique serait, elle aussi, affaiblie ».

Les Etats Unis ont bien réussi à faire adopter par le Conseil de Sécurité de l’ONU une résolution demandant l’envoi de 20 000 Casques Bleus au Darfour mais, tant que l’Egypte adoptera cette position favorable au Soudan, les Américains n’arriveront probablement pas à leurs fins.

Pourtant, l’Egypte empoche deux milliards de dollars annuellement sous forme d’aide américaine et on constate que, généralement, elle ne s’oppose pas de manière frontale et publique aux priorités de la politique de Washington ; mais, les prises de position récentes en faveur de Khartoum, signifient que le Soudan est un cas à part pour la diplomatie égyptienne.

Commentaire

C’est le Nil qui dicte la politique égyptienne vis-à-vis du Soudan. Le Nil et son eau signifient la vie pour la diplomatie égyptienne. C’est là une de ses plus sûres constantes. Le Caire œuvre pour un gouvernement soudanais fort et stable qui se satisfait de l’actuel partage des eaux du Nil entre les deux pays. De plus, l’Egypte craint l’avènement d’un pouvoir islamiste au Soudan qui risque de remettre en cause ce partage des eaux pour gêner - voir faire tomber - le gouvernement égyptien qui pourchasse férocement les fondamentalistes locaux et que certains rigoristes vont même jusqu’à considérer comme hors de l’Umma, la communauté des musulmans pour ses menées contre les Frères Musulmans d’abord et pour avoir reconnu Israël et permis à un ambassadeur de Tel Aviv de résider au Caire ensuite.